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	<title>Fractale framboise</title>
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		<title>The Breach — Patrick Lee</title>
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		<pubDate>Sun, 29 Aug 2010 18:30:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurine</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Patrick Lee]]></category>
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		<description><![CDATA[The Breach n&#8217;est pas tout à fait le roman que j&#8217;envisageais, même si j&#8217;ai un peu de mal à décrire mes attentes initiales. J&#8217;espérais peut-être un récit touffu avec une importante galerie de personnages et une structure narrative complexe. Après tout, c&#8217;est un thriller! En réalité, il s&#8217;agit du premier tome d&#8217;une série mettant en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="img_droite" src="http://www.fractale-framboise.com/wp-content/ls_thebreach.jpg" alt="The Breach" /><em>The Breach</em> n&#8217;est pas tout à fait le roman que j&#8217;envisageais, même si j&#8217;ai un peu de mal à décrire mes attentes initiales. J&#8217;espérais peut-être un récit touffu avec une importante galerie de personnages et une structure narrative complexe. Après tout, c&#8217;est un <em>thriller</em>! En réalité, il s&#8217;agit du premier tome d&#8217;une série mettant en vedette un dénommé Travis Chase, un bonhomme au passé douteux et aux talents multiples, qui s&#8217;adapte instinctivement aux situations les plus extrêmes. Si <em>The Breach</em> est représentatif de la suite, il faut alors prévoir une série qui plaira aux lecteurs recherchant une lecture captivante et qui ne sollicite pas trop leur matière grise.</p>
<p>L&#8217;action déboule dès les premières pages. Travis Chase vient de passer quinze ans en prison et se lance en solitaire dans les montagnes de l&#8217;Alaska pour y trouver quelques moments d&#8217;introspection. Son expédition tranquille prend fin lorsqu&#8217;il découvre qu&#8217;un Boeing 747 sans identification s&#8217;est écrasé dans la neige et que les secours semblent l&#8217;ignorer. Presque tous ses passagers sont morts, y compris la femme du président des États-Unis. Chase réussit toutefois à sauver Paige Campbell, que des truands torturent dans l&#8217;espoir de mettre la main sur une dangereuse sphère omnisciente et sociopathe, le <em>Whisper</em>. Bien sûr, en sauvant la dame en détresse, Chase se retrouve dans les ennuis jusqu&#8217;au cou. Il est mêlé à une conspiration majeure où une organisation internationale tente de protéger une incroyable technologie des efforts d&#8217;un supercriminel dont les moyens semblent sortir d&#8217;un film de James Bond.</p>
<p><span id="more-2085"></span>La brèche du titre est une ouverture dans l&#8217;espace-temps créée accidentellement par des scientifiques et qui recrache quotidiennement des objets de toutes sortes, certains très dangereux, dont le fameux <em>Whisper</em> que tout le monde tente de s&#8217;approprier. Personne ne sait ce qui se trouve de l&#8217;autre côté de l&#8217;ouverture, mais les gouvernements importants du monde entier travaillent de concert pour protéger le secret de son existence.</p>
<p>Comme on peut le voir, <em>The Breach</em> est une série d&#8217;action, avec des scènes d&#8217;action et des personnages d&#8217;action. Le héros s&#8217;appelle Travis Chase, après tout, pas Jean-Pierre Gingras. De là des situations assez typées avec un facteur «wow» très élevé. De nombreuses scènes n&#8217;ont pour but que de faire monter l&#8217;adrénaline chez le lecteur et l&#8217;obliger à tourner les pages pour connaître la suite. Ce n&#8217;est qu&#8217;après coup qu&#8217;on se rend compte que ces situations n&#8217;ont pas de sens. Dans la vraie vie, elles auraient des répercussions internationales majeures, ce qui n&#8217;arrive jamais dans le roman. Est-ce que la femme du président des États-Unis avait une bonne raison de se trouver dans ce Boeing? Non, mais sa présence crée un effet plus percutant. Il y a aussi une effroyable scène de massacre où des dizaines de Zurichois trouvent la mort. Réaction dans la presse? Aucune. Par son haut niveau d&#8217;improbabilité, <em>The Breach</em> ressemble à un épisode de <em>Fringe</em>. Si on lit le roman sous cette perspective, on peut passer un très bon moment de détente, mais pas autrement.</p>
<p>L&#8217;auteur ne se complique pas la vie, il y a toujours des documents ou des inscriptions qui orientent le héros dans la bonne direction. La femme du président a eu le bon goût de laisser une note explicative avant de mourir. L&#8217;un des savants ayant participé à l&#8217;expérience qui a malencontreusement provoqué l&#8217;ouverture de la brèche a l&#8217;heureuse idée de tenir un journal de ses derniers jours. Et le code «secret» laissé par le supervilain (et percé en quelques minutes par le héros — mais pas par des spécialistes qualifiés!) explique le fonctionnement d&#8217;un de ses pièges. Pratique!</p>
<p>Travis Chase est censé être un type ordinaire, mais il s&#8217;avère bourré de ressources inattendues. Sans surprise, il peut tuer de sang-froid. Il a des pouvoirs de déduction tout à fait étonnants et des aptitudes dans des domaines où il n&#8217;a jamais exercé. L&#8217;auteur trace au moins une limite au background quasi-obligatoire en arts martiaux: Chase se fait tabasser comme n&#8217;importe qui.</p>
<p>Si j&#8217;ai l&#8217;air de saquer le roman, c&#8217;est surtout pour ne pas le faire passer pour ce qu&#8217;il n&#8217;est pas. Il y a un blurb extatique de Lee Child en couverture qui laisse entendre que <em>The Breach</em> est absolument terrifiant. N&#8217;exagérons pas. Les rebondissements ne laissent pas le lecteur s&#8217;ennuyer un instant et plusieurs séquences se terminent par des phrases du genre: «Et à ce moment, l&#8217;hélicoptère explosa.» Il y a bien un certain niveau d&#8217;horreur, car le cadavromètre tourne à plein régime, mais on ne sent jamais que la planète est menacée, notamment à cause de l&#8217;absence de conséquences mentionnée précédemment.</p>
<p>Je ne sais pas s&#8217;il faudrait inventer une catégorie de SF de gare, ce genre de bouquin qu&#8217;on lit avec un plaisir coupable parce qu&#8217;il ne requiert aucune réflexion. Lisez-le pendant un long trajet d&#8217;avion, en vacances ou un soir où vous êtes trop claqué pour commencer le dernier Dan Simmons. Ce n&#8217;est pas du temps perdu, mais contrairement au dicton populaire québécois, on se couche tout aussi niaiseux.</p>
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		<title>Et le jour où elles se rebelleront&#8230;</title>
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		<pubDate>Wed, 18 Aug 2010 00:43:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurine</dc:creator>
				<category><![CDATA[Insolite]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>

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		<description><![CDATA[“We have too many cellphones. We&#8217;ve got too many Internets. We have got to get rid of those machines. We have too many machines now.” — Ray Bradbury]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="img_droite" src="http://www.fractale-framboise.com/wp-content/ls_tubes.jpg" alt="A Series of Tubes" /></p>
<blockquote><p>“We have too many cellphones. We&#8217;ve got too many Internets. We have got to get rid of those machines. We have too many machines now.” — <a href="http://latimesblogs.latimes.com/herocomplex/2010/08/ray-bradbury-is-sick-of-big-government-our-country-is-in-need-of-a-revolution-.html">Ray Bradbury</a></p></blockquote>
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		<title>Abysses — Frank Schätzing</title>
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		<pubDate>Sat, 14 Aug 2010 20:30:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurine</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Frank Schätzing]]></category>
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		<category><![CDATA[thriller écologique]]></category>

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		<description><![CDATA[Der Schwarm n&#8217;est pas le premier roman de Frank Schätzing, mais c&#8217;est avec ce titre, devenu un best-seller en 2004, que l&#8217;auteur s&#8217;est fait connaître. L&#8217;ouvrage est d&#8217;abord paru en français sous le titre L&#8217;Essaim chez France Loisir. J&#8217;ignore pourquoi, mais Les Presses de la Cité (qui possèdent le club France Loisirs) distribuent maintenant le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="img_droite" src="http://www.fractale-framboise.com/wp-content/ls_abysses.jpg" alt="Abysses" /><em>Der Schwarm</em> n&#8217;est pas le premier roman de Frank Schätzing, mais c&#8217;est avec ce titre, devenu un best-seller en 2004, que l&#8217;auteur s&#8217;est fait connaître. L&#8217;ouvrage est d&#8217;abord paru en français sous le titre <em>L&#8217;Essaim</em> chez France Loisir. J&#8217;ignore pourquoi, mais Les Presses de la Cité (qui possèdent le club France Loisirs) distribuent maintenant le bouquin sous le titre <em>Abysses</em> (2008). Toujours est-il que ce thriller écologique m&#8217;a fait passer un excellent moment, même s&#8217;il dépasse largement les 800 pages, dont certaines sont bourrées d&#8217;explications scientifiques avec lesquelles il faut se colletailler.</p>
<p>Au large de la Norvège, à sept cents mètres de profondeur, des employés de Statoil découvrent que des vers marins (des polychètes) aux dimensions et aux caractéristiques inhabituelles pullulent soudain, comme s&#8217;ils étaient apparus de nulle part. On charge le scientifique Sigur Johanson d&#8217;en étudier quelques-uns dans l&#8217;espoir que leur présence n&#8217;empêchera pas la construction d&#8217;une plateforme pétrolière. Mais les résultats des analyses peindront vite un tableau des plus pessimistes pour la survie du talus continental. Pendant ce temps en Colombie-Britannique, Léon Anawak s&#8217;inquiète d&#8217;abord de ne pas voir les baleines se pointer pour la saison du <em>whale watching</em>. Lorsque les cétacés apparaissent enfin, ils semblent atteints de rage et se mettent à attaquer toutes les embarcations qui ont le malheur de croiser leur chemin. Les assauts sont ciblés et il devient clair que plusieurs espèces de cétacés, allant de la baleine bleue à l&#8217;orque, travaillent de concert. La situation dégénère à travers le monde alors que la mer semble se tourner contre l&#8217;humanité avec un plan et une vengeance. Des bancs de méduses vénéneuses et des requins vident les plages pendant que des bancs de poissons (le peu qu&#8217;il reste) coulent des navires de pêche. Soudain, c&#8217;est la catastrophe: un tsunami dévaste une partie de l&#8217;Europe et réduit celle-ci à l&#8217;état de grand pays du Tiers-Monde. Quand finalement la communauté scientifique s&#8217;entend que tous les phénomènes sont liés, il faut songer à prendre contact avec les entités derrière ces attaques. Encore faut-il les trouver.</p>
<p><span id="more-2060"></span>L&#8217;essentiel du récit se déroule dans l&#8217;hémisphère nord, en Europe et au Canada, ce qui fait changement des thrillers habituels où le sort de l&#8217;humanité se retrouve entre les mains des Américains — même si l&#8217;auteur ne peut résister à la destruction obligatoire de New York. Parce que les principaux protagonistes sont des spécialistes de la mer, le lecteur apprend une foule de choses intéressantes sur toutes sortes de sujets: l&#8217;observation des baleines, la recherche en biologie marine, le forage en haute mer, le mouvement de l&#8217;eau, l&#8217;exploitation du méthane, la faune marine et j&#8217;en passe. L&#8217;histoire fait même mention des mystérieux sons enregistrés par le <a href="http://www.pmel.noaa.gov/vents/acoustics/sounds_mystery.html">SOSUS</a>. L&#8217;auteur n&#8217;est pas lui-même un spécialiste et je n&#8217;ai pas les compétences pour juger si toutes ces descriptions sont exactes. Je sais que les scientifiques dans une scène commettent une bourde un peu grosse à mon avis (dans le domaine des prédictions catastrophiques, le mot d&#8217;ordre devrait toujours être «It&#8217;s exponential, stupid!»), mais autrement, les arguments paraissent assez convaincants.</p>
<p>Je ne l&#8217;aurais jamais cru au départ, mais toute la partie qui traite des polychètes, les fameux vers marins mutants, est fascinante. Il plane un tel mystère autour de ces bestioles, et les révélations à leur sujet sont tellement inquiétantes, que Statoil aurait pu aussi bien découvrir une tortue des Galapagos dotée d&#8217;une double mâchoire qui crache de l&#8217;acide. Le reste de la faune marine n&#8217;est pas montré sous un jour très sympathique non plus, mais les agissements des ces animaux — crabes, requins, méduses — paraissent presque évidents quand l&#8217;auteur se met à décrire toute la cochonnerie épouvantable que l&#8217;humanité rejette en mer. Le forage pétrolier n&#8217;est qu&#8217;un problème parmi d&#8217;autres, certains bien pires!</p>
<p>Les personnages principaux sont presque tous des loups solitaires, soit par choix, soit parce qu&#8217;ils n&#8217;arrivent pas à trouver leur place dans la société. Leur isolement psychologique crée un contraste saisissant avec l&#8217;entité du titre — le fameux essaim — et j&#8217;imagine que c&#8217;était voulu. On comprend mieux à quel point l&#8217;idée de progrès chez l&#8217;humain est surtout axée sur son propre confort. Et on regrette aussi qu&#8217;il soit dépourvu de mémoire collective, n&#8217;en déplaise à Jung, ce qui le condamne à répéter les mêmes erreurs. Les Américains, dans ce roman, tombent malheureusement dans le cliché: ils sont presque tous des fanatiques incapables de se débarrasser de leurs dangereuses lubies. (Le Président des États-Unis, un dadais religieux qui n&#8217;est jamais nommé, rappelle trop George W. Bush pour que ce soit un hasard.)</p>
<p>Le bouquin est construit sur le modèle de la course contre la montre et, ma foi, on se prend à avoir hâte de reprendre la lecture dès qu&#8217;on a un moment à soi. Les vraies histoires de peur sont celles qui nous expliquent de manière convaincante que notre espèce pourrait être une erreur de la nature facile à corriger.</p>
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		<title>Fevre Dream — George R. R. Martin</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Aug 2010 00:00:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurine</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L&#8217;un des avantages d&#8217;un commerce tentaculaire comme Amazon, c&#8217;est de tomber à l&#8217;occasion sur une réédition qui nous serait passée sous le nez autrement, car les librairies ne tiennent pas indéfiniment en stock tous les romans. Paru à l&#8217;origine en 1982 (retenez cette date) et réédité plusieurs fois depuis, on trouve maintenant Fevre Dream chez [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="img_droite" src="http://www.fractale-framboise.com/wp-content/ls_fevredream1.jpg" alt="Fevre Dream 1" />L&#8217;un des avantages d&#8217;un commerce tentaculaire comme Amazon, c&#8217;est de tomber à l&#8217;occasion sur une réédition qui nous serait passée sous le nez autrement, car les librairies ne tiennent pas indéfiniment en stock tous les romans. Paru à l&#8217;origine en 1982 (retenez cette date) et réédité plusieurs fois depuis, on trouve maintenant <em>Fevre Dream</em> chez Bantam (2004) sous la couverture ci-contre. Bon, ne tournons pas autour du pot, ce roman est une histoire de vampires. Mais non, revenez! C&#8217;est du George R. R. Martin, je vous dis!</p>
<p><em>Fevre Dream</em> est d&#8217;autant plus intéressant qu&#8217;il est paru, je le répète, en 1982. Aujourd&#8217;hui, les grandes lignes de ce récit ont été reprises des dizaines de fois, surtout en fantasy urbaine, mais à l&#8217;époque, c&#8217;était encore Anne Rice qui avait officiellement renouvelé le genre avec <em>Interview with a Vampire</em> (1976). Martin reprend un décor similaire, c&#8217;est-à-dire La Nouvelle-Orléans, presque cent ans après les mésaventures de Louis. </p>
<p>En 1857, un capitaine infortuné nommé Abner Marsh se voit proposer un partenariat avec Joshua York, un aristocrate richissime et d&#8217;une pâleur maladive. Les conditions du marché sont pour le moins étranges. York accepte de financer la construction du plus luxueux bateau à vapeur jamais vu pour transporter des passagers et des marchandises sur le Mississippi. En échange, il fait monter ses amis nocturnes à bord et demande que l&#8217;on cède à tous ses caprices sans poser de questions. D&#8217;abord méfiant, Marsh accepte le marché et utilise l&#8217;argent de York pour construire le <em>Fevre Dream</em>. Au début, les affaires vont bien et Marsh rêve de courser la grande vedette de l&#8217;heure, l&#8217;<em>Eclipse</em>. Très vite cependant, les caprices de York commencent à lui peser. Pourquoi cette vie nocturne? Pourquoi toutes ces escales interminables? Assez vite, il découvre la véritable nature de York. Heureusement, ce dernier a des intentions honorables et un projet pour que sa race puisse cohabiter avec les humains. Ce sont des vampires — faute de meilleur terme — avec des caractéristiques un peu particulières. Puis un jour, une escale à La Nouvelle-Orléans tourne au drame lorsqu&#8217;un <em>bloodmaster</em> rival, Damon Julian, décide de s&#8217;emparer du superbe bateau pour transformer la noble vision de York et d&#8217;Abner en un cauchemar hantant le fleuve.</p>
<p><span id="more-2036"></span>Il n&#8217;y a pas que le décor qui semble familier. Dans le récit, Joshua York a développé une boisson qui permet d&#8217;étancher la soif des vampires (l&#8217;ancêtre de la True Blood!). S&#8217;il peut en produire en grande quantité, les membres de sa race n&#8217;auront plus besoin de se nourrir en tuant des humains. Bien sûr, tous les vampires ne voient pas ce projet d&#8217;un bon œil. Certains croient que les humains devraient conserver leur statut de bétail parce que c&#8217;est dans la nature des choses. Encore une fois, un clivage se dessine entre les vampires humanistes et les autres, les «racistes», les «puristes», les «suprémacistes». Il n&#8217;est pas étonnant que le problème de l&#8217;esclavage soit fréquemment abordé avec de pareils dialogues. La Nouvelle-Orléans était à l&#8217;époque l&#8217;un des grands centres de traite. La pratique de l&#8217;esclavage conforte les vampires dans leurs opinions les plus négatives, car c&#8217;est une preuve selon eux que les humains sont une espèce barbare.</p>
<p>Le contexte historique et géographique est fort bien rendu. Martin sait dépeindre la vie sur un bateau à vapeur avec beaucoup de conviction, et les escales nous font découvrir une ancienne Louisiane sanguine, violente et débauchée, pas encore assujettie aux exigences du Nord. Le <em>Fevre Dream</em>, quant à lui, est un bateau extraordinaire tant par sa taille que par le luxe qu&#8217;il transporte — sans parler de sa rapidité. La vie à bord fait penser à l&#8217;équivalent d&#8217;un Ritz flottant et pourtant, le bateau atteint des rives d&#8217;une extrême pauvreté.</p>
<p>Le contraste entre les deux protagonistes principaux est total, mais ça fonctionne. Joshua York, comme tout bon vampire qui se respecte, est un aristocrate raffiné et cultivé. Il est beau, racé, il porte des vêtements chics et lit du Byron. Abner Marsh, au contraire, est d&#8217;une laideur réputée avec son embonpoint et ses verrues. Il a un appétit féroce et la description de ses repas gargantuesques donne l&#8217;eau à la bouche (lisez la nouvelle «The Monkey Treatment» du même auteur pour un effet similaire). Sous son aspect bourru et un peu primaire, il est futé, fiable et obstiné. Les deux capitaines du <em>Fevre Dream</em> s&#8217;entendent très bien, car les deux font preuve d&#8217;honneur, chacun à sa façon.</p>
<p>Le récit semble parfois suivre un rythme lent en plus de zigzaguer entre terre et rivière, mais quand l&#8217;action déboule, ça saigne beaucoup. Les personnages sont nombreux, les leaders ayant tendance à traîner un entourage. Certains membres sont parfaitement sinistres, comme Sour Billy Tipton, le genre de sbire qu&#8217;on souhaite baffer et que les héros hésitent curieusement à dégommer.</p>
<p>À noter, <em>Fevre Dream</em> a été traduit en français par Alain Robert et on se le procure chez J&#8217;ai Lu (2008) ou chez Mnemos (2005) sous le titre décidément peu français de <em>Riverdream</em>. C&#8217;est dommage que le jeu de mot anglais soit intraduisible — Fevre, le nom d&#8217;une rivière, se prononce comme <em>fever</em> —, mais j&#8217;ai du mal à croire qu&#8217;il n&#8217;y avait pas d&#8217;autre choix de titre.</p>
<p>En tout cas, <em>Fevre Dream</em> me donne envie d&#8217;explorer les anciens romans de Martin, dont plusieurs sont réédités. C&#8217;est déjà ça!</p>
<p class="img_large"><img src="http://www.fractale-framboise.com/wp-content/ls_fevredream2.jpg" alt="Riverdream" /><br />
Illustrations: Julien Delval (Mnemos) et Guillaume Sorel (J&#8217;ai Lu).</p>
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		<title>La Malédiction des anges — Danielle Trussoni</title>
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		<pubDate>Sun, 18 Jul 2010 23:52:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurine</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Danielle Trussoni]]></category>
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		<description><![CDATA[Quitte à contredire mon dernier billet où j&#8217;affirmais ne pas courir après les thrillers religieux, un autre ouvrage de ce genre s&#8217;est retrouvé dans ma pile de lecture. La Malédiction des anges de Danielle Trussoni, paru chez Fleuve Noir, a même failli se retrouver tout en bas de ladite pile, car les anges ne sont [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="img_droite" src="http://www.fractale-framboise.com/wp-content/ls_maledictionanges.jpg" alt="La Mal&Atilde;&copy;diction des anges" />Quitte à contredire mon dernier billet où j&#8217;affirmais ne pas courir après les thrillers religieux, un autre ouvrage de ce genre s&#8217;est retrouvé dans ma pile de lecture. <em>La Malédiction des anges</em> de Danielle Trussoni, paru chez Fleuve Noir, a même failli se retrouver tout en bas de ladite pile, car les anges ne sont pas trop ma tasse de thé, sauf si quelqu&#8217;un a du nouveau à dire à leur sujet (voir le film <em>The Prophecy</em>). Ce qui a piqué ma curiosité, c&#8217;est qu&#8217;il est ici question de Nephilim, une catégorie d&#8217;anges bien particulière qui n&#8217;a pas grand-chose à voir avec l&#8217;univers de Hallmark.</p>
<p>Pour la petite histoire, les Nephilim sont un produit hybride issu de l&#8217;union des anges déchus, appelés les Veilleurs, et des femmes humaines. Ce sont aussi les fameux géants d&#8217;autrefois, dont Goliath serait le représentant le plus connu. (D&#8217;autres mythologies reprennent une histoire similaire: Gilgamesh et Héraclès en seraient deux autres exemples, sans parler des Titans.) La Bible les décrit comme des créatures violentes qui sèment un tel bordel sur Terre que Dieu décide de procéder à un nettoyage en règle. Il commence par jeter les Veilleurs dans le Tartare et les y emprisonne jusqu&#8217;au Jugement dernier. Quant à leurs descendants, les Nephilim, ils sont éliminés par le Déluge avec tout le reste de la création, sauf Noé, sa famille et la ménagerie qu&#8217;on connaît (moins la jolie licorne).</p>
<p>Dans <em>La Malédiction des anges</em>, un Nephilim se montre plus malin et réussit à faire perdurer sa race malgré le Déluge. Depuis, les Nephilim se sont multipliés et ont affermi leur domination secrète sur l&#8217;Europe. À force de se reproduire avec des humains, cependant, ils développent des tares et des maladies mortelles. Leur seul espoir est la lyre de Gabriel, que l&#8217;archange aurait jeté aux Veilleurs dans un geste de pitié. Un groupe d&#8217;irréductibles humains résistent aux Nephilim et cherchent aussi la lyre. En 1999, une jeune nonne nommée Évangéline est mêlée malgré elle à cette guerre en découvrant par hasard l&#8217;existence d&#8217;une étrange correspondance entre une ancienne abbesse de son couvent et Abigail Rockefeller.</p>
<p><span id="more-2007"></span>Dans les grandes lignes, ce roman a plusieurs points communs avec <a href="http://www.fractale-framboise.com/2006/10/historienne-drakula/">L&#8217;Historienne et Drakula</a> d&#8217;Elizabeth Kostova. Une jeune ingénue découvre un document secret qui la plonge au milieu d&#8217;une guerre impitoyable contre une race surnaturelle. Le camp des humains se défend à grands coups d&#8217;érudition: les manuscrits, les parchemins et les vieux journaux abondent et renferment de précieux renseignements. L&#8217;histoire se déroule au temps présent, dans les années 1940 et dans des extraits de correspondance.</p>
<p>Le roman avait beaucoup d&#8217;ingrédients pour me plaire, à commencer par les Nephilim que l&#8217;on ne croise pas souvent sauf si vous avez vu le navet <em>Devil&#8217;s Tomb</em> ou si vous avez lu les bêtises des amateurs de complots sur Internet. L&#8217;ennui, c&#8217;est que le roman est truffé d&#8217;incohérences agaçantes. Certaines sautent aux yeux, d&#8217;autres nous reviennent en mémoire plus tard, mais toutes forment un ensemble bancal. La lyre qu&#8217;a jetée Gabriel dans le Tartare appartient tout à coup à Orphée par on ne sait trop quel tour de passe-passe. Des Nephilim encagés font une brève apparition, le temps que l&#8217;héroïne apprenne leur existence, mais on ne sait rien d&#8217;eux, par même les détails de leur capture. Des Nephilim qui ont besoin de renseignements cruciaux cachés dans un couvent envoient des Gibborim prendre le bâtiment d&#8217;assaut et y foutre le feu. Bonjour la stratégie.</p>
<p>Je trouve aussi que l&#8217;auteure débloque complètement vers la page 214 quand elle laisse entendre que tout ce qui a permis à l&#8217;Occident de se détacher du joug de l&#8217;Église (et donc de développer une vision du monde basée sur les faits et non les superstitions) est l&#8217;œuvre des Nephilim. Les textes scientifiques de l&#8217;Orient qui ont commencé à circuler au Moyen Âge? Le matérialisme des grandes familles comme les Tudors et les Habsbourgs? La Révolution française? Les Lumières, l&#8217;athéisme, le darwinisme? Tout ceci fait partie du programme des Nephilim pour miner le pouvoir de l&#8217;Église. «Ils ont mis en avant l&#8217;idée de progrès et inventé une nouvelle religion à destination du peuple: la science.» (p. 215) Doit-on s&#8217;étonner de voir les Nephilim s&#8217;allier aux Nazis après avoir fait preuve d&#8217;autant de perfidie? En tout cas, ça ne semble pas déranger l&#8217;auteure que c&#8217;est justement cette science qui permet à ses héros de faire d&#8217;importantes découvertes sur les Nephilim, qu&#8217;ils charcutent et étudient en laboratoire. Nous ne sommes pas à une contradiction près.</p>
<p>Je me serais aussi passé des coquetteries d&#8217;auteur, le genre de petits détails qui me fait lever les yeux au ciel. Plusieurs angéologues portent des noms qui indiquent un peu trop leur profession, comme on le voit chez les superhéros: Raphael, Seraphina, Gabriella, Célestine (Clochette!), Angela, Évangéline, Josephat Michael. À notre époque, alors que les Nephilim se sont installés à New York pour mieux traquer les angéologues, ces derniers se baladent dans des voitures immatriculées ANGEL. Histoire de passer incognito encore plus efficacement, l&#8217;une de ces bagnoles est une Porsche 356 d&#8217;époque léguée par Abigail Rockefeller. Les Nephilim ne font pas mieux d&#8217;ailleurs. Une famille proéminente a pour nom Grigori, le terme slave pour «Veilleurs».</p>
<p>Même si les prémisses sont intrigantes et même si l&#8217;histoire laisse parfois entrevoir des pistes intéressantes, le résultat m&#8217;a laissée sur ma faim. Les éléments s&#8217;avèrent trop disparates et mal assortis pour que j&#8217;aie envie d&#8217;essayer de les relier entre eux moi-même. La conclusion laisse anticiper une suite, mais il est peu probable que je poursuive cette série. Je dois être blasée!</p>
<p>(Traduction: Vincent Hugon. Titre original: <em>Angelology</em> paru chez Doubleday Canada.)</p>
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		<title>Le Livre des morts — Glenn Cooper</title>
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		<pubDate>Sat, 03 Jul 2010 20:00:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurine</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Lectures]]></category>
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		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[Glenn Cooper]]></category>
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		<description><![CDATA[Règle générale, je ne cours plus après les thrillers religieux ni les pseudo essais de la même eau parce que j&#8217;ai vite saturé au bout de quelques livres il y a déjà une dizaine d&#8217;années. La formule est trop semblable d&#8217;un ouvrage à l&#8217;autre et le propos s&#8217;articule souvent autour d&#8217;une incroyable conspiration qui serait [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="img_droite" src="http://www.fractale-framboise.com/wp-content/ls_livredesmorts.jpg" alt="Le Livre des morts" />Règle générale, je ne cours plus après les thrillers religieux ni les pseudo essais de la même eau parce que j&#8217;ai vite saturé au bout de quelques livres il y a déjà une dizaine d&#8217;années. La formule est trop semblable d&#8217;un ouvrage à l&#8217;autre et le propos s&#8217;articule souvent autour d&#8217;une incroyable conspiration qui serait impossible à gérer dans la vraie vie. Mais il arrive de temps à autre qu&#8217;un titre me tombe entre les mains, titre que j&#8217;arrive à lire jusqu&#8217;au bout (contrairement au <em>Da Vinci Code</em> malgré toute ma bonne volonté). Exemple à l&#8217;appui, <em>Le Livre des morts</em>, le premier roman de Glenn Cooper. Dans sa version originale anglaise, il a été distribué sous le titre <em>Secret of the Seventh Son</em> aux États-Unis (Harper) et <em>Library of the Dead</em> hors des frontières américaines.</p>
<p>L&#8217;histoire débute avec une curieuse série de meurtres à New York: les victimes n&#8217;ont aucun point commun et la manière dont elles décèdent ne suit pas un modus operandi. Le seul fil conducteur qui permette de relier ces affaires est une simple carte envoyée à chaque victime la veille de sa mort et sur laquelle est inscrite la date fatidique. L&#8217;enquête sur le «tueur de l&#8217;Apocalypse» est confiée à l&#8217;agent du FBI Will Piper, une tête brûlée qui n&#8217;attend que la retraite. Une série de coïncidences heureuses oriente son enquête vers la fameuse Zone 51 où le gouvernement américain mène des opérations pas très catholiques depuis 1947, l&#8217;année où le gouvernement britannique l&#8217;a mis au parfum d&#8217;une découverte archéologique qui pourrait bouleverser le monde. Pire, l&#8217;origine du secret remonte au Moyen Âge et s&#8217;est développé dans un monastère prospère. La trame du récit se tisse donc d&#8217;une époque à l&#8217;autre jusqu&#8217;à ce que toutes les pièces du casse-tête historico-fantastique soient assemblées.</p>
<p><span id="more-1990"></span><em>Le Livre des morts</em> a la remarquable qualité de persuader le lecteur de poursuivre la lecture malgré ses nombreux défauts, issus d&#8217;une part du manque d&#8217;expérience de l&#8217;auteur, mais aussi d&#8217;une direction littéraire relâchée. Les protagonistes, par exemple, sentent un peu trop le cliché et la caricature pour être crédibles. Comme ils ont tout le naturel et l&#8217;étoffe de personnages hollywoodiens, je me demande si ce détail ne trahit pas certains motifs ultérieurs de l&#8217;auteur. Je trouve d&#8217;ailleurs ironique que l&#8217;un des personnages est un scénariste raté qui souhaite quitter son boulot ennuyeux de pion-conspirateur pour faire fortune à Hollywood.</p>
<p>La partie du récit qui se déroule au Moyen Âge, plus précisément sur l&#8217;île de Wight au VIIIe siècle, manque de rigueur historique. Des moines s&#8217;extasient devant la faculté d&#8217;un enfant prodige à aligner, sans apprentissage aucun, des noms et des dates. L&#8217;ennui, c&#8217;est que le gamin utilise un calendrier grégorien des plus modernes assorti de chiffres arabes et d&#8217;alphabets contemporains. Ensuite, la façon dont ce don est partagé entre plusieurs individus manque de cohérence chronologique. Malheureusement, je ne peux pas entrer dans les détails sans risquer de trop en révéler.</p>
<p><em>Le Livre des morts</em> reste un thriller efficace malgré sa facture qui sent la formule. L&#8217;auteur fait planer le mystère le plus longtemps possible, quitte parfois à faire passer les policiers pour des demeurés afin d&#8217;empêcher qu&#8217;ils sautent tout de suite aux bonnes conclusions. La façon de passer d&#8217;une époque à l&#8217;autre est assurée de déboussoler le lecteur et de l&#8217;obliger à examiner lui-même les indices avant que les véritables réponses ne viennent.</p>
<p>Une suite est déjà parue sous le titre <em>Book of Souls</em>. Je le lirai peut-être, mais je remarque que l&#8217;auteur reprend la même trame en utilisant un prétexte un peu facile. Son troisième livre, <em>The Tenth Chamber</em> (à paraître), pourrait être le coup de grâce, car le scénario sent déjà le réchauffé.</p>
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		<title>A beau mentir qui vient de Rouyn (bis)</title>
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		<pubDate>Thu, 24 Jun 2010 22:22:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Éric</dc:creator>
				<category><![CDATA[Écrire]]></category>
		<category><![CDATA[conte]]></category>
		<category><![CDATA[Salon du livre]]></category>
		<category><![CDATA[voyages]]></category>

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		<description><![CDATA[Je vous écris entre deux expéditions. C&#8217;est le rythme de mon année, on dirait bien: je pars, non seulement pour donner un spectacle un soir de temps à autre, mais souvent une semaine à la fois. La dernière fois, c&#8217;était un programme double: je participais au Salon du livre de l&#8217;Abitibi-Témiscamingue (dernier salon de ma [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Je vous écris entre deux expéditions. C&#8217;est le rythme de mon année, on dirait bien: je pars, non seulement pour donner un spectacle un soir de temps à autre, mais souvent une semaine à la fois.</p>
<p>La dernière fois, c&#8217;était un programme double: je participais au <a href="http://www.slat.qc.ca/">Salon du livre de l&#8217;Abitibi-Témiscamingue</a> (dernier salon de ma tournée <a href="http://ericgauthier.net/publications/feu-blanc/le-livre/"><em>Feu blanc</em></a>) ainsi qu&#8217;au <a href="http://www.fclat.com/">Festival de contes et légendes de l&#8217;Abitibi-Témiscamingue</a>. (Pour les intimes: le SLAT et le FCLAT. On dirait des onomatopées, mais quels bruits représentent-elles?)</p>
<p>Il y a quelque temps que je ne vous ai pas parlé de ma région, non? C&#8217;était un plaisir d&#8217;y retourner non seulement pour visiter mais aussi pour conter. J&#8217;ai pu leur expliquer <a href="http://ericgauthier.net/francais/mots/tribu.html">ce qui m&#8217;était arrivé à Ottawa</a>, après mon départ de Rouyn-Noranda. J&#8217;ai eu un peu de temps pour visiter Val-d&#8217;Or, une ville que je ne connaissais pas assez. J&#8217;ai traîné sur la 3e avenue, contemplé l&#8217;immense carrière près du chalet de ski de fond&#8230; J&#8217;ai revu quelques amis, y compris deux anciens de la légendaire <em>Catharsis</em>, une revue littéraire que nous avions mise sur pied au cégep, alors que je commençais à écrire semi-sérieusement. (J&#8217;ai retrouvé la maquette du premier numéro, avec les textes et illustrations découpés et collés sur de grands cartons &#8212; ah, l&#8217;époque où la mise en page se faisait aux ciseaux et à la photocopieuse&#8230;)</p>
<p><span id="more-1966"></span>Le Salon était d&#8217;une taille confortable. J&#8217;y ai conté devant un minuscule public; j&#8217;ai aussi pris part à un jeu-questionnaire en compagnie d&#8217;autres créateurs de la région dont Raoûl Duguay et Pierre Brassard. J&#8217;ai vite pris mes aises: à force de faire les salons du livre, le terrain nous semble familier peu importe la ville. On y retrouve les mêmes habitués. Quand je vois circuler <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Geronimo_Stilton">une souris géante portant des lunettes</a>, je sais que tout est au point.</p>
<p>Le festival aussi comportait sa part de visages familiers, auxquels s&#8217;ajoutaient de belles découvertes. La soirée de &#8220;Contes métissés&#8221; était épatante: des conteurs d&#8217;origines diverses qui offraient avec force et franchise leurs histoires parfois très intenses, très personnelles. Les Screaming Eagles, un groupe de chanteurs autochtones, ont donné le ton par une performance très énergique, puis Robert Seven-Crows, Victor Cova Correa, Joujou Turenne, Frank Sylvestre, Richard Kistabish, Hamidou Savadogo et Jacques Falquet ont apporté chacun leur couleur.</p>
<p>C&#8217;est stimulant, un bon festival de contes. Une camaraderie s&#8217;installe: on mange ensemble, souvent, on apprend à se connaître. On côtoie des artistes de haut calibre, on se trouve exposé en peu de temps à toute une variété de styles. Ça peut en devenir intimidant. On en vient à se demander: après de telles performances, après des histoires si touchantes et importantes, qu&#8217;ai-je à apporter? Heureusement, ce ne sont pas de ces questions qui paralysent, mais plutôt qui poussent à explorer et aller de l&#8217;avant.</p>
<p>J&#8217;ai fait ma part. Entre autres performances, j&#8217;ai eu la chance de prendre part au &#8220;Ciné-conté&#8221;. Chaque conteur avait soumis un texte longtemps à l&#8217;avance: chaque texte avait été remis à un cinéaste qui devait s&#8217;en inspirer pour réaliser un court-métrage. Cet après-midi-là, j&#8217;ai donc pu voir pour la première fois une oeuvre de Sébastien Trahan qui avait mis en images, avec brio, mon conte <a href="http://ericgauthier.net/audiovideo/">&#8220;Mauvais numéro&#8221;</a>. Le soir, debout près du grand écran dans une salle de cinéma, je racontais l&#8217;histoire au rythme de ces images. Le samedi, je racontais l&#8217;histoire du Roi de la patate dans un décor fort approprié: la cantine de la Cité de l&#8217;Or, une ancienne mine devenue lieu touristique. Et le dimanche, en clôture, je tentais ma chance au concours de menterie, un événement incontournable de bien des festivals de conte. C&#8217;est sportif: il faut faire bref et être prêt à justifier pour un public sceptique les détails les plus extravagants du récit. J&#8217;ai raconté ma modeste histoire de chasse à l&#8217;orignal (en Acadie, à bord d&#8217;une vanette du futur)&#8230; et j&#8217;ai gagné. Je ne sais pas trop comment c&#8217;est arrivé, tout s&#8217;est passé vite. Les sceptiques ont été confondus, c&#8217;est ce qui compte.</p>
<p>J&#8217;ai fait mon pèlerinage à Rouyn-Noranda, ensuite. Conté et présenté mon dernier livre à la librairie En marge. Pris une bière à l&#8217;Abstracto (ou s&#8217;était tenue la première soirée de lecture la sus-mentionnée revue <em>Catharsis</em>). J&#8217;ai même pu essayer, enfin, <a href="http://www.letreflenoir.com/">le nouveau <em>brewpub</em></a>, qui était à la hauteur de mes attentes. J&#8217;y suis allé à pied: je ne visite pas la région si souvent, alors il vaut mieux que je prenne le temps de savourer quand j&#8217;y suis. J&#8217;y allais pour Noël chaque année, mais voici que mes parents déménagent pour se rapprocher de leurs frères et soeurs, de leurs enfants et petits-enfants. J&#8217;ai fait mes adieux à <a href="http://www.fractale-framboise.com/2005/12/a-beau-mentir-qui-vient-de-rouyn/">Alphonse</a>; c&#8217;est la fin d&#8217;une époque. Il restera les salons du livre, les festivals, les caprices aussi.</p>
<p>Une expédition terminée, donc. Avant celle-là, c&#8217;était le congrès Boréal à Québec, une bonne expérience (<a href="http://www.fractale-framboise.com/2010/05/boreal-2010-termine/">Christian vous en a glissé un mot</a>). Et la prochaine? Je pars tout bientôt pour la France, pour donner un stage de trois jours sur la pratique du conte. J&#8217;ai déjà donné des ateliers, mais c&#8217;est la première fois que j&#8217;offre une formation aussi longue. Je peux difficilement arriver là et me donner en exemple, ou m&#8217;imposer en maître; je n&#8217;ai rien de vénérable. J&#8217;arriverai et je leur dirai: &#8220;si vous aviez pu entendre les conteurs que j&#8217;ai entendus&#8221;&#8230;</p>
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		<title>Horns — Joe Hill</title>
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		<pubDate>Wed, 23 Jun 2010 20:15:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurine</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Lectures]]></category>
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		<category><![CDATA[diable]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[Joe Hill]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans la catégorie «Mais où trouvez-vous vos idées?», Horns devrait figurer en bonne place. Joe Hill concocte une histoire simple, mais originale, intelligemment menée du point de vue de deux personnages, et baignant dans une atmosphère douce-amère. Ignatius Perrish se réveille un matin avec une gueule de bois carabinée et deux cornes sur le front. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="img_droite" src="http://www.fractale-framboise.com/wp-content/ls_horns.jpg" alt="Horns" /> Dans la catégorie «Mais où trouvez-vous vos idées?», <em>Horns</em> devrait figurer en bonne place. Joe Hill concocte une histoire simple, mais originale, intelligemment menée du point de vue de deux personnages, et baignant dans une atmosphère douce-amère.</p>
<p>Ignatius Perrish se réveille un matin avec une gueule de bois carabinée et deux cornes sur le front. Il ignore l&#8217;origine de ces protubérances et ne se souvient même plus ce qu&#8217;il a fait la veille. Ig se rend vite compte qu&#8217;il a de plus acquis le pouvoir de faire «parler» les gens: en sa présence, ceux-ci perdent leurs inhibitions et lui révèlent leurs idées les plus noires. Cette faculté pourrait être pratique si Ig n&#8217;était pas le suspect numéro un dans une affaire de meurtre, celle de sa petite amie Merrin Williams. Ig a été acquitté, mais les habitants de Gideon (New Hampshire) sont persuadés qu&#8217;il s&#8217;en est tiré parce que sa famille est riche. La différence, c&#8217;est que maintenant ils le lui disent en pleine face et sur le ton de la conversation. Désespéré et ayant perdu le goût de vivre, Ig décide bien sûr d&#8217;utiliser ses pouvoirs pour traquer le véritable meurtrier, fût-ce la dernière chose qu&#8217;il accomplisse.</p>
<p><span id="more-1970"></span>Il me semble avoir déjà lu des nouvelles où le héros se retrouve avec des excroissances gênantes qui nuisent au bon déroulement de sa vie sociale. Pensons à «La Mouche» de George Langelaan, par exemple. Mais si je fais abstraction des comic books et des superhéros en général, je ne me souviens pas d&#8217;un roman où le principal protagoniste se transforme peu à peu en démon. Il est encore plus étonnant que sous cette forme sulfureuse, il réussit à obtenir une forme de justice (ou de vendetta selon le jugement du lecteur). Ce ne sont que des petites cornes qui lui poussent sur le front au début du récit, mais bientôt, sa peau prend une teinte cuivrée, puis rougeâtre, et son front se dégarnit. Il a tôt fait de ressembler à ces tatouages montrant des diablotins au visage hilare.</p>
<p>Les serpents l&#8217;adorent et, dans les bois, devant une congrégation de reptiles extatiques, Ig leur sort un discours génial sur le véritable rôle du diable. Ce chapitre à lui seul a justifié l&#8217;achat de <em>Horns</em> à mes yeux. Là encore, l&#8217;opinion des lecteurs peut diverger. L&#8217;auteur aurait consulté sa sœur, qui est ministre du culte, lors de la rédaction de son roman.</p>
<p>Le meurtrier s&#8217;avère être un proche d&#8217;Ig et aussi un sociopathe patenté dont le récit nous dévoile le point de vue en détail. Incapable d&#8217;empathie, d&#8217;amour ou d&#8217;affection, il arrive à manipuler les gens et à se sortir aisément des pires situations en jouant avec les codes sociaux. Il est tellement habile à ce jeu qu&#8217;il finit par passer pour un type rangé, religieux et fiable qu&#8217;un politicien en vue s&#8217;empresse d&#8217;embaucher. Du coup, le meurtrier devient intouchable. Ce personnage est presque caricatural, sauf qu&#8217;on y croit! Tous les autres personnages restent secondaires. À part le frère d&#8217;Ig qui est parti faire fortune ailleurs, les habitants de Gideon trahissent la mentalité typique que l&#8217;on associe aux petites villes. Peu importe leur profession et leur statut, ils sont retors, mesquins et bourrés de préjugés. Le pouvoir d&#8217;Ig a tôt fait d&#8217;exposer la psyché peu reluisante de ces petites gens à l&#8217;attitude vertueuse.</p>
<p>Les allusions à la religion sont nombreuses et parfois subtiles. On notera le nom du héros, Ignatius Perrish, un homme qui devient littéralement ininflammable. Sa copine Merrin est surnommée «Mary» par son père. Lorsqu&#8217;il se retrouve sans vêtement, Ig  revêt une jupe bleue (la couleur de Marie), «le genre qu&#8217;aurait porté Madonna dans les années 1980». Et bien sûr, on parle de Mick et de Keith. À vous de trouver les autres références.</p>
<p>Voilà qui augure bien pour la suite des publications de Joe Hill. Ses romans sont d&#8217;un format digeste, l&#8217;auteur n&#8217;ayant pas tendance à discourir inutilement. Le bouquin sera offert en format paperback au mois de janvier. Vous pouvez également visionner une petite entrevue avec l&#8217;auteur sur <a href="http://www.amazon.ca/Horns-Novel-Joe-Hill/dp/0061147958/ref=sr_1_1?ie=UTF8&#038;s=books&#038;qid=1277322978&#038;sr=8-1">Amazon</a>.</p>
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		<title>A Dark Matter — Peter Straub</title>
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		<pubDate>Sun, 13 Jun 2010 18:45:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurine</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Je devrais lire plus souvent des romans de Peter Straub. Malgré une tendance à construire des phrases un peu alambiquées à mon goût, il a un style élégant. Je dois aussi reconnaître qu&#8217;il a une admirable maîtrise de la structure parce qu&#8217;une histoire pareille, écrite par un auteur moins chevronné, se serait lamentablement effondrée sous [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="img_droite" src="http://www.fractale-framboise.com/wp-content/ls_adarkmatter.jpg" alt="A Dark Matter" /> Je devrais lire plus souvent des romans de Peter Straub. Malgré une tendance à construire des phrases un peu alambiquées à mon goût, il a un style élégant. Je dois aussi reconnaître qu&#8217;il a une admirable maîtrise de la structure parce qu&#8217;une histoire pareille, écrite par un auteur moins chevronné, se serait lamentablement effondrée sous le poids de la répétition. <em>A Dark Matter</em> est l&#8217;un de ces romans où un même événement est narré par différents personnages (à la façon <em>Rashomon</em> ou <em>Hero</em>).</p>
<p>L&#8217;histoire commence au Wisconsin en 1966. Un groupe d&#8217;étudiants de Madison West voient leur vie chamboulée lorsque Spencer Mallon, un gourou peu scrupuleux, décide de les prendre sous son aile. Issus d&#8217;un milieu familial fragile, la plupart des jeunes le suivent sans hésiter, trouvant chez lui une sorte de substitut parental. En compagnie de l&#8217;extraordinaire Mallon, ils se sentent spéciaux, différents. Une nuit, Mallon les entraîne dans un pré pour y effectuer un rituel magique. Le résultat est désastreux. L&#8217;un des jeunes disparaît, un autre est retrouvé démembré. Les survivants sont marqués à vie par l&#8217;expérience, mais aucun n&#8217;accepte de révéler ce qui s&#8217;est passé.</p>
<p><span id="more-1951"></span>Des décennies plus tard, Lee Harwell, un écrivain connu, décide d&#8217;enquêter sur l&#8217;événement. Une partie des jeunes qui se sont retrouvés dans ce pré étaient ses meilleurs amis à l&#8217;époque. Sa petite amie, aujourd&#8217;hui devenue sa femme, faisait aussi partie du groupe. Étant immunisé contre le charisme de Spencer Mallon, Hartwell n&#8217;avait pas assisté au rituel et était resté toute sa vie en dehors du cercle des initiés. En retrouvant ses anciens amis, il recueille un témoignage après l&#8217;autre, chacun apportant son lot de détails horrifiants, jusqu&#8217;au témoignage ultime de sa femme. Mais heureusement, le fait de ressasser ces souvenirs permet à chacun de remettre sa vie sur le droit chemin.</p>
<p>J&#8217;ai trouvé que <em>A Dark Matter</em> réussissait à rendre de façon très évocatrice les années 1960. Comme je n&#8217;étais pas née à cette époque, je n&#8217;ai pas vu les changements profonds qui s&#8217;opéraient dans la société américaine. Les manifestations contre la guerre du Vietnam faisaient rage et, sur un campus, elles pouvaient survenir à tout moment (en s&#8217;assortissant de la répression policière que l&#8217;on peut imaginer). C&#8217;est tout un pays qui traversait une crise de désillusion et de désenchantement. </p>
<p>C&#8217;est dans ce contexte révolutionnaire que grandissent les amis de Lee Hartwell. Ils sont instables, mais extraordinaires chacun à leur façon — du moins, aux yeux de Hartwell. Il y a Lee Truax, une fille d&#8217;une intelligence perçante, Hootie Bly, dont la mémoire ahurissante lui permet de citer des passages entiers des ouvrages qu&#8217;il lit, Donald Olson, le beau mec symétrique, et Jason Boatman, l&#8217;incorrigible kleptomane. Dans une société en train de perdre ses repères, pas étonnant qu&#8217;ils deviennent une proie de choix pour Spencer Mallon. Imaginez le gourou typique qui fascine son auditoire avec le récit de ses expéditions extraordinaires dans des contrées exotiques. Le pire, c&#8217;est qu&#8217;au-delà des mensonges, de la manipulation et de la poudre aux yeux, il est réellement versé en magie, sauf qu&#8217;il n&#8217;en maîtrise pas tous les aspects. Et quand il attire ses admirateurs dans le pré pour orchestrer le rituel qui couronnera sa carrière, son beau projet d&#8217;accéder à une réalité supérieure déraille.</p>
<p>Straub a fait preuve d&#8217;astuce en choisissant ses éléments d&#8217;horreur. Il aurait pu facilement tomber dans la recette: «Ils ouvrirent un portail interdit et un gros monstre le franchit.» Ce n&#8217;est pas de cela qu&#8217;il s&#8217;agit, même s&#8217;il y a effectivement un contact avec une dimension parallèle qui se fait sentir à travers tout le récit. L&#8217;apparition régulière de chiens-motards en est un exemple. Les personnages voient tous des choses différentes et, selon leur force de caractère, réussissent ou non à les intégrer dans leur perception du monde. La plupart d&#8217;entre eux essaieront de la fuir, d&#8217;autres en feront l&#8217;élément central de leur existence. Tous penseront que l&#8217;espoir ne leur est plus permis.</p>
<p>La conclusion n&#8217;est pas très nette puisqu&#8217;aucun des problèmes soulevés dans l&#8217;histoire ne peut être résolu. En fait, c&#8217;est l&#8217;évolution des personnages qui atteint un point final et prend un tournant heureux. Il s&#8217;agit d&#8217;une conclusion logique puisque tout le roman reposait sur les protagonistes et moins sur les événements.</p>
<p>Ça change des histoires d&#8217;horreur habituelle, en tout cas.</p>
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		<title>Juste avant le crépuscule — Stephen King</title>
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		<pubDate>Sun, 06 Jun 2010 00:00:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Laurine</dc:creator>
				<category><![CDATA[Critiques]]></category>
		<category><![CDATA[Lectures]]></category>
		<category><![CDATA[SF&F autre]]></category>
		<category><![CDATA[horreur]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelles]]></category>
		<category><![CDATA[Stephen King]]></category>

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		<description><![CDATA[Distribué par Albin Michel depuis le mois de mars, le recueil de nouvelles Juste avant le crépuscule est la version française de Just After Sunset, initialement paru en 2008. Il me semble que King n&#8217;a pas publié ce genre d&#8217;ouvrage depuis Tout est fatal (2003). La traduction semble bien se défendre (je n&#8217;ai pas lu [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="img_droite" src="http://www.fractale-framboise.com/wp-content/ls_kingcrepuscule.jpg" alt="Juste avant le crepuscule" />Distribué par Albin Michel depuis le mois de mars, le recueil de nouvelles <em>Juste avant le crépuscule</em> est la version française de <em>Just After Sunset</em>, initialement paru en 2008. Il me semble que King n&#8217;a pas publié ce genre d&#8217;ouvrage depuis <em>Tout est fatal</em> (2003). La traduction semble bien se défendre (je n&#8217;ai pas lu la version originale anglaise) malgré les trop nombreuses expressions franchouillardes. On souhaiterait de la part d&#8217;Albin Michel des textes écrits dans un français un peu plus international. Surtout, on souhaiterait des textes correctement révisés. Ici, les coquilles sont fort nombreuses, surtout du côté de la ponctuation.</p>
<p>La collection comporte treize nouvelles, un chiffre que les superstitieux jugeront inquiétant. Globalement, elles ne sont pas mal même si l&#8217;ouvrage ne laisse pas l&#8217;impression indélébile de <em>Danse Macabre</em>. Quelques-unes ont retenu mon attention.</p>
<p><span id="more-1940"></span></p>
<p><strong>«Willa»</strong><br />
Les passagers d&#8217;un train victimes d&#8217;un déraillement attendent à la station la plus proche qu&#8217;un autre train passe les prendre. David cherche sa petite copine, Willa, qui a pris la poudre d&#8217;escampette vers la ville la plus proche pour se changer les idées. Elle est la seule à avoir compris leur véritable situation. La nouvelle ne fait pas grand mystère du sort des passagers. Les habitudes de chacun se poursuivent après la mort et les liens d&#8217;affection perdurent dans un bar honky-tonk où joue de la musique mélancolique. L&#8217;histoire est archi-simple et pourtant, elle fait effet. (Évidemment, elle a ses détracteurs!)</p>
<p><strong>«Vélo d&#8217;appart»</strong><br />
Richard Sifkitz doit perdre du poids sinon les ouvriers imaginaires qui décrassent ses tuyaux vont se tuer à la tâche. Il se fait une idée si précise de ces travailleurs en train de dégager une route qu&#8217;il peint celle-ci dans son sous-sol et met son vélo d&#8217;appart devant. L&#8217;exercice aidant, les kilos se mettent à fondre et bientôt, ces cols bleus fantasmés n&#8217;ont plus de travail et plus de revenus. Inutile de dire qu&#8217;ils sont très mécontents de leur «employeur» et les choses commencent alors à déraper. La nouvelle se dirige en ligne droite vers une conclusion évidente et paf, change de direction à la dernière minute. L&#8217;imagination fertile du héros est le vrai moteur de l&#8217;histoire et on se prend à souhaiter que le vélo d&#8217;appart soit aussi distrayant dans la vraie vie&#8230; mais en moins sinistre!</p>
<p><strong>«N.»</strong><br />
Cette histoire racontée sous forme épistolaire met en scène un psychiatre et son patient, le dénommé N., atteint de plusieurs formes prononcées de troubles obsessifs compulsifs. N. a développé ces tics invivables après avoir découvert accidentellement une clairière où la séparation entre notre monde et un univers parallèle menaçant est bien mince. Tous les gestes que fait N.  depuis, c&#8217;est-à-dire compter, toucher et déplacer, visent à garder le monde en sécurité. «N.» est l&#8217;une des meilleures nouvelles du recueil. C&#8217;est du King tout craché, mais l&#8217;histoire se veut un hommage à Arthur Machen («Le Grand dieu Pan»). La nouvelle a été adaptée en série animée par les bonnes gens de Marvel et de Simon &#038; Schuster. Vous pouvez la <a href="http://www.simonandschuster.com/specials/stephen-king-nishere/">visionner ici</a>.</p>
<p><strong>«Un chat d&#8217;enfer»</strong><br />
Un vieil homme très riche et mort de peur charge un tueur à gages d&#8217;éliminer un chat. Le contrat à l&#8217;air facile, sauf que l&#8217;assassin se rend vite compte que le vieil homme avait raison sur un point: ce chat n&#8217;est pas un animal ordinaire. Probablement la nouvelle la plus sanglante du recueil, «Un chat d&#8217;enfer» se termine sur une image horrifiante. L&#8217;histoire avait d&#8217;ailleurs fait l&#8217;objet d&#8217;un court-métrage dans <em>Tales from the Darkness</em> en 1990.</p>
<p>Pour connaître tous les détails sur chaque nouvelle, je vous invite à consulter la page de <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Just_After_Sunset">Wikipedia</a> (en anglais).</p>
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