Authority — Jeff VanderMeer

AuthoritySuite directe d’Annihilation, Authority nous projette dans un nouvel environnement : les bureaux du Rempart Sud (« the Southern Reach »), ce mystérieux complexe resté en arrière-plan jusqu’ici. Alors que le premier volet donnait une drôle d’impression impersonnelle avec ses quatre exploratrices sans nom, celui-ci ne fait pas du tout dans l’anonymat malgré les efforts du héros, John Rodriguez, de se faire appeler Contrôle. L’homme a été envoyé par Central (un organisme militaire) au Rempart Sud pour prendre la relève de la directrice qui a disparu. On l’apprendra assez vite, elle faisait partie de l’expédition d’Authority sous l’identité de la psychologue. Et ceci est loin d’avoir été l’unique secret de cette femme déterminée, comme le découvrira Contrôle en passant au peigne fin le fouillis de notes compulsives et hétéroclites qu’elle a laissées derrière elle.

Ce que nous perdons en richesse faunique et florale, nous gagnons en relations humaines, même si elles sont gangrenées. Contrôle traîne un passé entaché par une faute professionnelle et subit l’ascendant de sa mère dominatrice, elle aussi un agent de Central — à la différence qu’elle est non seulement très efficace, mais également d’une grande froideur et d’une absence totale de scrupules. Contrôle voit de plus son travail saboté par Grace, l’adjointe dévouée de l’ex-directrice, qui l’a pris en grippe. Pour compliquer la situation, le patron anonyme de Contrôle le manipule en douce en poursuivant des objectifs bien personnels. Les scientifiques du Rempart, quant à eux, affichent une façade parfois sympathique, mais ils ont leurs limites. Bref, personne ne se fait confiance sous les sourires forcés. Les relations restent tendues et paranoïaques d’un bout à l’autre du roman. Par ailleurs, la biologiste d’Annihilation est revenue au Rempart, cette fois sous le pseudo de Ghost Bird. Personne ne sait comment elle a réussi à émerger de la Zone X. La tâche de tirer les vers du nez de cette femme peu loquace échoit à Contrôle, qui devient vite fasciné.

Encore une fois, le thème général est celui de la quête d’un savoir inaccessible, si bien qu’elle se teinte d’abord de frustration, puis de résignation. L’immense casse-tête posé par la Zone X a de quoi perturber psychologiquement quiconque essaie de le résoudre, ce qui ajoute au climat anxiogène. Les indices se cachent dans les moindres recoins, même les placards, mais épaississent le mystère au lieu de l’éclaircir. Une plante qui ne meurt jamais, un téléphone inopérable qui devrait pourtant fonctionner, un film capturé par la toute première équipe d’explorateurs, des lapins qui disparaissent dans l’éther… Et dans une pièce secrète, une murale géante sert de décor à la scène la plus lovecraftienne et sinistre du livre. Le tout se joue dans un décor intentionnellement « low tech » pour des raisons de sécurité. Oubliez les notions d’aseptie et de protection : quelque chose de fondamentalement étranger est bel et bien en train de s’infiltrer sous le vernis bureaucratique et scientifique du complexe.

Alors que le Rempart Sud continue de sombrer dans la décrépitude en multipliant les échecs théoriques et pratiques, la Zone X poursuit son expansion inexorable.

Un commentaire

  1. Il y a une nouvelle bande-annonce pour le film Annihilation, qui sortira en février. L’adaptation est très différente des romans!

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