The Magicians — Saison 2

The Magicians – Saison 2Parlons de magie! La saison s’y prête.

Résumons d’abord l’univers des Magiciens pour ceux qui n’ont pas lu la trilogie de Lev Grossman. Imaginez un jeune homme fasciné depuis l’enfance par la magie et la série Narnia, dont il a lu tous les livres maintes fois au point d’être capable de citer des passages entiers et de dessiner la carte du territoire de mémoire. Imaginez que cet individu mésadapté dans notre monde actuel est invité à un moment critique de sa vie à fréquenter une école secrète de haute magie de type Hogwarts. Il se fait des amis, apprend à pratiquer des sorts et finit par découvrir que Narnia existe réellement dans un univers parallèle et qu’il a la possibilité de s’y rendre avec ses compagnons pour y vivre de nombreuses aventures comme dans les livres, mais en affrontant le danger dans la peau d’adultes. Maintenant, remplacez Narnia par Fillory et Hogwarts par Brakebills, et vous avez la situation dans laquelle se retrouve le héros, Quentin Coldwater. Avec de l’alcool et des drogues en plus.

Dans la deuxième saison, deux ennemis restent à abattre : la Bête, alias Martin Chatwin, et Reynard, un trickster qui s’en prend aux hedgewitches (je ne connais pas la traduction de ce mot). Scindé depuis les événements de la saison passée, le groupe d’amis a du mal à concentrer ses efforts, d’autant plus que des préoccupations diverses se mettent constamment dans le chemin. Alice a acquis des pouvoirs quasi divins pour combattre la Bête, mais elle finit par être consumée par la magie et se transforme en niffin, un être de pure énergie que Quentin a du mal à contrôler. Penny a perdu ses mains, et celles qu’il parvient à récupérer non sans mal ne lui permettent plus de faire de la magie; c’est l’une des raisons qui le poussent à se joindre aux Bibliothécaires qui gèrent tous les livres de l’univers, en signant un contrat qui le lie pour l’éternité. Julia se joint à Kady pour traquer Reynard et elles découvrent qu’il a un fils (en politique!), un atout de taille lorsqu’on pratique la sorcellerie et que l’on affronte un dieu. Elliot a dû épouser Fen, une fille de Fillory, pour pouvoir devenir le souverain du royaume, et n’a plus le droit de retourner en personne dans notre monde. Il est flanqué de Margo, sa meilleure amie et maintenant la souveraine de Fillory. Tous deux vont s’attaquer aux problèmes minant leur nouvel empire, notamment l’assèchement, voire la profanation, de la source d’eau qui les alimente en magie. S’ensuivent des marchés louches conclus avec les fées et des crises politiques à régler avec le royaume voisin de Loria.

Devons-nous préciser que tous ces jeunes gens doivent devenir adultes le plus vite possible pour faire face à une adversité constante et cruelle? Les drames ne manquent pas et les dangers ne cessent de surgir à l’improviste. Mais au lieu de laisser le récit s’enliser dans le mélo facile, des répliques hilarantes désamorcent des situations au potentiel plombé, comme ce dragon blasé qui, venant de conclure un marché avec Quentin et Julia, se retire dans son antre en maugréant : « Fucking Millennials. » Les références à la fantasy héroïque fusent et personne n’est épargné, pas même Ned Stark, dont le sort dans Game of Thrones sert d’exemple pour trancher une décision politique difficile à laquelle Elliot et Margo sont confrontés. Ces deux-là sont d’ailleurs impayables dans leur rôle de souverains improvisés : Elliot veut être un roi bon et juste alors que Margo se découvre une propension naturelle à la realpolitik. Elle ne recule devant rien pour sauver les meubles et ses amis. Ainsi, parce qu’Elliot accepte naïvement un duel à mort pour régler un différend avec un roi rival, Margo enchante le château pour recréer une scène des Misérables dans l’espoir de gonfler le courage de son compagnon. Ceci nous vaut un numéro musical inattendu et hilarant à grand déploiement.

Les rebondissements sont tellement serrés qu’on a l’impression de regarder une saison standard de 24 épisodes plutôt que 13. Il n’y a aucun temps mort : les problèmes ne restent pas indéfiniment dans le paysage et sont vite réglés — généralement en empirant la situation, l’une des principales caractéristiques de la magie. Sérieusement, Quentin et ses amis vont même cambrioler une banque! Il va sans dire que The Magicians s’inspire des livres sans y coller, car l’histoire de Grossman se déroulait de façon plus introspective. Ici, la linéarité d’origine a été brisée pour juxtaposer des événements séparés. Cela permet de mettre de l’avant les sept membres de la bande sans qu’aucun ne soit relégué au rôle de second violon.

La magie est aussi particulière dans cette série. Elle est pratiquée avec des gestes inhabituels des mains, une chorégraphie des doigts inspirée du tutting, ce qui ajoute un facteur visuel cool. En prime, on s’est visiblement donné beaucoup de mal pour rendre les superbes décors de Brakebills, Fillory, et les territoires intermédiaires (des centaines de fontaines menant à d’autres mondes), sans parler des créatures fantastiques comme les centaures ou la Dame blanche.

J’ai été soulagée d’apprendre que The Magicians avait été renouvelé pour une troisième saison. Il y a amplement matière à exploration dans le royaume de Fillory…
 
The Magicians – Saison 2
 
The Magicians – Saison 2

2 Commentaires

  1. Daniel Sernine

    Laurine, tu es un puits de culture (pop).

Laisser un commentaire

Votre e-mail ne sera jamais publié ni communiqué.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes: <b> <i> <a href=""> <blockquote>
Si ce n'est pas déjà fait, veuillez prendre connaissance de nos politiques.

Un blogue, trois auteurs, une multitude d'univers à explorer.