American Gods — Saison 1

American Gods 1American Gods de Neil Gaiman est probablement l’un de mes romans préférés même si je ne l’ai lu qu’une seule fois, et il y a des années de cela. La nouvelle de son adaptation a été, sans surprise, à la fois une bonne chose et une source d’inquiétude : allait-on respecter l’humeur du roman ou allait-on simplifier celui-ci à outrance? En fin de compte, comme il s’agit d’une série télévisée et non d’un film, le scénario peut s’étendre et prendre le temps de présenter les détails importants qui donnent du relief aux rapports entre les personnages. L’essentiel a été conservé et les quelques modifications observées s’adaptaient à l’humeur du temps.

Dans les grandes lignes, le récit reste le même. Shadow (Ricky Whittle) sort de prison et n’a plus d’avenir devant lui : Laura (Emily Browning), sa femme infidèle, est morte dans un accident de voiture en compagnie de son meilleur ami qui lui promettait un emploi. En route vers son patelin pour assister aux funérailles, Shadow fait la rencontre du mystérieux Wednesday (Ian McShane) qui l’embauche comme homme de main. Très vite, ce boulot tombé du ciel s’avère truffé de dangers et de mystères. Au cours d’un road-trip à travers les États-Unis, Wednesday recrute des gens excentriques pour un projet secret pendant que des individus puissants tentent de lui mettre des bâtons dans les roues. Shadow évolue au milieu d’une guerre qui se dessine entre les dieux anciens venus en Amérique avec les immigrants, et les nouveaux dieux nés de la modernisation effrénée du pays.

Des nouveaux dieux, nous n’en voyons que trois pour l’instant. Le plus jeune, Technology (Bruce Langley), ne connaît rien aux subtilités de la guerre et joue les durs; il a l’assurance et l’arrogance de celui qui est monté au sommet trop vite. Avec l’espace qu’occupent les gadgets dans notre quotidien et la dépendance qu’ils créent, peut-on le blâmer? À la déesse Media (Gillian Anderson), les humains sacrifient temps et attention. Elle représente essentiellement la télé, bien que le cinéma et la musique sont également dans son répertoire. Ce rôle permet à Anderson d’incarner Lucille Ball, Marilyn Monroe et surtout David Bowie dans une scène mémorable. Le chef de la bande est Mister World (Crispin Glover) qui représente à sa façon la globalisation et l’asservissement des individus à un système hypercontrôlant qui connaît tous leurs secrets. Ce personnage n’est pas détaillé dans cette saison, et j’imagine que nous en apprendrons plus à son sujet plus tard.

À l’opposé de ces nouveaux dieux qui déconnectent les humains du moment présent, les anciennes divinités ont des caractéristiques plus organiques. D’abord, elles vieillissent et ont du mal à s’adapter aux temps modernes. Elles risquent de plus de sombrer dans l’oubli à cause du besoin des gens d’être constamment distraits par la nouveauté. Nous voyons brièvement Czernobog et les sœurs Aurora, Anansi, Vulcain, Ostara, Thot et Anubis, ainsi qu’un Jinn et un leprechaun. On aimerait sympathiser avec eux puisqu’ils permettent à leurs dévots de trouver un sens à la vie. Cependant, ils ont beau répondre à un besoin fondamental, ils ont une curieuse façon de montrer leur reconnaissance. Ceux qui les vénèrent et implorent leurs faveurs se font avoir, car un sacrifice est presque toujours réclamé. Rien n’est gratuit ou désintéressé. Demandez-le aux Vikings un peu demeurés qui se trouvent coincés sur les berges de l’Amérique ou aux esclaves africains prisonniers d’un négrier — cette scène nous donne droit à un discours mémorable d’Anansi (Orlando Jones), en passant. Ah, j’oubliais Bilquis (Yetide Badaki), alias la reine de Saba, qui réserve à ses nombreux amants un sort encore jamais vu à la télévision.

Comme c’est le cas dans un nombre grandissant de séries, American Gods est truffé de scènes violentes et crues. Le sang gicle à l’écran, les corps démembrés volent dans tous les sens, les bagarres éclatent régulièrement. Laura, qui revient d’entre les morts sous la forme d’une zombie, tombe peu à peu en morceaux malgré sa force surhumaine qu’elle utilise contre son punching bag préféré, Mad Sweeney (Pablo Schreiber). Cette violence constante est allégée par un humour noir carburant aux clins d’œil à la culture populaire et mythologique, et aux exagérations loufoques. Les personnages sont attachants à leur façon et la dynamique entre Shadow et Wednesday fonctionne très bien. Le visuel, bien sûr, est à l’avenant.

La première saison se termine en plein processus de recrutement. J’ignore combien sont prévues au total, mais la série est déjà bien campée et semble profiter de cotes d’écoute favorables. C’est bon signe pour la suite.

P.-S. : Allez voir la séquence d’ouverture d’American Gods (avec les mots-clés American Gods opening credits) sur YouTube pendant que le clip s’y trouve toujours.

American Gods 1
 
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