Pax Victoriana 3/6 — Uchronies et quand la réalité nous rattrape

Hé oui ! Après un petit délai savamment calculé pour vous rendre fou d’en savoir plus, le troisième épisode de mon roman-feuilleton Pax Victoriana est maintenant disponible sur le site de La République du Centaure. Puisque ceci est un billet autopromotionnel, je suis tenu de vous promettre aventure, divertissement et grandes idées à la lecture de cet épisode. Après les péripéties globales des deux premiers épisodes, voici que la plupart de nos personnages convergent vers une seule destination — Albion, la ville plus technologiquement avancée de la planète où se déroule le roman. Malheureusement, Albion n’est pas un endroit accueillant pour tous…

Alors que le mystère des sabotages s’épaissit, voilà que nos héros partent à la recherche de pistes prometteuses, et que leurs périples se croisent à temps pour une scène d’action qui vous laissera encore plus sur votre faim pour le quatrième épisode ! Qu’attendez-vous ? Ce troisième épisode vous attend !

Ce troisième épisode me donne une bonne raison de parler d’uchronie et de réalité qui nous rattrape. Il va sans dire que Pax Victoriana est une uchronie : ça se déroule dans un passé très différent du nôtre. Mais plutôt que de vouloir jouer le jeu subtil de l’univers progressivement divergent (du genre : untel a glissé sur une peau de banane en 1832 et cela nous donne des bases sur Mars en 1979), j’ai préféré dynamiter le passé à coup de poncifs SF. Bref, j’ai pris des voyageurs temporels et je les ai renvoyés à l’époque victorienne.

Ceci mène à plusieurs conséquences amusantes. La première, c’est que l’intrusion de notre avenir dans notre passé me permet de ne pas trop me tromper avec des anachronismes involontaires. Vous remarquerez que les Britanniques se sont mis au système métrique, et que la BBC existe même si elle a été fondée bien plus tard que le point de divergence du roman — mais c’est parce que les voyageurs temporels ont amené ces idées avec eux. Bref, ça donne un filet de sécurité en matière de décor, de langage contemporain — voire même de présomptions sociales contemporaines dans un contexte historique. Pour ceux qui voudraient chipoter sur quelques aspects du roman, j’ai une parade fort utile : importé du futur !

Mais je crois également que cette infusion de détails contemporains dans un passé distant contribue à rendre le livre plus accessible. Les victoriens ne pensaient pas du tout comme nous (hier même, je suis tombé sur un commentaire au sujet du parti-pris antiféministe de la reine Victoria qui aurait pu changer quelques lignes des épisodes précédents) et de les voir composer avec des valeurs plus contemporaines est fort intéressant. Avec l’uchronie contaminée par notre futur, on peut y voir des repères au présent qui peuvent réorienter le lecteur. Nous avons rencontré Tesla à l’épisode précédent, montrant au passage que son futur l’avait rattrapé malgré lui. Voilà les jeux possibles avec l’uchronie.

(Finalement, mettre de la haute technologie à l’époque victorienne m’assure de pour voir y mettre toutes les explosions, bolides et armes lourdes dont je peux avoir besoin pour rendre tout ça intéressant. Non, mais, on apprend ce que l’on peut des films de Michael Bay.)

Ceci dit, il faut dire que l’intrusion du futur à l’époque victorienne ne se fait pas strictement selon « nos » valeurs. Je reparlerai de progressisme dans mes commentaires sur l’épisode cinq (parce que… oh, vous verrez,) mais cet épisode souligne jusqu’à quel point les futurs Frontistes sont arrivés chez Victoria drapé de l’Union Jack… et convaincu de leur supériorité raciale. Ils ont voulu transformer l’ère victorienne en paradis raciste… et cela n’a pas fonctionné. En revanche, leurs attitudes moins sexistes se sont elles aussi rebutées contre les mœurs victoriennes. Rien n’est simple.

« Rien n’est simple » est censé être un des leitmotivs de Pax Victoriana, en ce que presque chaque faction a ses dissidents, que des jeux de pouvoir ont lieu partout et que les meilleures intentions sont toujours sabotées par les événements subséquents. Chaque société développe ses anticorps contre les invasions, et un des aspects qui m’a le plus intéressé dans la conception de Pax Victoriana fut l’élaboration du « Future Threats Directorate », une réponse bureaucratique pour gérer l’impossible. Évidemment, puisque je suis un cynique optimiste… les « conséquences inattendues » ont tendance à être à l’avantage de tous. On me permettra ce rayon de soleil idéologique à un moment qui en a bien besoin.

Quand j’ai écrit le premier jet de Pax Victoriana en 2010, je suis allé voir du côté des partis politiques britanniques d’extrême droite pour me donner un peu d’inspiration. (Inspiration nauséabonde, bien sûr, mais inspiration quand même). Ces partis étaient alors marginaux, et j’aurais été sidéré de réaliser que, six ans plus tard, ils auraient une influence telle qu’à convaincre la Grande-Bretagne de se retirer de l’Union européenne. Et de dire que les Frontistes ne sont même pas les plus racistes de l’univers de Pax Victoriana… mais pour cela, il faudra attendre l’épisode cinq.

Bref, la réalité nous rattrape, souvent amèrement. Certains épisodes de l’épisode cinq que je trouvais caricaturaux en 2010 (« Mais voyons, personne ne peut être aussi ouvertement raciste ! ») semblent étrangement prophétiques alors que l’on regarde ce qui se brasse au sud de la frontière et les plans à peine voilés de ceux que l’administration en place a mis au pouvoir. Un rappel que la lutte n’est jamais terminée… mais en discutera effectivement dans deux épisodes.

En attendant, je vous souhaite un inconfortable séjour dans une uchronie qui comporte une utopie pas pour tout le monde… et peut-être un peu d’espoir alors que la nature humaine à son meilleur montre des signes de reprendre le dessus sur la peur, la haine et l’exclusion. Écrire de la SF, c’est disposer d’une trousse d’outils fort polyvalents pour parler de choses qui seraient difficiles à aborder dans des contextes plus réalistes. SI je veux parler d’inégalité sociale (et comment elle est souvent reliée à l’inégalité technologique), je vais fouiller dans mon bac à outils SF et j’en sors des dirigeables, des exosquelettes, des cités de verre et de verdure, des migrations temporelles qui se retournent au visage de ceux qui pensaient convaincre les autres de leurs insécurités. La SF, c’est sérieux !

Bonne lecture, alors… et je vous rappelle que l’espace-commentaires de ce billet est un endroit idéal pour poser des questions, spéculer sur les prochains épisodes, ou simplement commenter sur votre expérience de lecture. En ce qui me concerne, je retourne au polissage du quatrième épisode !

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