Annihilation — Jeff VanderMeer

Annihilation – Jeff VanderMeerSi les ovnis littéraires ou le style weird piquent votre curiosité, la trilogie du Rempart Sud (the Southern Reach Trilogy) de Jeff VanderMeer devrait se trouver sur votre pile de lecture. Le premier tome a d’ailleurs remporté le prix Nebula 2014 du meilleur roman. Annihilation a l’avantage d’être court et de se lire vite, ce qui vous permet de vous faire tout de suite une idée du ton. En version française, le titre éponyme est paru aux éditions Au diable vauvert sous une traduction de Gilles Goulet.

L’histoire se déroule dans le sud des États-Unis, vraisemblablement en Floride. Un groupe de quatre femmes volontaires — une biologiste, une psychologue, une anthropologue et une géomètre qui ne seront jamais nommées autrement que par leur titre — sont envoyées dans la Zone X, un territoire ceint par une barrière invisible où la nature a repris le dessus. Il s’agit officiellement de la douzième entreprise de ce genre dépêchée par le Rempart Sud, un complexe militaro-scientifique chargé d’étudier le phénomène. Les expéditions précédentes se sont toutes soldées par un échec : plusieurs membres ont été décimés, d’autres sont revenus affligés de graves problèmes psychologiques et physiques.

La Zone X comprend plusieurs points d’intérêt, dont une « anomalie topographique » que l’on peut interpréter comme étant un tunnel souterrain ou bien une tour dont seul le sommet émerge du sol. Sur ses murs faits d’une membrane vivante, une sorte de végétation forme des mots qui invitent les visiteurs à s’approcher pour les lire. Mais qui a écrit ce texte? Et où se dirigent ces escaliers en colimaçon? Ailleurs, un phare en ruine cache une histoire violente et une montagne de journaux. Plus loin encore, une île abrite un phare jumeau, plus ancien et abandonné depuis longtemps. Au milieu des roseaux, une créature invisible tient les explorateurs en alerte par ses gémissements constants.

L’aventure est racontée du point de vue de la biologiste, qui cherche à comprendre ce qui est arrivé à son mari lors d’une expédition précédente. Solitaire de nature et d’un caractère très particulier, cette femme se laisse plus facilement envoûter par l’environnement que par les gens. Tôt dans le récit, elle réalise qu’on ne leur a pas dit toute la vérité sur les expériences menées dans la Zone X et sur le rôle qu’elle et ses compagnes doivent jouer. L’interaction entre les personnages, déjà limitée, devient presque inexistante au fil des pages, alors que la biologiste se renferme et finit par prendre ses propres initiatives lorsqu’elle comprend qu’elle ne peut faire confiance à personne. Au climat anxiogène du territoire s’ajoute une bonne couche de paranoïa justifiée.

Parce que les rebondissements sont narrés par une personne introvertie et cérébrale, le ton de roman est plutôt contemplatif et peu porté sur l’action et les épanchements émotifs. Sous une écriture riche et recherchée, des descriptions exhaustives de l’environnement revenu à son ancienne pureté s’enchaînent. Mais des détails clochent et dérangent. Sous cette perfection se cache autre chose, une intelligence impossible à comprendre autrement qu’en s’y exposant. Aucune réponse n’est donnée pour l’instant : si la biologiste met au jour certains mécanismes de l’endroit, les raisons qui les motivent restent obscures.

Annihilation va être porté au grand écran par Alex Garland (Ex Machina) en 2018 avec Nathalie Portman dans le rôle principal. L’adaptation va demander beaucoup d’imagination de la part du scénariste, car le roman n’a rien d’un film hollywoodien. À cheval entre la science-fiction et le bizarre, jouant plus sur les impressions que les certitudes, il offre peu en matière d’action, mais beaucoup en termes d’ambiance et de créativité visuelle. La bande-annonce est déjà prometteuse.

6 Commentaires

  1. Daniel Sernine

    La bande annonce est très prometteuse, en ce qu’elle met des images — pas du tout convenues — sur des descriptions qui ne suffisaient pas (dans mon cas du moins) à me construire une représentation des diverses manifestations. Par ailleurs, la narration de chaque tome est du point de vue d’une personne distincte, personnages ayant interagit avec la narratrice du premier tome.
    Une des œuvres de SF les plus fascinantes que j’ai lues, facilement à hauteur de l’imagination de China Miéville ou de Thomas Ligotti…

    • La scène des cerfs blancs est surprenante. Je ne me souviens pas d’une faune particulièrement difforme dans le roman, à part une ou deux créatures notables qui semblent provenir « d’ailleurs ». Liberté artistique? Aussi, nous voyons cinq femmes entrer dans la Zone X et non quatre.

      Mais le nom d’Alex Garland est déjà un point en faveur de l’adaptation, c’est ça de gagné. Ex Machina était un film très intelligent et bien tourné.

  2. Daniel Sernine

    Le scénariste a clairement lu la trilogie, ce qui lui autorise un regard plus informé que celui de la narratrice du t. 1.
    J’ai lu tout ça en 2016, sinon en 2015; je ne me rappelle donc plus à quel moment de la lecture on comprend divers aspects. Je sais que la lecture des t. 2 et 3 éclaire ce qui nous était dit dans le 1. Au point où je me suis juré que je relirais le tout, un de ces jours…

    • Je viens tout juste de terminer Acceptance dont je n’ai pas compris la fin. L’auteur l’a sûrement fait exprès en jouant sur les anomalies spatio-temporelles générées par la Zone X pour semer la confusion (une caractéristique du weird, je parie). J’y reviendrai lors de la critique des volumes suivants.

      Beaucoup aimé le deuxième, en tout cas.

  3. Je viens seulement de terminer le premier roman, qui m’a rendu accro et impatient de lire les autres. Dans la foulée, j’ai découvert la bande annonce du film, dont j’espère beaucoup (Ex Machina!!!)… et qui m’a laissé l’impression que le scénario, malgré le titre « Annihilation », empruntait des éléments aux romans suivants… encore un mystère spatio-temporel!

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