HEX — Thomas Olde Heuvelt

HEXC’est toujours plaisant de découvrir de nouveaux auteurs, surtout lorsqu’ils savent rafraîchir des thèmes classiques. Heuvelt a écrit plusieurs romans, mais je crois que HEX est le seul à avoir été traduit en anglais jusqu’ici (j’imagine qu’il y aura aussi une version française un jour). L’original néerlandais se déroulait en Europe; dans l’adaptation américaine, on a jugé utile de transposer l’action dans la vallée de l’Hudson aux États-Unis.

Nous nous retrouvons à Black Springs, une petite communauté soudée par un mauvais sort. Une sorcière du 17e siècle hante les lieux et se déplace comme bon lui semble dans les limites du patelin et dans les bois avoisinants. Elle peut se promener dans la rue ou passer la nuit dans le salon d’une malheureuse famille. Chacun s’est plus ou moins fait à l’idée de cohabiter avec une horreur muette, et la vie se déroule presque normalement. Par contre, il y a des règles à respecter. La première est de ne jamais retirer les sutures qui ferment les paupières et les lèvres de la sorcière sous peine de catastrophe à grande échelle. Ensuite, il est interdit de rendre publique l’existence de celle-ci, de crainte que des curieux bien intentionnés tentent d’ouvrir les yeux de l’entité. Enfin, une fois que l’on a emménagé en ville, ou si l’on y est né, il est impossible d’en sortir.

La nouveauté de l’histoire réside dans le déploiement technologique effectué pour surveiller les allées et venues de la sorcière. Tout le monde a un téléphone intelligent et, au moyen de l’appli HEX, on envoie au central la localisation du fantôme en temps réel. Une équipe de spécialistes se charge aussi de prévenir et de désamorcer de façon imaginative les situations épineuses impliquant les gens de l’extérieur en visite à Black Springs, ce qui laisse place à des scènes particulièrement drôles.

Sauf que l’environnement faussement pépère de la ville pèse sur un groupe d’adolescents, qui entreprennent diverses expériences dans l’espoir d’exposer l’existence du fantôme et de briser le cycle qui les garde prisonniers. Un jour, ils organisent un tour pendable de trop qui fera boule de neige et aura des conséquences imprévisibles.

Difficile de ne pas remarquer le contraste entre la modernité des moyens pris pour gérer une menace centenaire, et le fond de superstition régnant encore chez une partie de la population. Nous avons même le preacher local et ses ouailles qui n’hésitent pas à recourir à des méthodes médiévales pour mettre au pas les dissidents qui risquent de faire voler en éclat l’étrange statu quo. Sous cet angle, le roman décrit très bien l’effet de la peur et la paranoïa chez les gens ordinaires, et la façon dont ces émotions peuvent faire ressortir leur laideur. Incidemment, c’est ce même état d’esprit qui a créé la sorcière de Black Rock au départ.

Contrastant avec les illuminés religieux, une poignée de personnages vivent le cauchemar différemment et essaient de garder la tête froide. Le chef de l’équipe technologique fait d’ailleurs preuve d’une bonne dose de cynisme et de détachement qui permet des touches bienvenues d’humour délirant. Autrement, le héros — le père d’un des adolescents farceurs — fait son possible pour maintenir une saine dynamique dans son foyer, bien que celle-ci vole bientôt en éclat sous la pression. De façon générale, les personnages sont correctement campés, juste assez pour que l’on comprenne la logique de chacun : le désir de liberté des jeunes, l’imposition de règles strictes par les aînés qui connaissent les conséquences d’un moindre faux pas, la peur sourde qui règne en ville à l’idée d’un changement dans la routine de la sorcière, etc.

Le roman présente de bonnes scènes anxiogènes, particulièrement dans les bois qui longent Black Springs et qui servent de refuge à la sorcière. Ils sont bien utiles pour mettre en relief le passé de la région, où les puritains se sentaient assiégés par les forces de la nature et cherchaient un bouc émissaire à leurs maux.

L’auteur est à suivre, et j’espère que d’autres titres seront bientôt traduits.

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