Pax Victoriana 2/6 — Mise en scène et exposition

Le deuxième épisode de mon roman-feuilleton Pax Victoriana est maintenant en ligne sur le site de la République du Centaure.

Ceci est un billet promotionnel visant à vous convaincre d’aller lire l’épisode, alors je vous promets une lecture inoubliable ! Vous passerez du temps à Londres, Vienne, Ottawa, les Alpes italiennes, une nanomanufacture écossaise, et la forêt boréale quelque part au sud de Val d’or. Vous suivrez nos protagonistes alors qu’ils enquêtent sur des mystères venus du futur, sont tabassés par des ouvriers ottaviens, et constatent les limites de l’ironique Pax Victoriana. Comme dans tout bon roman steampunk, notre invité d’honneur est Nicolas Tesla… mais Tesla comme vous l’avez rarement vu. Quelques secrets sont révélés, un réacteur explose et un genou est brisé… mais j’en ai déjà trop dit.

En fait, alors que je cherche quelque chose d’intéressant à dire au sujet de ce deuxième épisode, c’est que « trop en dire » est une qualité difficile à juger dans un roman qui s’amuse à prendre lieu dans un monde où s’affrontent une demi-douzaine de factions. Quand de multiples univers s’affrontent sur un même terrain de jeu, le dosage des informations nécessaires à comprendre ce qui se passe n’est pas évident à jauger. Pas assez d’information rehausse le mystère, mais finit par tout obscurcir. Trop d’information donne l’impression de subir un cours magistral. J’ai refusé de commencer le roman par quelques pages bêtement explicatives (avec cartes, Dramatis personæ et autres béquilles similaires), préférant jouer le jeu des révélations progressives.

Mais gérer le rythme de ces révélations progressives fut un défi. Au départ, je me suis fié sur un procédé éprouvé : l’arrivée d’un étranger (James, notre paradiplomate) au centre de l’action, nous permettant de constater l’étrangeté d’une perspective familière. Mais pour diverses raisons, j’ai choisi de ne pas continuer longtemps en cette direction — James est un professionnel, après tout, et il n’est pas réaliste de penser qu’il reste ignorant du monde autour de lui très longtemps. Si bien que dès le troisième chapitre, James en savait déjà plus que le lecteur…

Évidemment, il y a d’autres personnages qui eux aussi découvrent la nature de l’univers qui les entoure au fil de leurs aventures. Il y a des retours en arrière déclenchés par des actes spécifiques (un procédé employé à deux reprises dans cet épisode deux). Et ce n’est pas fini — il reste encore trois factions importantes à introduire, et vous les verrez au fil des épisodes trois, quatre et cinq… Heureusement, toutes les cartes seront sur la table au début du dernier épisode, pour vous permettre de relaxer un peu et profiter du spectacle final.

Entre-temps, il reste beaucoup de nouvelles idées à aborder. J’ai parfois blagué avec mes lecteurs-tests que l’univers de Pax Victoriana (et je parle ici de l’univers local de la réalité dans laquelle l’essentiel du roman, pas les nombreuses autres réalités auxquelles le roman fait allusion) fera un excellent décor pour un jeu vidéo, jeu de rôle ou minisérie télévisée. — bref, j’avais parfois un doute que l’univers était devenu plus intéressant que l’histoire, ou que l’intrigue ne faisait pas justice au monde dans lequel elle se déroulait. (C’est un problème assez fréquent dans des œuvres d’auteur débutant — il y a parfois une tentation de trop travailler le monde aux dépens de l’intrigue, et je soupçonne qu’il est parfois plus facile de passer son temps à dessiner des cartes et écrire deux mille ans d’histoire contextuelle que de manipuler efficacement les moteurs d’une intrigue et de personnages crédibles.) Mais bon — l’écriture de fiction est un vaste réservoir de doutes angoissants, et « est-ce que mon monde est plus intéressant que mon histoire ? » n’a jamais empêché certains écrivains SF de plaire à leur lectorat.

Ce qui est un peu plus délicat avec une histoire aux factions si nombreuses, c’est la réelle possibilité de tomber dans les clichés de métapersonnification. En steampunk anglo-saxon, par exemple, il y a souvent une tendance à faire la promotion de l’Empire Britannique comme étant héroïque, et le faire affronter un ennemi aussi étranger que perfide. J’espère que Pax Victoriana ne sera pas perçu comme tel — personnellement, je suis bien embêtée de choisir entre mes racines culturelles françaises et britanniques. Je me suis assuré de mentionner, et parfois illustrer jusqu’à quel point l’Empire britannique était sans scrupule ni pitié (une des scènes marquantes du deuxième épisode explique le tout en détails) et de souligner les avantages de l’alliance européenne dont fait partie la France. Plus tard dans les épisodes suivants, vous verrez des factions moins honorables, mais nuancées par des tensions internes, des impératifs difficiles à renverser et des traumatismes marquants. (Mais rassurez-vous : il sera toujours possible d’applaudir pour les héros.)

Il semble étrange de passer d’enjeux très stratégiques tels la construction de monde à des questions d’écriture mot par mot, mais ce sont les mots qui créent l’univers d’un roman, et je mentionnerai avant tout le monde mon emploi éhonté de néologismes. Ils créent un effet d’étrangeté, certainement, mais leur avantage principal est la concision : quand je parle d’un automoteur, vous savez à peu près ce que je veux décrire, et vous savez surtout que quelque chose (i.e.; un parcours historique différent) motive l’emploi de ce mot inusité pour décrire quelque chose de familier. La chose me paraît plus difficile en français qu’en anglais. Je l’ai déjà mentionné ailleurs, mais le français est un langage fortement typé (contrairement à l’anglais, piratable/hackable à volonté) et il est parfois frustrant d’essayer certaines techniques grammaticales pourtant courante en SF anglo-saxonne. Les néologismes doivent être plus rigoureux. Il y a moins de flexibilité au moment de tenter des expériences de grammaire. Le « ton » habituel du français écrit ne semble pas toujours permettre autant de variations de niveau linguistique. (Par exemple, nos quatre personnages principaux ont des niveaux d’éducation assez différents, mais tenter de présenter le niveau de langage appauvri d’une d’entre elles s’est avéré plus difficile que je ne l’aurais voulue une fois pris dans le feu nourri du correcteur orthographique de Word, Antidote et mon redoutable directeur littéraire.)  Une partie de ces difficultés est sans doute due à mon manque d’expérience en tant qu’écrivain — mais je persiste à croire que la SF en français impose un degré de difficulté légèrement plus haut que la SF en anglais de par la nature même du langage. (Et si quelqu’un veut en faire un panel à Boréal… la chose a été faite et peut se refaire.)

Entre la conception de monde et l’écriture des mots, il y a évidemment la mise en scène. Le choix de comment dramatiser des idées, des personnifications, des développements. Mais là, ce sera au lecteur de décider. Alors, qu’attendez-vous ? Vous avez un deuxième épisode à lire !

Comme pour tous les billets de la série, vous pouvez profiter des commentaires pour poser des questions, émettre des hypothèses sur les prochains épisodes, etc.  N’oubliez pas que Pax Victoriana est un vrai feuilleton — mon directeur littéraire et moi sommes toujours en train de travailler sur les prochains épisodes !

[ Mots-clefs : ]

2 Commentaires

  1. Ah, le français et les niveaux de langue! Ça se fait de donner une bonne idée de l’éducation de chaque personnage, mais c’est vrai que c’est moins « codé » qu’en anglais. (L’élimination des double-négations reste le procédé de base).

    Ceci mis à part, je ne pense pas que la SF en français est intrinsèquement plus difficile à écrire, mais je crois qu’on a moins d’exemples sur lesquels se baser. Et qu’on ose moins tordre la grammaire (parce qu’on a une gang de Français et/ de Littéraire qui nous checkent et qui sont prêts à lever le nez sur nos efforts).

    En tout cas, tu t’en tires très bien! J’attends avec impatience les prochains épisodes! :)

    • Il y a, heureusement, d’autre façon de montrer l’éducation/la classe sociale que la simple langue. Par exemple, j’ai tenté (aucune promesse de succès), de donner à mon personnage moins éduqué un monologue interne plus centré sur les sens que sur les abstractions.

      Et je dois aussi avouer que, dans ce cas-ci, j’ai consciemment choisi de livrer des dialogues aussi grammaticalement correct que possible. Question d’objectifs personnels. Il aurait été possible de faire des choix différents, et dire à Antidote d’aller voir ailleurs. Peut-être la prochaine fois. :)

Laisser un commentaire

Votre e-mail ne sera jamais publié ni communiqué.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes: <b> <i> <a href=""> <blockquote>
Si ce n'est pas déjà fait, veuillez prendre connaissance de nos politiques.

Un blogue, trois auteurs, une multitude d'univers à explorer.
  • Derniers commentaires

  • Derniers billets

  • Archives par date

  • Archives par sujet