Fractale Framboise

Archives: Critiques

Laurine

Territory — Emma Bull

par Laurine - vendredi, 27 juin 2008 - 15:39 (Critiques, Lectures, SF&F autre)

Territory J’ai eu plus d’une fois l’occasion de lire des romans de fantasy basés en partie sur des événements historiques, mais pas encore de western correspondant à cette description. Dans Territory, Emma Bull s’inspire des événements qui ont précédé la fusillade à O.K. Corral pour raconter une histoire de meurtre, de mystère et de magie.

Tout commence avec l’attaque d’une diligence qui fait deux morts. Les frères Earp, dirigés par Wyatt, mènent l’enquête avec un zèle qui cache des motifs ultérieurs. Des frictions s’ensuivent avec des voleurs de bétail et des acteurs locaux dans la lutte pour le contrôle politique de Tombstone. L’histoire est racontée de trois points de vue: celui de l’héroïne, une dénommée Mildred Benjamin, veuve de son état et travaillant comme typographe au Nugget; celui de Jesse Fox, un étranger doté de pouvoirs magiques qu’il refuse de reconnaître; et celui de Doc Holliday, qui ne se pose pas les bonnes questions sur sa remarquable longévité et son attachement à Wyatt Earp.

Ce qui monopolise l’attention de la ville est bien sûr l’attaque de la diligence, mais Jesse Fox a d’autres préoccupations. Il a été sommé à Tombstone par son ami Chow Lung, un mystique chinois qui essaie de l’aider à accepter sa nature tout en conciliant les notions de science et de magie, car des forces surnaturelles menacent Tombstone. Un sorcier avide de pouvoir est en train d’accaparer le contrôle du territoire et son identité doit être découverte avant qu’il ne puisse abattre son rival, Jesse Fox.

(suite…)

  aucun commentaire

Laurine

The Road — Cormac McCarthy

par Laurine - lundi, 23 juin 2008 - 16:21 (Critiques, Lectures, SF&F autre)

The RoadIl y a des livres comme ça qui me rappellent pourquoi une critique quasi unanime et élogieuse ne garantit pas que je vais être du même avis. C’est le cas du roman The Road de Cormac McCarthy, qui a pourtant remporté le Pulitzer en 2007 et le James Tait Black Memorial Prize, en plus de se mériter la bénédiction d’Oprah Winfrey (on s’en fout) et les éloges du militant écologiste George Monbiot. Le journal The Guardian place McCarthy dans sa liste des cinquante personnes qui pourraient sauver la planète. Rien que ça.

Les prémisses sont pourtant accrocheuses. L’Apocalypse a finalement eu lieu et les États-Unis (donc le Monde Entier) ont été réduits en un petit tas de cendres. La végétation et la faune ont été décimées, ainsi qu’une bonne partie de l’humanité. Privés de supermarchés, les quelques survivants sombrent dans la barbarie la plus abjecte et se livrent au cannibalisme organisé. Des bandes réduisent leurs proies à l’esclavage, quand ils ne les dévorent pas vivantes, petit à petit, en commençant par les pieds. Les bébés naissants ne sont plus que de la viande qu’on attend pendant neuf mois. Dans tout ce bordel, un homme et son fils marchent vers le Sud en direction de la mer et de la chaleur. Ils suivent les autoroutes (d’où le titre), ce qui est possiblement la façon la moins sûre de voyager, mais passons.

(suite…)

  7 commentaires

Laurine

La Horde du Contrevent — Alain Damasio

par Laurine - mardi, 17 juin 2008 - 17:18 (Critiques, Lectures, SF&F francophone)

La Horde du Contrevent Je ne me souviens plus avec exactitude comment je suis tombée sur La Horde du Contrevent d’Alain Damasio. J’ai dû en voir la mention quelque part sur la toile puisque le bouquin n’a pas fait de tapage ici. (Le contraire eût été surprenant puisqu’une bonne partie de ce qui se fait en SFF francophone passe sous le radar du buzz populaire.) Il s’agit d’un roman de science-fiction construit comme une histoire de fantasy traditionnelle, en reprenant le thème de la quête initiatique, celle d’une sorte de mythe inatteignable.

Dans un monde où souffle un vent perpétuel, la 34e Horde part d’Aberlaas, située à l’Extrême-Aval (ouest), dans l’espoir d’atteindre l’Extrême-Amont (est) d’où proviendraient ces rafales. La Horde marche à contre-vent en ligne droite, en suivant la trace des troupes précédentes. Ils sont 23, chacun formé avec cruauté depuis l’enfance pour accomplir une tâche précise qui permettra aux autres de survivre: les tâches pratiques comme chasser, faire du feu, trouver du gibier dans les circonstances les plus décourageantes; les tâches cruciales comme tracer (affronter le vent), protéger les flancs des bourrasques herculéennes, défendre les hordiers des Poursuiveurs et autres brigands. Les Hordes précédentes ont échoué, mais celle-ci est la meilleure, et peut-être la dernière. Ne chuchote-t-on pas que, huit siècles d’efforts plus tard, ce trajet éprouvant est dépassé, et qu’il faudrait tenter le coup avec des engins sophistiqués à voiles?

(suite…)

  14 commentaires

Laurine

Kingdom of the Crystal Skull

par Laurine - samedi, 31 mai 2008 - 19:46 (Cinéma, Critiques, SF&F autre)

Kingdom of the Crystal SkullJ’attendais ce film avec impatience, tout en me méfiant. J’étais en sixième année quand j’ai vu Raiders of the Lost Ark, et à l’école secondaire quand j’ai vu The Temple of Doom et The Last Crusade. J’étais une fan d’Indiana Jones autant que d’autres pouvaient l’être de Star Wars. Mais à plus de trente ans, c’est clair que je ne pouvais pas m’attendre à éprouver le même impact en regardant le quatrième volet.

Comme de fait, l’approche légère et juvénile du film m’a tout de suite frappée. À leur décharge, je ne crois pas que Spielberg et Lucas ont tellement eu le choix vu le sujet abordé. Les trois premiers volets étaient bien ancrés dans un univers magique avec des artefacts anciens bourrés de pouvoirs dangereux. On pouvait leur inventer un contexte merveilleux sans trop se soucier du réalisme. Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull joue sur une autre corde, celle de la science-fiction. L’histoire permet un peu moins d’étirer la sauce magique du moment qu’il est question de télépathie, de voyageurs interdimensionnels, de magnétisme et de technologies avancées.

(La suite du billet contient des spoilers.)

(suite…)

  8 commentaires

Laurine

Signal to Noise — Neil Gaiman & Dave McKean

par Laurine - jeudi, 24 avril 2008 - 18:57 (Arts visuels, Critiques, Lectures)

Signal to NoiseSi l’on veut faire l’historique de Signal to Noise, il faut mentionner que l’ouvrage est d’abord paru dans le magazine The Face sous forme de série qui a débuté en 1989. Il est ensuite devenu une BD romanesque chez Dark Horse Comics en 1992. Par la suite, l’histoire a été présentée sous deux formes, une émission de radio et une pièce de théâtre. Voilà pour la cuisine. Je ne m’étendrai pas sur la mention «New Edition» puisque je n’ai jamais vu, lu ou entendu la version d’origine.

Signal to Noise met habilement en parallèle deux histoires, celle d’un cinéaste en train de mourir du cancer et le film qu’il imagine dans sa tête faute de pouvoir le tourner. Ce film raconterait l’histoire d’un groupe de villageois européens à la fin de l’an 999, alors qu’on attendait l’Apocalypse qui devait marquer la fin du millénaire. Le cinéaste, lui, aurait souhaité vivre jusqu’à la fin de 1999 (nous sommes à Londres dix ans plus tôt) pour voir, justement, que la fin du monde n’existe toujours pas mille ans plus tard. D’après lui, il n’y a pas de Grande Apocalypse, juste une série sans fin de petites apocalypses personnelles.

(suite…)

  aucun commentaire

Laurine

Life After People

par Laurine - samedi, 19 avril 2008 - 10:04 (Arts visuels, Critiques, Insolite, Société)

Life After People C’est avec un peu de retard que j’ai appris l’existence de Life After People, diffusé sur le canal History. Crée par David de Vries et d’une durée d’environ une heure et demie, ce documentaire américain aborde le même sujet que le bouquin d’Alan Weisman, The World Without Us. Des thèmes similaires y sont abordés, notamment l’avenir de la faune et la flore, la dégradation rapide de nos constructions ordinaires et celle, plus lente, de nos monuments. Le tout est illustré avec force effets spéciaux très impressionnants qui ne dépareraient pas dans un film catastrophe.

Cet attrait est aussi l’un des points faibles du documentaire. Le but de l’exercice est d’imaginer comment réagirait la nature si nous devions disparaître du jour au lendemain. À aucun moment ne laisse-t-on entendre que l’environnement pourrait être responsable de l’éclipse de l’humanité. Pourtant, la narration exagérément dramatique dépeint la nature sous un jour sinistre. L’assaut des vignes le long des édifices passe pour un déferlement du virus Ébola sur Manhattan. Le spectateur doit se farcir des répliques du genre: «The suburbs are under attack!» Les animaux sauvages — presque menés à l’extinction par nos bons soins — reprennent du poil de la bête, mais sont montrés sous un jour féroce, comme s’ils étaient à la recherche de petits enfants à croquer. Et la musique alarmante ne fait que renforcer ces insinuations à gros traits.

(suite…)

  5 commentaires

Christian

Science, on blogue! - Pascal Lapointe et Josée Nadia Drouin

par Christian - dimanche, 13 avril 2008 - 14:44 (Critiques, Lectures, Techno/sciences)

Couverture: Science on blogueIl aurait été impensable que Fractale Framboise ne discute pas du livre Science, on blogue!: Les ouvrages francophones sur les blogues sont rares; et ceux sur les blogues scientifiques se conjuguent vraisemblablement au singulier. Toujours est-il que l’excellente agence Science-Presse a vu un marché se chiffrant dans les centaines de lecteurs et a décidé de plonger : le résultat est un livre documentaire traitant des blogues portant sur la science. C’est une pub pour Science-Presse (et plus particulièrement pour leur site «Science, on blogue!»), c’est une introduction aux blogues, c’est un survol du domaine, c’est une célébration du scientifique-vulgarisateur, c’est un plaidoyer pour une science plus accessible au grand public et c’est une collection des meilleurs billets publié sur «Science, on blogue!» durant ses deux premières années. On y trouve même des mots de la plume de l’ami Mario Tessier.

À en croire l’organisation du livre, le livre s’adresse à ceux qui ont entendu parler des blogues scientifiques et qui veulent en savoir plus. La première partie, «Entrez dans la blogosphère!» s’aventure à expliquer le phénomène pour ceux qui n’y connaissent presque rien. Un premier chapitre sur «Pourquoi diable bloguer?» donne suite à un deuxième chapitre expliquant quelques notions élémentaires, puis à un survol de la courte histoire du blog scientifique jusqu’en 2007. Un quatrième chapitre disjoint explore la baladodiffusion avant d’attaquer les enjeux idéologiques soulevés par la diffusion d’information libre. Pour clore cette première section, le cinquième chapitre incite les lecteurs à bloguer en leur montrant quoi faire, puis explore le cas du site-parapluie «Science, on blogue».

(suite…)

  1 commentaire

Laurine

Carnivàle

par Laurine - dimanche, 6 avril 2008 - 9:08 (Arts visuels, Critiques, SF&F autre)

Carnivale Carnivàle est une série créée par Daniel Knauf qui a été diffusée sur HBO entre 2003 et 2005. Bien que six saisons avaient été prévues à l’origine, elle a été retirée des ondes au bout de deux ans seulement. Il paraît que la première saison a attiré des cotes d’écoute record pour HBO, mais celles-ci ont plongé l’année suivante parce que le rythme de l’histoire n’était pas assez soutenu (un problème classique et fort regrettable). Comme je n’ai encore vu que la première saison, je ne peux m’empêcher de me gratter le crâne avec perplexité. Oui, le rythme est parfois lent, mais l’histoire compense largement par une atmosphère captivante et une approche artistique de qualité. Carnivàle se passe en 1934-35 dans la foulée de la Grande dépression américaine. C’est l’époque du dust bowl, ces grandes tempêtes de sable qui ont ruiné les récoltes et jeté des milliers de fermiers sur les routes, provoquant une grande migration vers la Californie. Dans ce décor sale et miséreux, deux récits parallèles se dessinent sur fond de lutte magique entre le Bien et le Mal.

À Milfay, des forains accueillent Ben Hawkins, un jeune homme fruste doté de pouvoirs surnaturels qu’il maîtrise mal. Il est tourmenté par des rêves violents lui montrant des gens dangereux qu’il ne connaît pas, mais qu’il est destiné à rencontrer. Dans le carnaval, certains individus possèdent aussi des dons, quoique moindres, et sont vivement intéressés par les aptitudes du jeune Hawkins, si bien que des luttes de pouvoir intestines s’ensuivent. Parallèlement, en Californie, le frère Justin et sa sœur Iris sont à la tête d’une congrégation de gens bien comme il faut, jusqu’à ce que Justin se pique d’en ouvrir une autre pour les démunis. À ce moment ressurgissent ses propres facultés magiques qu’il a longtemps refoulées, et qui n’ont rien de charitable. Pris entre sa foi et ses pouvoirs destructeurs, il doit se soustraire à la curiosité d’un journaliste tenace et de celle de l’évêché, avec pour unique soutien l’admiration de sa sœur fanatique. Entre Ben Hawkins et le frère Justin, un troisième larron apparaît dans leurs rêves. Son nom est Henry Scudder et il aurait le pouvoir de faire pencher la balance dans la lutte entre le Bien et le Mal qui se dessine.

(suite…)

  aucun commentaire

Laurine

Ysabel — Guy Gavriel Kay

par Laurine - dimanche, 30 mars 2008 - 17:49 (Critiques, Lectures, SF&F autre)

Ysabel Une petite curiosité dans l’univers de Kay, Ysabel se déroule à notre époque. À l’inverse de La Tapisserie de Fionavar, c’est le passé qui arrive dans le décor comme un touriste et chamboule le quotidien des protagonistes. Autre particularité, le héros est Ned Marriner, un jeune Montréalais de quinze ans, débrouillard avec l’électronique et jogger invétéré.

Ned vient passer quelques jours à Aix-en-Provence avec son père, qui est un photographe montréalais (coucou!) connu, et l’équipe hyperactive de celui-ci. Sur place, il fait la connaissance de Kate Wenger, une Américaine de son âge férue d’histoire. Les deux adolescents se trouvent par hasard mêlés à une histoire très ancienne impliquant — entre autres — des personnages de La Tapisserie de Fionavar. Ainsi, un trio de quasi-immortels s’incarnent de façon cyclique dans la région; les deux hommes doivent concourir pour la main de la belle, mais l’épreuve n’a rien d’un jeu, même qu’elle provoque le plus souvent des guerres et des tueries. Ned apprend peu à peu que le hasard n’a pas grand-chose à voir avec son implication dans cette vieille dispute, et que sa famille est directement concernée, à commencer par sa mère (qui est au Soudan avec Médecins sans frontières) et sa tante qu’il n’a jamais rencontrée.

(suite…)

  3 commentaires

Laurine

Space Above and Beyond

par Laurine - mardi, 25 mars 2008 - 20:07 (Critiques, SF&F autre)

Space Above and BeyondLorsque cette série a été diffusée sur le réseau FOX en 1995-1996, elle est complètement passée sous mon radar. À cause de la faiblesse de ses cotes d’écoute, elle n’a duré qu’un an même si cinq saisons étaient prévues au départ. Cette série de science-fiction a quelques points communs avec Starship Troopers, car elle met en scène des space-marines en guerre contre une race extraterrestre vaguement insectoïde.

L’histoire se déroule en 2063-64. La race humaine vient tout juste de mettre fin à une guerre contre une de ses propres créations, les Silicates. Ces humanoïdes dotés d’une intelligence artificielle servaient d’esclaves jusqu’à ce qu’un virus leur donne le goût du risque. Pour combattre cette force supérieure, l’humanité a dû créer une race de soldats mutants, plus spécifiquement des humains conçus en laboratoire et laissés dans des aquariums jusqu’à l’âge de dix-huit ans, avant qu’on leur lessive le cerveau avec des notions de guerre. Mais une fois le conflit terminé, ces In Vitro n’ont pu s’intégrer dans la société qui les considère comme des freaks.

(suite…)

  7 commentaires

Eric

Notes de lecture - Rant

par Eric - samedi, 22 mars 2008 - 15:38 (Critiques, Lectures, SF&F autre)

RantRant est un de ces ovnis littéraires auxquels j’aurais difficilement pu résister: un roman de science-fiction écrit par Chuck Palahniuk sous la forme d’une biographie orale. Comme tout le monde, j’ai découvert Palahniuk avec la version cinématographique de Fight Club. Depuis, j’ai dévoré Lullaby, Invisible Monsters, son recueil d’essais Stranger Than Fiction, ainsi que ses essais sur l’art d’écrire, publiés sur chuckpalahniuk.net dans le cadre d’un atelier d’écriture en ligne (je crois qu’il faut s’inscrire au site pour y accéder maintenant).

Le format. Qu’entend-on par “biographie orale”? Tout le texte de Rant est constitué d’extraits d’entrevues avec une variété de personnages liés de près ou de loin à feu Buster “Rant” Casey, noctambule amateur d’accidents véhiculaires, point d’origine d’une vaste épidémie de rage. On saute sans cesse d’un témoignage à l’autre, d’une voix à l’autre, en alternant discours de cinq pages et déclarations d’une phrase. Le format donne du rythme à l’ensemble et stimule le lecteur en offrant tout un casse-tête à assembler. Il n’y a pas de narrateur, ou il y en a cinquante-six, plutôt, chacun identifié par son lien avec Rant (anthropologue, ami d’enfance de Rant, pompier…).

(suite…)

  2 commentaires

Laurine

Paint or Pixel — Jane Frank

par Laurine - mardi, 18 mars 2008 - 16:04 (Arts visuels, Critiques, Lectures, SF&F autre, Techno/sciences)

Paint or PixelL’illustration est une discipline un peu particulière de l’art. Son caractère ambigu vient peut-être du fait qu’on ne sait pas s’il faut la juger d’après sa fonction ou sa méthode de réalisation. Longtemps associée aux publications populaires (et donc commerciales), ce n’est que depuis récemment qu’on la considère comme une discipline artistique à part entière. Mais à peine a-t-elle gagné ses lettres de noblesse que l’illustration voit l’informatique chambouler la situation. Il semble que dans l’esprit de certains, l’utilisation de logiciels tels que Photoshop ou Painter menace l’aspect artistique de l’illustration.

Le recueil d’essais Paint or Pixel: The Digital Divide in Illustration Art, édité par Jane Frank, oppose les tenants des méthodes traditionnelles à ceux du numérique. Les arguments avancés révèlent d’une part l’ampleur d’un fossé générationel, mais ils mettent aussi en évidence l’inquiétude des artistes traditionnels qui voient le nombre de leurs contrats diminuer au profit d’artistes du numérique capables de répondre à une plus grande demande et en moins de temps. Selon Jane Frank dans son introduction, cette cassure serait plus évidente dans le domaine de la science-fiction et de la fantasy, ce qui est assez ironique quand on y pense. L’illustration a longtemps été snobée pour son approche résolument commerciale et populaire avant qu’on ne l’accepte en tant que discipline des beaux-arts. Aujourd’hui, le numérique remet encore une fois sa nature artistique en question, et ce, dans un domaine littéraire qui est justement snobé… parce que considéré comme une forme d’expression commerciale et populaire!

Je pourrais suggérer que cette perception négative envers la littérature SFF renforce le conservatisme du milieu des illustrateurs dans ce domaine (aux États-Unis peut-être), mais c’est une hypothèse de ma part.

(suite…)

  9 commentaires

Christian

Films de 2007

par Christian - dimanche, 24 février 2008 - 19:54 (Cinéma, Critiques)

Les Oscars! Non seulement s’agit-il du Superbowl pour les cinéphiles, c’est également une excellente occasion pour examiner ce qui s’est fait au cinéma en 2007. Tendances, réussites, innovations –que faut-il retenir de l’année dernière au cinéplex?

L’univers du film est vaste. Hollywood (c’est à dire “le mécanisme qui achemine les œuvres les plus susceptibles d’être vues par plus d’une centaine de personnes”) produit à peu près 200 films en salles par année. Incluant les films sur le “circuit artistique” des plus petites salles, les sorties vidéo, les films étrangers les plus populaires et les films à micro-budget ayant connu un certain succès dans les festivals, le nombre monte à un peu plus de 500 titres plus ou moins généralement disponibles. Et encore là, c’est une fraction du total: L’industrie du film pornographique et celle du film indien ajouteraient chacun des centaines de films à ce sous-total… et c’est sans parler du reste des films produits ailleurs dans le monde.

Bref, les douzaines de films nominés et célébrés à la cérémonie des Oscars sont au sommet d’une pyramide composé de milliers de pierres. Il serait impossible à quiconque de voir tout ce qui se fait annuellement. Mais il n’est pas impossible de voir l’essentiel de ce qui mérite d’être vu, surtout si on est particulièrement intéressé en un genre précis.

Parfois, le tour d’horizon est court.

(suite…)

  11 commentaires

Laurine

Duma Key — Stephen King

par Laurine - dimanche, 24 février 2008 - 14:25 (Critiques, Lectures, SF&F autre)

Duma Key (cover) Toujours aussi prolifique malgré sa santé chancelante qui lui a déjà fait dire plus d’une fois qu’il n’écrirait plus autant, Stephen King récidive en 2008 avec Duma Key, un roman bien noir de 600 pages. Sans prétendre qu’il y a des ressemblances frappantes avec Lisey’s Story, je trouve que Duma Key reste dans la même veine, déjà parce que son protagoniste principal est un artiste maudit, et aussi parce que les personnes avec qui il se lie d’amitié sont capables de partager ses visions.

Le héros est un entrepreneur en construction dans la cinquantaine nommé Edgar Freemantle. Au cours d’une inspection de routine, il se fait écraser dans sa voiture par une grue. Edgar perd son bras droit et subit des dommages au cerveau: il devient partiellement amnésique et aphasique. Les crises de rage qu’il pique lors de sa convalescence terrorisent sa femme tant et si bien qu’elle le quitte. Edgar pense au suicide, mais son psychiatre lui suggère de changer de décor et de reprendre une activité qui l’a déjà intéressé autrefois, la peinture. Edgar s’installe donc à Duma Key, une île floridienne presque déserte, où il se lie d’amitié avec un ancien avocat (Wireman) et la dame âgée atteinte d’Alzheimer dont il s’occupe (Elizabeth Eastlake). Edgar se met à dessiner et à peindre avec une passion dévorante. Ses scènes sont de plus en plus inquiétantes et ont des répercussions dans le monde réel. La maison rose qu’il a louée pourrait amplifier cette connexion avec le paranormal. Plus étrange encore, l’enfance terrifiante de Mme Eastlake émerge et vient le hanter. Puis l’histoire sombre dans l’horreur quand la dame rouge se réveille et amène son navire des morts près de l’île.

(suite…)

  15 commentaires

Laurine

Fables [2]

par Laurine - lundi, 18 février 2008 - 20:01 (Arts visuels, Critiques, Lectures, SF&F autre)

Fables: Animal FarmFables: Legends in Exile brossait à grands traits les principaux protagonistes de la série par l’entremise d’un whodunit des plus traditionnels. Ce numéro relié plantait aussi le décor de Fabletown, une extension de New York que les humains ordinaires (les mundanes) ne perçoivent pas. Mais Animal Farm propose déjà un récit plus disjoncté alors que le lecteur est amené à explorer l’autre moitié de la société des Fables, la Ferme, qui est sise sur un bout de terre éloigné et protégé par des enchantements. À cet endroit vivent les autres Fables, celles qui ne peuvent prendre une apparence humaine: les animaux, les lutins, les Liliputiens, etc.

Lors d’un voyage d’inspection à la Ferme, Blanche Neige et sa sœur Rose Rouge apprennent à leurs dépends que la révolte gronde. Un groupe de dissidents a décidé que le temps était venu de conquérir Fabletown avant de retourner dans leur monde d’origine pour abattre l’Adversaire, tout cela grâce à des armes humaines adaptées à leur physique. Quand je dis que le récit est disjoncté, vous devriez voir le pistolet automatique monté sur une coque: il est conçu pour être fixé sur le dos de la tortue et actionné par le lièvre!

La rébellion est menée par Boucles d’Or, maintenant devenue une adulte révolutionnaire armée jusqu’aux dents. Elle rappelle irrésistiblement les activistes devenus violents après avoir piqueté sans succès: les immenses lunettes d’intellectuelle allumée, les vêtements trop larges, les slogans appris par cœur. Elle qualifie ses camarades de «prolétaires» alors qu’ils ne travaillent pas (ce sont des animaux pour la plupart). Aucun sacrifice n’est trop grand pour la Cause, surtout celui des créatures qui se mettent en travers de son chemin. Même les Trois Ours s’inquiètent de sa santé mentale. Dans le fond, elle se fiche de la cause qu’elle épouse pourvu qu’elle puisse mettre en application tout le savoir qu’elle a accumulé à partir de ses lectures qu’elle a clairement mal comprises. S’il n’y a pas d’opprimés à défendre par les armes, elle va s’en inventer de toutes pièces. Le personnage est génial.

(suite…)

  3 commentaires