Alors que les Canadiens s’apprêtent à voter aux élections fédérales, il y a lieu de se demander s’il existe de nouvelles approches pour mener le pays. Par pure coïncidence, le Parallèlotron expérimental des laboratoires FractaleFramboisiens a intercepté un message politique promotionnel d’une réalité pas si éloignée de la notre…
Citoyens!
Le temps est venu de façonner l’avenir de notre pays à l’aide de techniques qui ont faites leurs preuves! En ces temps de crise économique, de corruption judiciaire et d’échec technocratique, prenons exemple sur les institutions les mieux gérés de notre société: Les bibliothèques.
Né d’une union entre des lecteurs assidus et des libertaires peu calés en orthographe, le Parti Bibliothécaire du Canada (Librarian Party of Canada, ailleurs au pays) n’a cessé de recueillir les appuis et se voit maintenant à porté d’un gouvernement majoritaire. Mené par son chef Roch Carrier, et représenté par un groupe de candidates aussi irrésistibles et intelligentes que l’ambassadrice américaine Tina Fey, le parti bibliothécaire prouve à chaque jour qu’il est digne de son slogan: Compétence, Intelligence, Silence.
Jetez un œil sur notre programme, et vous aussi serez convaincu: (suite…)
Dommage que Michael Moore n’intervienne pas dans la campagne électorale canadienne, qui est d’un ennui mortel. On peut lui reprocher ses montages tendancieux et sa façon de tourner les coins ronds, mais il reste la meilleure réponse à Diebold. Slacker Uprising peut-être téléchargé et distribué gratuitement dès le 23 septembre.
Ce n’est pas parce que l’athéisme gagne du terrain que la confiance en l’avancée scientifique est acquise pour autant. Mais au cas où vous n’étiez pas déjà au courant:
Christine Wicker est une journaliste qui s’intéresse aux sujets religieux et dont j’ai commenté l’ouvrage Not in Kansas Anymore, où elle explorait les pratiques spirituelles aux États-Unis qui n’avaient rien de bien chrétien. Dans The Fall of the Evangelical Nation: The Surprising Crisis Inside the Church, elle essaie de convaincre ses lecteurs que le mouvement religieux fondamentaliste est en perte de vitesse. Certains lèveront peut-être un sourcil sceptique en entendant cela. La voix tonitruante de l’extrême droite (indissociable de la religion dans la sphère publique) a tendance à accaparer le paysage politique. Mais tout est dans une question de chiffres, de définition de termes et d’impact médiatique.
La première partie de son ouvrage est un peu rebutante pour une lectrice comme moi qui n’aime pas tellement démêler les chiffres. Wicker essaie d’expliquer, en se basant sur la fréquentation de l’école du dimanche, que le pourcentage de fondamentalistes aux États-Unis est grandement exagéré. Des noms qui figurent sur plusieurs listes, un niveau de désaffection non comptabilisé, des dons allant en diminuant, des répondants qui ne racontent pas toute la vérité lors des sondages, plusieurs éléments sont pris en compte. S’ensuit une formule compliquée où la journaliste prend le pourcentage estimé de fondamentalistes aux États-Unis (25 %), le soumet aux données compilées, divise, multiplie et convertit le tout au taux de change (j’exagère) pour arriver à un petit 7 %… qui va en descendant.
Quelques trucs qui m’ont épaté ces derniers temps, au cas où ça vous ferait le même effet:
L’appartement-mystère: L’histoire d’un couple fortuné qui, ayant embauché un architecte pour aménager son nouvel appartement, se voit livrer une sorte de casse-tête élaboré. À leur insu, aidé d’un écrivain et d’une poignée d’artisans de haut calibre, l’architecte a conçu pour eux une énigme d’envergure à coups de messages codés, de compartiments secrets, de clés cachées, de cubes magnétiques et autres moyens baroques. (via Airbag Industries)
Muto: un court-métrage animé peint entièrement sur des murs et autres surfaces; un graffiti surréaliste qui déambule dans la ville. De l’art à son meilleur: vivant, imprévisible, cru, aventurier. On trouve sur le site de l’artiste une foule de dessins et d’autres animations. (via No Fear of the Future)
J’ignore si c’est une phase spécialement grognonne que je suis en train de traverser, mais j’ai l’impression que les petits irritants quotidiens ne cessent de se multiplier. Voici quelques exemples figurant dans ma catégorie personnelle «Pu capable».
Les oreillettes Bluetooth
Je peux encore comprendre le jeune homme d’affaires cravaté qui a une image à entretenir. Son oreillette Bluetooth le fait paraître Important et Affairé. Mais Mononcle Serge et Matante Ginette, qui entrent au Thaï Express avec leur embonpoint, leurs sandales et leurs oreillettes? Veulent-ils faire croire à tout le monde qu’ils ne peuvent se départir, le temps d’un repas, de leur appareil auditif? Est-ce que la plus élémentaire des politesses envers leur compagnon n’exigerait justement pas qu’ils débranchent pour avoir une conversation normale?
La coupe lion
La première fois que j’ai vu cette horreur en vrai, j’ai d’abord cru voir un gros rat, ou une sorte de lapin peut-être. Il faut dire que le pelage blanc de l’animal se fondait dans le décor enneigé. En m’approchant, une exclamation de dégoût m’a échappé quand j’ai reconnu le chat d’un voisin. D’accord, le pauvre avait le pelage long et très sale toute l’année, mais est-ce qu’une tonte superficielle n’aurait pas suffit? Depuis, d’autres chats de mon quartier on subi le même sort et se promènent dans la rue avec leur allure de caniche mortifié.
Le métro de la déprime
Cancer, fibrose kystique, sclérose en plaques, maladies mentales. Impossible de prendre le métro ou le bus sans se faire bombarder d’images déprimantes. Les cadavres dégonflés, l’enfant qui se noie, les membres d’une famille qui se prennent un coup de poing dans la gueule, le gars qui pleure en gros plan. Lâchez-nous, enfin! À force de se faire matraquer, on se désintéresse de vos problèmes. Si ce sont des sous que vous voulez, mettez votre agence de pub à la porte et trouvez une autre approche.
Bloguer nuit gravement à la santé
Au début du mois d’avril, Matt Richtel signait au New York Times un article d’une navrante stupidité qui liait la mort de deux blogueurs à leur profession. Métier top stressant, trop sédentaire, trop prenant, prétendait-il. Quelques membres de la blogosphère se sont gaussés du journaliste. L’Agence Science Presse a repris la même information en n’insistant pas suffisamment à mon goût que cette histoire n’était qu’un ramassis de conneries. Quel sera le prochain scoop? Les Lolcats sont dangereux pour votre rate?
Une drôle d’histoire a récemment commencé à circuler dans le milieu de l’illustration. Un livre d’art intitulé Colorful Illustrations 93°C est en train de semer l’émoi, et pour cause. Il contient plusieurs entrevues menées par Darren Di Lieto avec des illustrateurs. Celles-ci ont été piquées sans permission sur le site The Little Chimp Society (ou LCS). L’ouvrage est agrémenté de douzaines d’illustrations prélevées sur le site personnel des illustrateurs, sans que ces derniers soient mis au courant. (Et les crédits ne sont pas toujours correctement attribués.) Le livre vient avec un CD qui contient les fichiers en question, ce qui laisse sous-entendre que ces images sont libres de droits. Mais le comble de l’insulte, à mon avis, est l’une des dernières pages qui stipule que le livre ne peut être reproduit ni distribué en partie ou en totalité de quelque façon que ce soit! Incroyable, non? Faisant fi de l’avertissement, l’intervieweur lésé a mis en ligne toutes les pages. Reste à voir ce que l’éditeur de Colorful Illustrations 93° C pensera de cette «distribution illégale».
Le livre se vend très cher, apparemment. Les artistes, c’est clair, ne toucheront pas un sou des ventes. Comme le livre a été publié en Chine et que les lois sur la propriété intellectuelle ne sont pas semblables aux nôtres, il est probablement inutile de penser à des poursuites.
Tant qu’à faire, aussi bien prendre les concepteurs du livre à leur propre jeu. Pourquoi ne pas reproduire l’ouvrage sous forme de PDF et le distribuer gratuitement sur Internet, comme une sorte de répertoire? Puisque les concepteurs ont piqué toute l’info, aussi bien piquer leur mise en page, na!
C’est avec un peu de retard que j’ai appris l’existence de Life After People, diffusé sur le canal History. Crée par David de Vries et d’une durée d’environ une heure et demie, ce documentaire américain aborde le même sujet que le bouquin d’Alan Weisman, The World Without Us. Des thèmes similaires y sont abordés, notamment l’avenir de la faune et la flore, la dégradation rapide de nos constructions ordinaires et celle, plus lente, de nos monuments. Le tout est illustré avec force effets spéciaux très impressionnants qui ne dépareraient pas dans un film catastrophe.
Cet attrait est aussi l’un des points faibles du documentaire. Le but de l’exercice est d’imaginer comment réagirait la nature si nous devions disparaître du jour au lendemain. À aucun moment ne laisse-t-on entendre que l’environnement pourrait être responsable de l’éclipse de l’humanité. Pourtant, la narration exagérément dramatique dépeint la nature sous un jour sinistre. L’assaut des vignes le long des édifices passe pour un déferlement du virus Ébola sur Manhattan. Le spectateur doit se farcir des répliques du genre: «The suburbs are under attack!» Les animaux sauvages — presque menés à l’extinction par nos bons soins — reprennent du poil de la bête, mais sont montrés sous un jour féroce, comme s’ils étaient à la recherche de petits enfants à croquer. Et la musique alarmante ne fait que renforcer ces insinuations à gros traits.
Ma douce et moi voulons vendre son condo pour acheter une demeure plus spacieuse: une villa, un manoir, un petit château, nous ne sommes pas tout à fait décidés. Je scrute les annonces en cherchant des mots-clés comme “dépendances” ou “cachots” ou “cyclopéen” ou “unifamiliale accroupie sur la colline tel un roi dépravé, la tête couronnée de lourds nuages crachant la foudre”. Un petit nid d’amour sympathique, quoi.
Nous en sommes à l’étape d’embellir le condo pour le bénéfice d’acheteurs potentiels. Certaines revues appellent ceci du home staging et recommandent aux vendeurs de dépenser des milliers de dollars en rénovations dont ils n’auront pas le temps de savourer le résultat. Ma technique personnelle de home staging consiste surtout à dépaqueter les boîtes de livres que je n’avais pas encore ouvertes en emménageant ici. Les murs pleins de livres feront meilleure impression que des planchers pleins de boîtes.
Le processus n’est pas désagréable: j’ai l’impression de retrouver de vieux amis. Mes livres de contes, dont celui contenant l’histoire des têtes volantes que j’espérais adapter un jour. Mon exemplaire de A Dreamer’s Tales de Lord Dunsany, édition des années ‘20, qu’un antiquaire m’avait offert gratis parce qu’il avait oublié d’y écrire le prix. Mes ouvrages de référence ésotérique, dont The History of Hell et La sorcellerie au Québec du XVIIe au XIXe siècle, où l’on reproduit un article de la Gazette de Québec mettant en garde les lecteurs contre un loup-garou sévissant le long du fleuve. Un bel assortiment d’ouvrages de SFFCF auquel je tente d’ajouter des titres plus anciens ou obscurs. Je dois me retenir de tout feuilleter à mesure que je range.
Si j’avais à voter pour l’essai le plus déprimant de 2007, mon choix se porterait tout de suite sur The Shock Doctrine de Naomi Klein. L’auteure du best-seller No Logo a le chic pour nous montrer sous son jour le plus sinistre la bête capitaliste. Quand nous pensons avoir enfin atteint le fond du baril en matière de cynisme, de cruauté, d’injustice et de violence, elle nous tend une pioche et une pelle.
Dans The Shock Doctrine, elle tisse des liens entre les expériences cruelles d’Ewen Cameron (notre Dr Mengele local), le petit guide de torture pratique de la CIA… et le capitalisme sauvage qui se développe dans la foulée de catastrophes majeures. Elle propose une analyse méthodique et impitoyable qui laisse songeur. Se pourrait-il que les anthropologues se soient trompés pendant tout ce temps, que nous ne sommes pas apparentés aux singes, mais plutôt aux requins?
par Éric - vendredi, 11 janvier 2008 - 16:15 (Société)
À vous la parole. Vous avez une nouvelle année devant vous et tout peut encore arriver. Quels événements marqueront l’année 2008, d’après vous? Quels seront les enjeux? Quelles modes abandonnées reviendront en force? (Nous constations justement un engouement pour les cycles du déjà vu dans les commentaires d’un autre billet.) Si vous ne voulez pas vous risquer à faire des prédictions, dites-nous plutôt ce que vous espérez pour 2008, que ce soit probable ou non.
Voilà un concept intriguant. Comment la planète évoluerait-elle si elle n’avait plus à supporter le poids de l’humanité? En quelque 300 pages, Alan Weisman nous brosse un tableau qui s’étend sur des milliers d’années, le tout ponctué d’avis d’experts, d’exemples pris du passé et de quelques touches d’humour. L’auteur jette un regard détaché sur le problème posé par notre démographie étouffante. Nous voyons que l’impact humain sur l’environnement le préoccupe, mais il ne se lance pas dans de longues diatribes contre les pollueurs, la société de consommation, les dirigeants qui manquent de vision, nos petits intérêts mesquins. Il présente les choses comme elles sont et laisse le lecteur tirer ses propres conclusions.
Il n’emploie pas non plus le ton apitoyé des écolos-dépressifs. Pour illustrer son propos, il invente une disparition subite et totale de l’humanité, excluant ainsi l’idée d’une lente agonie de l’espèce causée par des problèmes environnementaux. Il s’amuse d’ailleurs à spéculer sur les causes possibles d’une extinction aussi brutale: le fameux enlèvement chrétien (the Rapture), la fin d’un éventuel programme de simulation extraterrestre, un supermégavirus-surprise. Toutes les suggestions sont bonnes, c’est le résultat qui compte.
L’exercice est forcément subjectif. L’auteur consulte des scientifiques, des travailleurs, des spécialistes en tout genre. Il peut poser une même question à deux ou trois personnes et obtenir des réponses diamétralement opposées. Il s’agit d’un exercice d’extrapolation, d’un guide général sur des phénomènes dont nous ne serons pas témoins, et non d’un bouquin à voyager dans le temps. Cela n’empêche pas Alan Weisman de donner beaucoup de détails sur les espèces animales et végétales, sur la façon dont elles réagiront une fois que la place sera libre. Pour le lecteur lambda, certains passages paraîtront un peu lourds, mais les amateurs purs et durs d’entomologie ou de botanique, par contre, vont trouver ça chouette. Et parmi les statistiques qu’il fournit sur toutes sortes de sujets actuels, il y en a qui vous feront hausser les sourcils.
Vous savez que votre collègue de bureau est un fan de Battlestar Galactica lorsqu’il insère dans la conversation un «fracking» bien senti sans même sourciller. Vous savez que êtes un(e) fan de Battlestar Galactica quand vous en prenez note avec trente secondes de retard.
Plus naturel que le «Gorram» de Serenity, plus innocent que le mot-de-quatre-lettres qui fait frémir la FCC, mais plus percutant que les variantes actuelles de ce dernier («freaking», «fricking» ou «frigging»), l’inclusion du mot «frack» (ou «frak»?) dans le vocabulaire de tous les jours se fait de façon insidieuse. J’avoue avoir moi-même de la difficulté à le réprimer dans mes propres conversations.
À l’occasion de l’Halloween, la firme Ipsos a réalisé pour le compte de l’Associated Press un sondage visant à évaluer le niveau de superstition des Américains. Pour une raison que j’ignore, les questions portaient aussi sur la croyance aux ovnis. Le sondage a été réalisé auprès d’un échantillon d’un millier d’adultes entre le 16 et le 18 octobre par téléphone.
En gros, il s’en dégage qu’un tiers des Américains croient aux fantômes et un tiers encore croient aux ovnis. Presque la moitié des personnes sondées pensent que les expériences extra-sensorielles (télépathie, etc.) sont réelles. Un peu moins d’un quart ont avoué avoir été visitées par un ectoplasme et 14 % jurent avoir aperçu un ovni. Le sondage s’intéresse à la religion, l’ethnie, le sexe, le revenu, l’allégeance politique et les passe-temps des personnes interrogées. Aucune conclusion n’est tirée pour autant, et c’est tant mieux.
J’ai tendance à beaucoup me méfier des sondages, surtout dans un cas comme celui-ci où l’échantillon est petit. Le résultat montrant qu’un tiers seulement des Américains est superstitieux me paraît bien mince. J’aurais pensé que dans un pays reconnu pour sa religiosité, la croyance au surnaturel et au paranormal pouvait être plus répandue.
L’article de l’AP semble suggérer, au contraire, que c’est beaucoup: «To put the roughly one-third who believe in ghosts and UFOs in perspective, it’s about the same as, in recent AP-Ipsos polls, the 36 percent who said they are baseball fans; the 37 percent who said the U.S. made the right decision to invade Iraq; and the 31 percent who approve of the job President Bush is doing.»