The Expanse — Saison 1

The ExpanseJe n’ai pas l’impression que cette série a été annoncée à grand renfort de tambours et trompettes comme c’est le cas pour d’autres. Ou peut-être que j’ai été trop distraite pour remarquer sa sortie. Basée sur les romans à succès de James S. A. Corey (le nom de plume de Daniel Abraham et Ty Franck), cette saga a été comparée par certains à une version space opera du Trône de fer, une exagération qui se fonde probablement sur le fait que les deux auteurs ont déjà travaillé avec George R. R. Martin dans le passé. Dans sa forme télévisée, The Expanse comporte un nombre tout à fait raisonnable de personnages et ceux-ci ont le bon goût de ne pas mourir à chaque épisode. Par contre, comme il y a cinq titres dans la version écrite, la comparaison s’applique peut-être plus sous cette forme, je ne sais pas.

Parenthèse, ici. J’ai réalisé avec un peu de retard que Ty Franck est le frère d’Antonia Dodge, une coauteure du site Personality Hacker dont j’écoute le podcast depuis des mois. Ou bien le monde est petit, ou tout est connecté.

Résumons. L’histoire se déroule deux siècles dans le futur. La planète Mars et la ceinture d’astéroïdes ont été colonisées. Au fil des ans, leurs habitants respectifs ont développé leurs propres particularités culturelles, sociales et économiques. Avec la Terre, qui est maintenant gouvernée par les Nations Unies, tout ce beau monde est à couteaux tirés. Martiens et Terriens se disputent les ressources de la ceinture, dont ils traitent les habitants comme des esclaves en les privant d’air ou d’eau comme moyen de pression. Du mécontentement des Ceinturiens naît l’Outer Planets Alliance (OPA), un groupe de revendication considéré par les autorités comme une organisation terroriste. Dans une atmosphère de guerre imminente, la disparition de Julie Mao, la fille d’un richissime homme d’affaires terrien, provoque une série d’événements dramatiques qui révèlent peu à peu l’existence d’un dangereux complot. Les ramifications se dessinent à travers trois trames parallèles. Sur Cérès où la jeune femme a été vue pour la dernière fois, le détective Joe Miller mène l’enquête. Pendant ce temps, le Canterbury, un remorque-glace en route vers Cérès, est détruit par un assaillant inconnu, et les quelques survivants se retrouvent dans la mire des autorités. Sur Terre, une dignitaire roublarde de l’ONU croit d’abord que l’OPA s’est alliée à Mars avant de se rendre compte qu’un nouveau joueur est apparu sur l’échiquier.

Il faut donner la chance au coureur lorsqu’on commence à regarder The Expanse parce que, une fois la mystérieuse séquence d’ouverture passée, ça ne paie pas de mine. On remarque tout de suite que la série a été tournée dans les studios torontois : les décors sont très propres, sans le « gritty » caractéristique des productions américaines. Les personnages ont des coupes de cheveux intentionnellement bizarres pour leur donner une allure plus futuriste, une initiative bien futile à mon avis. Le détective Joe Miller, surtout, est affublé d’une longue mèche frisottée qui donne envie de courir chercher les ciseaux. Il faut plutôt porter attention aux autres détails. Sur Cérès par exemple, à cause de la plus faible gravité, les gens développent une ossature plus fine et allongée. Il a fallu embaucher des acteurs grands et émaciés pour les faire jouer côte à côte avec des acteurs plus petits et trapus incarnant les Terriens. Les dialogues sont ponctués d’un charmant créole issu d’un mélange progressif des langues parlées à l’origine par les colons qui se sont installés dans la ceinture d’astéroïdes. Les Ceinturiens communiquent également avec des gestes idiomatiques dont on apprend quelques rudiments.

Si les Ceinturiens sont plutôt pauvres et dépenaillés, les Terriens de la classe dominante sont tout le contraire : ils vivent et travaillent dans des édifices modernes bénéficiant de la lumière naturelle du soleil. Ils tiennent toutes les ressources pour acquises, ne sachant pas ce que c’est que de dépendre d’un apport extérieur en eau et en air. Et la dignitaire Chrisjen Avasarala se balade dans des tenues somptueuses. Des Martiens on n’apprend pas encore grand-chose à part que leur société est extrêmement militarisée. Ils sont par contre moins égoïstes et gaspilleurs que les habitants de la Terre, car ils savent ce que c’est que de vivre avec des ressources limitées — ce qui ne les empêche pas de piller la ceinture d’astéroïdes et de traiter les Ceinturiens comme des va-nu-pieds. Il est mentionné au cours de certains dialogues qu’ils sont très solidaires et qu’ils s’efforcent de terraformer leur planète avec l’espoir de créer peut-être un océan.

Et tout ce beau monde a le teint très pâle, évidemment! Même sur Terre, les gens sont trop occupés pour prendre du soleil.

Une fois que l’on s’est habitué aux décors et aux personnages, on peut s’intéresser à la recherche obsessive de Miller pour retrouver Julie Mao. Son enquête révèle entre autres choses une radicalisation de l’OPA et une complicité des forces de l’ordre pendant que la révolte gronde sur les astéroïdes. Il ne suffirait que d’une étincelle… Sur Terre, les jeux politiques sont ce qu’ils ont toujours été : compliqués, sales et très représentatifs d’une certaine humanité. Impossible de faire confiance à ses amis, à ses collègues, car on ne sait jamais pour qui ils travaillent réellement. L’essentiel des scènes d’action se déroule dans l’espace, avec les survivants du Canterbury qui tombent de Charybde en Scylla. Et comme ces contractuels aux nombreux secrets se connaissent mal au départ, les frictions ne tardent pas à compliquer leur périple.

C’est très bon, parfois même passionnant, avec des situations en apparence intextricables et des mystères à court et à long terme pour titiller l’attention.

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