Out on Foot — Rocky Elmore

Out on Foot - Rocky ElmoreEn cherchant sur YouTube des podcasts et autres émissions sur les cryptides, j’ai trouvé une entrevue avec Rocky Elmore, un ex-agent de la patrouille frontalière américaine. Aujourd’hui retraité, il a publié en 2015 ses mémoires dans un livre intitulé Out on Foot, une expression faisant référence au code donné au central lorsqu’un agent quitte son véhicule pour investiguer à pied, une situation particulièrement risquée dans ce métier. A priori, ce n’est pas le genre de sujet qui m’intéresse, mais comme l’entrevue que j’ai écoutée portait sur des événements paranormaux dont Elmore ou ses collègues ont été témoins, je me suis procuré le bouquin par curiosité.

En fin de compte, la lecture est très édifiante. Avec un humour caustique, Elmore décrit les aspects surprenants d’un travail qui n’a rien d’ordinaire. Les agents frontaliers ne sont ni des policiers ni des militaires, bien que leur travail exige des compétences et un entraînement dignes de ces métiers. Les rondes sont toujours risquées, surtout celles qui sont faites de nuit. Il arrive que des agents doivent se déplacer seuls puisque le territoire à couvrir est vaste et les ressources, limitées. Les dangers ne manquent pas, allant des lions de montagne aux guides armés (ces gens, surnommés « coyotes », qui dirigent les immigrants illégaux à travers la frontière), en passant par les contrebandiers, les gangs et autres membres des cartels. Pire que ça, il y a peut-être les bureaucrates bien-pensants de Washington.

L’essentiel du livre est consacré aux méthodes employées pour capturer des gros groupes d’illégaux, ce qui donne lieu à des anecdotes parfois amusantes et parfois enrageantes. Elmore est clair sur le sujet, si les immigrants sont souvent des bonnes gens qui cherchent une meilleure vie, les coyotes font partie de la lie de l’humanité, n’hésitant pas à voler, terroriser ou abandonner leur charge. Les gens qui les suivent leur doivent une obéissance totale, ce qui explique comment les agents capturent de vastes groupes : il leur suffit de mettre la main au collet du coyote pour que le reste du troupeau les suive au poste.

Les aspects paranormaux sont étonnamment nombreux. Il s’avère que la station où a travaillé Elmore, celle de Brown Field à San Diego, cumule le plus grand nombre d’événements mystérieux, à croire que la zone est une sorte de triangle des Bermudes. Au moins deux histoires dans le livre porte sur une sorte de créature cryptide hantant les lieux, possiblement une espèce de Sasquatch.

Les fantômes font également partie du lot. L’une des anecdotes relatées par Elmore porte sur une mystérieuse femme qui, à Marron Valley, pleure et crie qu’elle a perdu son enfant. Une recrue ayant signalé sa présence par radio reçoit l’ordre d’aller voir de plus près. Toujours par radio, il indique qu’il approche de la femme, et deux secondes après il s’exclame : « Elle n’a pas de visage! » Est-ce que l’enfant perdu serait cette petite fille en blanc que les agents ont souvent aperçue entre Marron Valley et Mine Canyon, leur laissant une impression de malaise ou de tristesse, voire de terreur? Un agent d’El Cajon assure avoir vu la fillette flottant sur le ventre dans un ruisseau; le temps qu’il se penche vers l’intérieur de son véhicule pour prendre sa radio, la fillette n’était plus dans l’eau. À la place, elle se tenait debout juste à côté de lui, le regardant directement avant de disparaître.

L’histoire la plus extraordinaire est celle du fantôme d’une recrue, l’agent Luis A. Santiago, tombé en bas d’une falaise. Ses collègues n’ont jamais cru en la thèse de l’accident avancée par les autorités. Selon eux, Santiago aurait été poussé, sans doute par un coyote plus téméraire. Au cours des mois suivant cette tragédie, des groupes entiers d’immigrants illégaux se sont laissés volontairement capturer par les agents frontaliers, à qui ils expliquaient que le fantôme d’un autre agent leur avait donné l’ordre de se rendre. Les apparitions et les témoignages se sont multipliés jusqu’au jour où un groupe terrorisé a été forcé par le fantôme de fuir vers la falaise maudite. Plusieurs personnes sont tombées avec à leur tête le coyote, tué sur le coup. Au cours de l’enquête menée par le FBI, les survivants ont clamé qu’un garde frontalier les avait poursuivi en tirant des coups de feu. Plus étrange, ils ont clairement identifié le garde frontalier comme étant Santiago, et ce, à partir d’une photo glissée subrepticement dans le lot par un collègue d’Elmore. Après cet événements, les apparitions de ce fantôme ont complètement cessé. L’histoire veut que Santiago ait vraisemblablement réussi à tuer son propre meurtrier…

Le livre ne manque pas d’intérêt pour ses anecdotes paranormales, même si l’essentiel porte sur les aspects plus terre à terre de la profession — à recommander, donc, aux curieux qui veulent se renseigner sur les activités frontalières des États-Unis et qui ne lèvent pas le nez sur les phénomènes étranges.

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2 Commentaires

  1. Daniel Sernine

    Eh ben, ça parle au diablo!

    • Tu n’es pas loin. L’auteur affirme qu’il y avait toujours une atmosphère anxiogène dans la région. Puis une année, un feu de brousse a tout cramé. Après ça, l’impression négative s’est estompée et les événements bizarres ont été moins nombreux à être signalés.

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