Person of Interest

Person of InterestUne série que je classe sans hésiter parmi mes préférées pour l’intelligence de sa conception, Person of Interest n’a pourtant pas reçu l’attention qu’elle méritait, manquant de peu d’être retirée des ondes en cours de route comme tant d’autres. L’aspect répétitif des deux premières saisons est sans doute à blâmer. Au moment de leur diffusion, les spectateurs ne pouvaient prévoir que ces épisodes conventionnels (qui se regardent par ailleurs très bien) servaient avant tout à camper les personnages clés et le contexte sociopolitique dans lequel se jouerait le grand jeu. Mais commençons par le début.

L’histoire se déroule à New York de nos jours. Après les attentats du 11 septembre, Harold Finch (Michael Emerson de Lost) crée une intelligence artificielle capable de lire et d’interpréter les renseignements informatiques dans le monde entier afin de détecter l’imminence d’une nouvelle attaque. Appels, messages, vidéos, enregistrements, factures et dossiers, tout est utile pour noter des schémas sinistres se dessiner. La Machine est vendue en secret au gouvernement, qui s’empresse de mettre sur pied des escouades de tueurs chargés d’éliminer les menaces. Mais la Machine voit tout, les terroristes comme les criminels ordinaires. S’étant ménagé une entrée dans l’AI, Harold Finch reçoit des données sur les citoyens que le gouvernement juge sans importance dans le contexte de la sécurité nationale. Parce que l’AI a été intentionnellement limitée par Finch pour ne pas devenir un danger à long terme, elle ne fait que fournir des listes de numéros d’assurance sociale. S’agit-il de personnes en danger ou de criminels en puissance? À Finch de le découvrir. Pour ce faire, il embauche un ex-agent secret à la dérive, mais extrêmement doué, nommé John Reese (Jim Caviezel). Cas par cas, le duo tente de prévenir les meurtres avant qu’ils ne se produisent, tout en évitant d’être repérés.

Au fil des épisodes, d’autres personnages se greffent à l’équipe : Lionel Fusco (Kevin Chapman), un policier corrompu; Joss Carter (Taraji P. Henson), une policière incorruptible; Sam « Root » Groves (Amy Acker), une hacker émérite; Sameen Shaw (Sarah Shahi), une ex-tueuse du gouvernement. Autour d’eux orbitent des personnages secondaires et récurrents, amis comme ennemis, qui ont chacun leur rôle à jouer. Un chef de la Mafia en particulier, Carl Elias (Enrico Colantoni), s’avère à la fois un adversaire redoutable et un précieux allié alors que la situation évolue. Les dangers ne manquent pas. Outre la CIA, qui n’hésite pas à éliminer quiconque est au courant de l’existence de la Machine, la police de New York est noyautée par des individus corrompus en guerre contre les diverses factions criminelles de la ville dont ils veulent régir les activités. Une troisième menace finit par se dessiner, un groupe qui œuvre dans l’ombre à construire une autre super intelligence artificielle qui ne serait pas limitée comme l’est la Machine et qui, au contraire, serait en mesure de contrôler l’humanité pour son propre bien.

Les dilemmes moraux ne manquent pas dans la série. Comment programme-t-on une AI pour qu’elle comprenne la valeur de la vie humaine? Comment stoppe-t-on les individus dangereux s’il est interdit de les tuer? Et est-ce qu’un code moral rigide est une bonne chose, en fin de compte? S’ajoutent à cela toutes les questions portant sur la surveillance électronique (la série a été écrite avant l’affaire Snowden versus la NSA) et le droit à la vie privée, sur le meurtre préventif au nom de la sécurité, sur l’érosion des droits individuels au nom de la collectivité, et sur les abus dont se rendent fatalement coupables les agences gouvernementales quand elles s’arrogent des pouvoirs dépassant le cadre de leur mandat. Sont également abordés les thèmes du transhumanisme et de la singularité lorsque la Machine prend des mesures pour assurer sa propre survie et lorsqu’elle se connecte directement à une « interface analogue », en l’occurrence Sam Groves, la hacker, qui voit l’existence de l’AI comme l’arrivée d’un dieu.

Malgré ses deux premières saisons qui peuvent laisser croire à une série policière ordinaire avec un élément technologique en arrière-plan, Person of Interest évolue vite et gagne en complexité. Il est très difficile de décrire la série d’une manière qui lui rende justice, ses mérites sont évidents si on lui accorde le niveau d’attention qu’elle requiert. On pourrait la comparer à Lost, avec qui elle partage certaines caractéristiques : de nombreux flash-back pour jeter un éclairage différent sur le comportement des protagonistes, des détails anodins qui s’avèrent des leitmotive, des parallèles entre le début et la fin de l’histoire, une conclusion douce-amère.

L’aspect visuel est également très soigné lorsqu’il s’agit de traduire les activités de la Machine. Le spectateur a droit à un coup d’œil à son interface où apparaissent des données purement informatives en apparence (probabilités d’une situation, chronologie des événements, évaluation des intentions d’un individu) qui, rétrospectivement, se révèlent être une vaste courbe d’apprentissage de la Machine cherchant à mieux saisir la nature humaine. Autre aspect de la Machine, le générique d’ouverture change d’une saison à l’autre pour refléter la situation actuelle. À vrai dire, l’AI pourrait être la narratrice cachée de toute la série!

Enfin, une fois les personnages et le contexte campés, les scénaristes se permettent des petits bijoux d’épisodes en remplaçant le réel par des simulations et en nous montrant occasionnellement le sens de l’humour de l’AI.

Une création de Jonathan Nolan (le frère de Christopher) produite par J.J. Abrams, Person of Interest a tous les ingrédients d’une série culte. Avec seulement quatre saisons et demie, je vous encourage vivement à lui donner sa chance. Faites preuve de patience, gardez l’œil ouvert et notez les parallèles avec l’état actuel du monde. Peut-être qu’une AI bienveillante ne serait pas une mauvaise idée… et peut-être qu’une telle chose ne peut exister.

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