Aleister & Adolf — Douglas Rushkoff

Aleister & AdolfCela faisait un petit bout de temps que je n’avais pas lu de BD. Le sujet de celle-ci a attiré mon attention lorsque j’ai entendu Douglas Rushkoff, son auteur, en entrevue. Rushkoff se spécialise d’habitude dans les thèmes sociaux, comme l’influence des grandes compagnies ou de l’Internet sur la vie des gens — pardon, des consommateurs. Ici, il prend un détour historique et politique pour illustrer le même genre d’argument.

Dans les années 90, un jeune designer graphique pour une grosse boîte écoute le témoignage de son fondateur, Roberts (qui se meurt du cancer), sur les origines du logo de l’entreprise. Le vieil homme lui raconte une histoire troublante et extraordinaire sur le rôle qu’il a joué lors de la Deuxième Guerre mondiale, alors qu’il était photographe pour l’armée américaine. Le général Patton lui a donné pour mission de recruter le sulfureux mage Aleister Crowley dans une guerre de propagande contre Adolf Hitler. À Londres, le jeune Roberts ne tarde pas à tomber sous la coupe du Maître et sous les charmes de Daphné, sa Femme écarlate. Il est vite initié à certaines pratiques magiques, ce qui le convainc d’abandonner son athéisme militant.

La bataille sur le terrain de la propagande en est une d’image et de croyance. Hitler et son entourage d’occultistes utilisent le swastika, un symbole puissant qu’ils amplifient magiquement par l’entremise des milliers de morts qu’ils provoquent. Le sacrifice humain répugne à Crowley qui, malgré sa réputation, ne s’adonne pas aux arts noirs. Il préfère la magie sexuelle par laquelle ses propres sceaux sont chargés lors de cérémonies orgiaques (attention, dessins graphiques). C’est à lui que viendra l’idée d’opposer le V de la victoire au swastika de la mort.

À travers cet affrontement entre magie noire et magie rouge, nous en apprenons plus sur la puissance des symboles, sur l’influence qu’ils exercent sur l’esprit humain. À partir de là s’établit un parallèle avec le monde d’aujourd’hui, car ces mêmes pratiques se poursuivent via le marketing. En effet, que sont les logos de marques sinon des sceaux magiques qui ont pour but de modifier le comportement des gens? Pensez-y la prochaine fois que vous verrez les arches dorées du McDonald’s et la serpe de Nike.

L’illustration est de Michael Avon Oeming, qui nous propose des traits sobres et anguleux dans des planches en noir et blanc.

Une curiosité à découvrir.

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