Alien: Covenant

Alien : CovenantNouvel équipage… mêmes aventures? Le reboot de la série Alien par Ridley Scott et Dan O’Bannon se poursuit sur les thèmes philosopho-métaphysiques de Prometheus en abordant la question de notre création. Bien que je trouve l’intiative louable, je suis perplexe de la voir être exploitée sur fond d’attaques de xénomorphes divers!

Fidèle à la tradition, le film met en scène une héroïne au sang froid — Janet Daniels, jouée par Katherine Waterston — incarnant la voix de la raison. (« Non, l’exploration improvisée d’une planète inconnue n’est pas une bonne idée avec une cargaison de colons congelés. ») Notons qu’elle sait manier diverses armes, dont une pelle mécanique en situation aéroportée, un hommage possible à Ellen Ripley dans son robot de manutention. Elle est flanquée de l’androïde de service, Walter, bâti sur le modèle Michael Fassbender à une différence près : il est un peu moins « humain » de sorte à ne pas créer de malaise parmi l’équipage biologique. La version d’origine, David, en prenant un peu trop à ses aises, apprendra-t-on par la suite. S’ajoute un troisième larron, Tennessee, joué par l’impayable Danny McBride. Le reste de l’équipe tend à se fondre dans le décor, avec pour exception Lope (Demian Bichir) et le très religieux Oram (Billy Crudup) à la limite, mais sans plus.

Par un concours de circonstances impliquant une salve de neutrons inopinée, la mort affreuse du capitaine (James Franco, dans le rôle le plus court de sa carrière) et la chanson Take Me Home, Country Roads de John Denver, les membres éveillés du Covenant décident d’explorer une planète inconnue et en apparence habitable. Quelle chance ce serait s’ils pouvaient s’y établir au lieu de se farcir les sept ans de voyage en stase qui les attendent vers Origae-6! Évidemment, l’Éden où ils débarquent est un cas patent de « trop beau pour être vrai », en partie parce qu’ils se comportent presque tous avec autant de stupidité que l’équipage du Prometheus. Certains diront, non sans médisance, que la Weyland-Yutani embauche sciemment des crétins qu’elle envoie en missions-suicides pour nettoyer le bassin génétique terrien…

Première bourde : sortir sans casque et sans combinaison étanche sous prétexte que l’air est respirable. On peut très bien respirer à son aise dans un village africain décimé par l’Ebola, mais ça ne veut pas dire que c’est une bonne idée. Deuxième bourde : oublier ses leçons d’exobiologie (si leçons il y a eu) et marcher n’importe où, voir s’arrêter pour en griller une ou se fourrer le nez dans un amas de champignons en disant : « Hé, les gars! Regardez ça! » Je peux continuer : mal isoler les cas de contamination, faire confiance au seul survivant d’une planète morte (alias le suspect numéro un), se séparer du groupe, utiliser une technologie à base de combustible explosif pour explorer l’espace, et toutes ces choses. Pour une équipe responsable de l’avenir d’une colonie entière, ce n’est pas fameux.

Tout le pan de l’histoire concernant les multiples xénomorphes est confus. On croit comprendre que leur variété est due en partie aux expériences (spoilers!) de David, mais veut-on nous faire croire qu’il est le père de la variante issue des œufs et des facehuggers? Va-t-on essayer d’établir un lien avec la cargaison du space-jockey sur LV-426? Le thème créateur/création revient en force par l’entremise de David, justement, l’androïde jugé imparfait (par qui, on l’ignore, puisque tous ses pairs sont morts). Il montrait déjà des signes inquiétants dans Prometheus, mais on pouvait en toute bonne conscience porter le blâme sur Peter Weyland, aux ordres duquel il obéissait scrupuleusement. Ici, il tue l’ennui en laissant libre cours à sa créativité et à sa psychopathie, ce qui nous vaut un long cours de pipeau, un extrait d’Ozymandias de Byron-pardon-Shelley, quelques croquis macabres et un laboratoire horrifiant. De son côté, l’androïde raisonnable, Walter, sert surtout à mettre en valeur un autre aspect de la relation humain/androïde. Même s’il n’a pas la sensibilité de David, tout comme lui, Walter s’est épris de l’héroïne du film — il faut croire que le modèle Fassbender a un petit faible pour les jolies veuves dont le conjoint est mort carbonisé. Dans le prochain volet, parions que l’androïde se familiarisera avec la notion de « friendzone ».

Je critique, je critique, mais Covenant nous montre de superbes images de dévastation au milieu d’une jungle luxuriante. Comble du subtil, nous avons droit à une magnifique interprétation de L’Île des morts d’Arnold Böcklin, une œuvre reprise par H.R. Giger. La trame sonore de Jed Kurzel, que j’ai achetée avant de voir le film, reprend élégamment le thème d’Alien avec quelques ajouts. Les scènes de tension sont très bien rendues par l’orchestration et les multiples clusters. Le tout s’écoute avec plaisir tout en réécrivant mentalement le film et en espérant que le volet suivant fasse mieux.

Alien : Covenant - ArtConcept de Wayne Haag

Un commentaire

  1. Daniel Sernine

    Merci pour l’hyperlien, Laurine, j’ignorais qu’il existait autant de versions du tableau de Bocklin, puis autant de reprises et d’hommages. J’ai celui de Giger sur un mur de ma chambre…

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