Ghost in the Shell (2017)

Ghost in the Shell 2017Comme bien des films, Ghost in the Shell est passé comme une flèche dans les salles. Je n’ai pas eu le temps de me retourner pour aller le voir sur grand écran, mais ce n’est pas bien grave. Il suffit de patienter un petit trois mois avant de pouvoir le louer sur iTunes. Précisons avant toute chose que j’ai vu plusieurs fois la version animée et sa suite, Innocence (qui fera peut-être aussi un jour l’objet d’une adaptation cinématographique, qui sait). Je suis toujours épatée par l’aspect visuel, mais aussi par les personnages et l’intelligence des thèmes abordés. Pour cette raison, j’étais vraiment curieuse de voir le film.

Il fallait s’en douter, celui-ci est avant tout un grand déploiement de CGI — des décors et des personnages aussi artificiels que le corps du Major Mira Killian (Scarlett Johansson). Même son nom est créé de toutes pièces, se voulant un jeu de mots sur « miraculeux » pour souligner la réussite de sa création. L’approche numérique permet ainsi une reconstruction fastidieuse de certaines scènes de la version animée que les fans reconnaîtront sans peine. Mentionnons la scène de combat sur une surface inondée où la présence invisible de l’héroïne se détecte uniquement par des éclaboussures et des effets de camouflage intermittents. Évidemment, tout ceci est du bonbon visuel, même si le rendu des mouvements du corps humain par rapport à la gravité laisse encore à désirer.

Détail regrettable, le scénario d’origine a été américanisé pour s’assurer que du Pablum facile à digérer soit servi au public occidental. La fin ambiguë de la version japonaise a été remplacée par une conclusion bien nette. De plus, on a créé un passé exagérément dramatique pour camper le Major, comme si l’on craignait que ses affres existentielles de cyborg ne soient pas suffisantes. Ainsi, la jeune Motoko Kusanagi a été enlevée par une méchante multinationale et transformée contre son gré en arme des services secrets. Ses souvenirs ont été effacés et elle vit avec une histoire inventée en guise d’antécédents. Elle se rend compte de la duperie lorsque le cybercriminel qu’elle recherche, le Puppet Master (Michael Pitt, qui se débat avec un rôle mince comme du papier de riz), la met sur la bonne voie. À la fin, elle retrouve même sa mère! Rien à voir avec le film animé d’origine!

Le film prend au moins la peine d’explorer le thème de l’intelligence artificielle versus l’âme (ou la conscience, les deux étant interchangeables dans cet univers), même s’il ne pèche pas par excès d’originalité en situant cette dernière dans le cerveau. On vous transplante la matière grise, et hop! Vous voilà entier dans un nouveau corps. Sauf que le Major n’arrive pas à établir de rapports authentiques avec les membres de son entourage. Le fait qu’elle soit le premier véritable cyborg constitue un peu de fausses prémices puisqu’on lui a effacé ses souvenirs personnels, ses amis et sa famille. Le thème le plus intéressant reste en arrière-plan, je trouve. On distingue le Major des vulgaires androïdes, comme ces geishas cybernétiques qui s’activent autour des gens importants, parce qu’elle a toujours son âme. Elle n’est donc pas considérée comme une « chose », un simple appareil sophistiqué destiné à servir. On la présente comme étant l’avenir de l’humanité, le prototype de ce qui nous attend. Petit problème, son corps a été construit par une entreprise… qui en devient le propriétaire légal, non? Lorsque Cutter veut détruire son modèle jugé trop peu accommodant, elle n’a d’autre recours que de canarder son chemin vers la sortie. En d’autres termes, la vie de cyborg est ni plus ni moins qu’une forme insidieuse d’esclavage.

Une habituée des films de science-fiction, Scarlett Johansson tire bien son épingle du jeu malgré le scénario simplet et la controverse entourant le casting d’une Occidentale dans le rôle d’un personnage japonais. (Pour ma part, j’aurais imaginé une héroïne plus grande à défaut d’être asiatique, mais comme je le disais, Ghost in the Shell a été passé à la moulinette hollywoodienne.) Heureusement pour l’actrice, on ne la cantonne pas à des rôles de poupée d’action, malgré l’affiche retouchée du film The Island qui n’augurait rien de bon. Son rôle de Natasha Romanoff, la superhéroïne de la franchise Marvel, est assez conventionnel dans le genre (et extrêmement populaire!), mais rappelons-nous que Johansson prend aussi les traits d’une extraterrestre repoussante se cachant sous une belle peau (Under the Skin). Une voix désincarnée dans Her, elle va ensuite se désintégrer carrément dans Lucy. Ghost in the Shell nous montre son corps idéalisé que l’on construit, détruit et restaure à volonté. Il y a sûrement matière à écrire une thèse là-dedans.

Quant au film, réservez-le pour une soirée où vous n’avez pas trop envie d’une activité intellectuelle. Il a ses qualités visuelles et divertissantes que vous pourrez pleinement apprécier dans un état semi-comateux. Et si un jour on vous propose un corps artificiel, dites non.

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