The X-Files — Saison 11

The X-Files – Saison 11The X-Files s’est poursuivie avec de nouveaux épisodes après son retour un peu mitigé en 2016. Il reste à voir si l’aventure va continuer longtemps maintenant que Gillian Anderson a annoncé qu’elle quittait la série. La 11e saison a été un peu à l’image de la 10e avec une poignée de bons épisodes indépendants et un arc mythologique plutôt raté.

Affublé du titre malheureux « My Struggle », l’arc en question s’avère une déception sur plusieurs niveaux. Autant j’aimais bien l’Homme à la cigarette, l’ennemi juré de Mulder dans les belles années de la série, autant sa résurrection inexpliquée passe mal puisqu’il s’était pris un missile dans la trombine en 2002. Et encore, il faisait pitié après son retour des morts, tout brûlé et trachéotomisé. Mais il se porte à ravir en 2018, un grand merci à Scully qui avait en fait halluciné son état lors d’une sorte de syncope induite par son lien télépathique avec son fils hybride William. Vous avez bien lu. Le plus frustrant, c’est que la 11e saison avait suggéré une idée en or qui aurait dû constituer l’arc mythologique revampé, celui d’une Cabale Alt à saveur internationale menée par Barbara Hershey et d’un programme spatial secret. Avec à leurs ordres Purlieu, une entreprise militaire russe (lire : des mercenaires), tout ceci aurait admirablement cadré dans l’air du temps.

Chris Carter et les scénaristes ont plutôt opté pour le thème d’une pandémie, un concept foireux dont ils avaient déjà fait mauvais usage dans la série Millennium. Sitôt revenu d’entre les morts, l’Homme à la cigarette se met en tête d’éradiquer la population mondiale à l’aide d’un virus extraterrestre. La manière dont il compte s’y prendre, lui qui n’a plus accès à ses immenses ressources, ne nous est jamais expliquée. On se contente de nous assurer qu’il a besoin du fils hybride de Scully pour arriver à ses fins. Mulder et Scully tentent donc de sauver William, le MacGuffin de la saison, qui a commencé à utiliser ses pouvoirs comme le ferait n’importe quel ado, c’est-à-dire mal, au point de s’attirer l’attention de dangereux individus. Rien ne fonctionne dans l’histoire, car il a trop d’éléments gratuits. Je pourrais décortiquer l’arc « My Struggle », en sortir toutes les incohérences et envoyer une lettre de plainte à 1013 Productions, mais à quoi bon?

Après vingt ans, tout le monde a vieilli. Scully frôle l’aphonie parce que l’actrice qui l’incarne est une fumeuse. Elle se pose aussi des questions sur sa féminité maintenant qu’elle a la cinquantaine et qu’elle a essuyé les méchantes piques d’une patiente psychiatrique. Mulder, quant à lui, est devenu presbyte et porte des lunettes à la Buddy Holly. J’ai l’impression qu’entre les saisons 9 et 10, il a passé quelque temps avec des paramilitaires à courir dans les bois et s’entraîner au tir, car il dégomme sans effort plusieurs miliciens russes pourtant aguerris, lui qui perdait constamment son arme de service avant. Il a abandonné son appartement avec vue sur mur de briques pour habiter dans une vraie maison dont il ne prend pas la peine d’entretenir l’intérieur, un contraste saisissant avec la demeure immaculée et domotisée de Scully. Entre le bocson de l’un et la netteté de l’autre, ce n’est pas clair lequel des deux est le plus névrosé.

Côté technologie, les agents sont à jour, chacun avec son téléphone intelligent et sa tablette. Quand on pense aux flip phones des années 90, on voit que beaucoup de chemin a été parcouru! L’épisode « This » aborde le thème du transhumanisme en ressortant l’un des Lone Gunmen, Ringo Langly, pourtant décédé au feuilleton. Il s’avère que son esprit a été transféré dans un univers artificiel — une abomination dont l’idée fait pourtant frétiller de joie les grosses huiles de Silicon Valley de nos jours. Dans « Rm9sbG93ZXJz » (qui veut dire Followers en Base64) Mulder et Scully paient le prix pour ne pas avoir laissé de pourboire dans un resto automatisé : ils sont traqués par diverses machines, dont des drones et un Roomba livré à domicile, qui n’ont jamais appris de leurs créateurs humains qu’il est mal vu d’être envahissant et de quêter l’approbation de tout le monde. Cliquez Like si vous êtes d’accord! « Rm9sbG93ZXJz » se démarque avant tout par la quasi-absence de dialogues et de figurants, ce qui illustre à merveille l’isolement humain généré par les technologies de communication et de divertissement.

Par ailleurs, Darin Morgan, mon scénariste préféré, nous gâte avec « The Lost Art of Forehead Sweat », un épisode sur le populaire effet Mandela. La cerise sur le gâteau est l’agent Reggie Something joué par Brian Huskey, que l’on voit déjà faire de l’obsession sur les Reptiliens dans People of Earth.

Plusieurs choses assez lourdes sont laissées en suspens à la toute fin, ce qui laisse espérer une suite. Rien n’est moins sûr, évidemment. À la limite, la série aurait pu s’essayer à un spin-off avec un duo différent, du genre qu’on a vu avec les agents Reyes et Doggett — et non Miller et Einstein, la pire idée de la saison 10! En réalité, The X-Files est théoriquement rebootable sous plusieurs formes, comme Hollywood le fait déjà avec la franchise Star Wars. Il faut juste faire preuve d’imagination et ne pas servir du réchauffé, comme cette pandémie impossible à prendre au sérieux.

2 Commentaires

  1. Bonjour Laurine,
    Je suis parfaitement de ton avis concernant cette saison. L’arc mythologique, comme celui de l’année dernière, était plutôt raté. Bien que les producteurs aient le choix parmi une large sélection de thématiques du complot, ils s’acharnent souvent sur des intrigues qui ne conduisent nulle part ou pire, qui contredisent les épisodes ou les saisons précédentes. Là où les X-Files brillent, c’est souvent dans leurs épisodes comiques, et ceux qui ne sont pas rattachés à la mythologie de la série. C’est le cas notamment des épisodes de mon scénariste préféré, qui est tout comme pour toi, Darin Morgan. J’ai particulièrement apprécié « L’effet Reggie » (The Lost Art of Forehead Sweat), où on joue sur un X-Files alternatif, né de nos souvenirs adultérés. L’année dernière, c’était « Rencontre d’un drôle de type » (Mulder and Scully Meet the Were-Monster) où Mulder chassait un monstre devenu humain. L’épisode sur l’automatisation était également excellent, surtout au niveau de la réalisation. Peut-être qu’un reboot serait bénéfique mais ce n’est pas parce que les acteurs ont perdu de leur intérêt. Au contraire, en vieillissant, ils montrent des performances encore plus fortes que par le passé. C’est dommage que les scénaristes ne s’appuient pas plus sur les idiosyncrasies que les personnages ont développé avec les années. Et ils ne sont certes pas devenus trop vieux pour la série. À mon avis, le problème principal des X-Files réside dans le manque de focus des producteurs ainsi que la faiblesse des scénaristes qui diluent l’intérêt et l’originalité de la série. C’est triste à dire mais même les épisodes signés par Chris Carter ne s’élèvent guère au-dessus du lot. Mais ne désespérons pas. Une bonne série, même fatiguée et usée, peut renaître comme ce fut le cas pour le Dr Who ou Star Trek. Et les X-Files demeurent plus intéressantes que bien d’autres séries médiocres à l’antenne.

    • La série pourrait continuer avec Mulder et Scully jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge de la retraite, sauf qu’Anderson a déjà annoncé son départ et Dana Scully, maintenant cinquantenaire, vient de retomber enceinte (parlant de manque d’originalité). C’est pour ça que je vois mal leurs péripéties se poursuivre dans le contexte actuel. Cependant, les acteurs changent parfois d’avis, et les scénaristes n’en sont pas à une remise à zéro près. Peut-être que « My Struggle IV » n’était qu’un mauvais rêve, que Monica Reyes n’est pas une traîtresse et que Skinner n’a pas fini lamentablement écrabouillé. Peut-être qu’il y a toujours des programmes extraterrestres actifs sur Terre — leur disparition m’a un peu déçue.

      Il y a tellement de thèmes actuels qui pourraient servir de base à des scénarios avec un peu de bonne volonté. La cryptozoologie, par exemple, a explosé avec Internet et va plus loin que les chasseurs de Sasquatch (on parle même d’opérations du gouvernement dans ce domaine). L’ufologie a plusieurs branches et ne se résume pas au thème des Gris de Zeta Reticuli utilisant la Terre comme une ferme. Le Deep State fait aujourd’hui les manchettes; pourquoi ne pas se explorer la guerre entre agences (ex. : NSA vs CIA) que l’on voit transparaître dans les actualités? Les bêtises transhumanistes de Silicon Valley et les programmes secrets de la NASA offrent aussi un trésor d’idées.

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