Bizarro (collectif)

« Bizarro est la porte d’entrée vers trois univers bizarres, trois facettes uniques de la littérature d’horreur. »

BizarroAlors que le voile entre les mondes devient plus mince, l’Halloween est la saison idéale pour parler de cette curiosité qu’est Bizarro, un collectif publié par La Maison des viscères et réunissant des nouvelles de Dave Côté, Éric Gauthier et Guillaume Voisine. Le genre « bizarro » est exactement comme son nom l’indique : il regroupe des récits étranges, surréalistes, voire absurdes. Il dérange, réjouit, déconcerte, amuse. J’ignore la proportion des écrivains francophones qui s’adonnent consciemment au bizarro, mais j’imagine qu’elle n’est pas très large. Du coup, ce bouquin est à mettre sur votre liste de lecture, ne serait-ce que pour faire l’expérience de ce genre.


Bizarro s’ouvre avec « Le jardin d’Ummfrang » de Dave Côté, un bijou de récit qui apporte une toute nouvelle dimension à l’expression « Il faut cultiver son jardin ». Celui du démon Ummfrang est particulièrement beau, sans toutefois atteindre la perfection : il lui manque ce détail indéfinissable qui sépare le talent du génie. Et comme les plantes de son jardin sont liées à des âmes humaines, Ummfrang pousse l’interventionnisme un peu loin pour assurer que ces vies soient ordonnées et croissent en santé. Le concept retourne complètement le rôle des démons pour créer une réalité métaphysique beaucoup plus poétique que ce à quoi on pourrait s’attendre en présence de telles créatures.

Nous passons ensuite au « Fine Stay Inn » d’Éric Gauthier, dont le titre évoque ces chaînes hôtelières conçues à l’emporte-pièce où le voyageur n’a à peu près aucune chance d’être surpris. Ici, nous avons une chaîne dont l’absolue uniformité crée une aberration spatio-temporelle qui prend au piège les pauvres gens (clients et employés) qui ont le malheur de franchir les portes d’un des établissements. S’ils peuvent sortir de l’édifice, c’est uniquement pour se retrouver dans un autre, avec pour seule variante ses occupants. Et tous ne sont pas sains d’esprit, ni même humains. La haute étrangeté de la situation et l’évolution des personnages qui sautent d’un hôtel à l’autre m’a rappelé The Complete Drive-In de Joe R. Lansdale, où nous avons également une équipe baroque qui affronte des épreuves dont le degré de bizarrerie ne fait qu’augmenter. Divertissant!

Nous terminons avec « Le contraste de l’éternité » de Guillaume Voisine, une histoire qui cadre bien dans l’univers d’un éditeur appelé La Maison des viscères. Ça saigne! Les prémices sont classiques, alors que les membres de l’équipage d’un vaisseau spatial découvrent un artéfact dont ils ont le malheur de s’approcher. Moult horreurs s’ensuivent après le contact, tant sur le plan physique que psychique. Malgré l’évocation de films comme Alien ou Event Horizon (comme indiqué dans la préface), la formule hollywoodienne en prend pour son rhume dans une habile déconstruction de la chronologie des événements. Tout au long, nous assistons la spirale descendante d’un héros qui a la particularité d’être lié mentalement à des cyborgs et à l’intelligence artificielle du vaisseau. Et nous savons que dans la vision transhumaniste, la chair est faible… Il faut avoir l’estomac bien accroché pour ce genre de péripéties!

À noter, les illustrations du livres sont de Mary Khaos, photoshoppeuse émérite aux goûts bien noirs.

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Un commentaire

  1. Merci pour la critique!

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