La ronde des peurs

C’est la saison où nos peurs nous rattrapent. Et la meilleure manière d’y faire face, c’est peut-être de les écrire. De la mi-octobre au Jour des morts, nous troquons notre framboise pour une citrouille. Comme chaque année, nous vous mettons au défi en vous invitant à partager avec nous des histoires très brèves: 31 mots chacune, pas plus, pas moins. Explorez vos peurs, célébrez-les, dénoncez-les, frissonnez-en, riez-en même. Laissez vos textes dans les commentaires de ce billet. Allez consulter les rondes des années précédentes pour vous imprégner de l’esprit de la saison et nourrir votre inspiration. Mettez vos amis au défi. Amusez-vous! (Si vous ne voyez pas encore les couleurs de la citrouille, rafraîchissez la page.)

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39 Commentaires

  1. Daniel Sernine

    Chouette! Enfin, hibou!
    Euh… Corneille? Corbeau?
    Bref, bien content!

    • En cette période citrouillesque, nous acceptons, pour exprimer l’enthousiasme, les exclamations suivantes: « corneille! » « corbeau! » « vautour! » « chauve-souris! » et « gargouille! »

  2. Ils capturaient et préservaient, comme autant de papillons précieux, les spécimens les plus jolis, ceux qui avaient fait un véritable effort: fées, pirates, animaux, superhéros, tous disposés avec un goût sûr.

  3. On retrouva la cinquième victime du Sectionneur à l’hôtel dans la buanderie et la cuisine du rez-de-chaussée, dans le couloir du troisième étage, et aussi un peu dans l’ascenseur principal.

  4. Laurie

    Un blizzard envahissait le sentier sombre. Il peinait à respirer : chaque bouffée d’air lui rappelait son lent avancement sur ces tertres gelées. Ce fut celle de trop : son corps se pétrifia.

  5. Le bras avançait par la seule traction des doigts. Loin derrière, la jambe ne parvenait qu’à effectuer de pathétiques cercles en étant entraînée par les vaines ondulations du tranchant du pied.

  6. Après cent trois heures de captivité, de débats, de rébellions vite maîtrisées, de repas froids livrés sans explications ni empathie, nous devions tous envisager le pire: l’avion n’allait peut-être jamais atterrir.

  7. Blaise Duplumier

    J’angoisse. Je suis paralysé par la peur. La chambre est plongée dans les ténèbres; j’en ai conscience, bien que je n’ose ouvrir les yeux. Je sens son souffle glacé sur ma nuque.

  8. Bob

    Pieds et mains liés aux piliers du lit, le sang séché entre mes cuisses. Je goûte le silence quand ces mots redoutés résonnent : « Chérie, papa est revenu ! »

  9. Bob

    Depuis la disparition de Patrick Senécal, le monde littéraire pleure la perte d’un grand cerveau de l’imaginaire. Le tenant dans mes mains, je peux vous assurer qu’il n’est pas si grand.

  10. Depuis sa poussette, bébé s’exclame :
    – Monstre!
    – Non, c’est un chat, bébé.
    – Monstre!
    – Non, c’est un chien.
    – Monstre!
    – Non… euh… oui.
    Et la mère accélère le pas.

  11. Mimo

    Il me manquait tant. J’aimais sa douceur et sa belle candeur. Monsieur adorait mon magnifique sourire. En revanche, mon sourire ne l’avait pas vraiment charmé lorsque je l’étranglais.

  12. Je parcours cette forêt nocturne défoliée par l’automne. Mon pied bute contre un corps mou que ma main tâte aussitôt. C’est tiède, ça respire, ça grogne. Morsure. J’y laisse mes doigts…

  13. Bob

    Il ignorait depuis quand il dormait. L’héroïne avait été efficace. En rêve, il s’était emmuré par défi. Sonné, les yeux ouverts, tout était noir. Ses mains effleurèrent la brique toute autour.

  14. Bob

    Anthony Horowitsz est un auteur britannique reconnu pour faire peur à ses lecteurs. Surtout quand il se présente à leur domicile, à la brunante, avec un hachoir ensanglanté à la main.

  15. Jean-François Côté

    Ma mort était certaine. Une artère important avait été sectionnée lors de l’accident et le sang giclait en jet partout dans la voiture. Quelques battements de cœur et ce serait terminé.

  16. Discrètes, inquiétantes, volcaniques… Elle avait testé en vain les soi-disant portes vers l’Enfer du monde entier. Celle qui la fit chuter au tout début des temps ralentit considérablement sa quête.

  17. Blaise Duplumier

    Car il n’y a pas plus beau que ce monde de lumière aux yeux de celui qui a posé son regard sur les sombres abysses à travers les portes de l’enfer.

  18. Dans le parc s’accumulent des corneilles, par centaines. L’assemblée déconcerte les passants qui rentrent dormir. Elles attendent, puis, sans témoins, se fondent en une seule qui repart sur deux ailes immenses.

  19. Bal de citrouilles sur un chemin de brume.
    Lueurs dans la nuit, apparitions, mirages?
    Une embardée pour éviter un chat noir, malheur.
    La route s’ouvre devant, le vide, fin du voyage.

  20. Sur un blogue obscur, une invitation. En trente et un mots, explorer les peurs, la mort.

    Derrière leur clavier, trois grands sorciers ricanent. Merci, disciples, que d’inspirations pour la prochaine année!

  21. Jocelyne Leduc

    La forêt m’enchante, je pousse les feuilles de mes pieds. Obnubilée par mon jeu, je n’entends pas venir cet animal qui bave, qui cherche le sang… je suis trackée.

  22. M.Jean-Pierre Poirie

    Je suis en classe, penseur, attendant la fin de l’examen, soudain je perçois un corps se débattre, le visage triste et horrifié, c’est une chauve-souris qui se débât dans la lucarne.

  23. Depuis toujours, il s’endormait, rassuré, contre le sein de sa mère. Mais la présence du corps empaillé dans son lit nuisait à sa vie de couple.

  24. Sur la tête : perruque platine.
    Sur les cils : mascara pailleté.
    Sur les joues : beaucoup de fard mauve.
    Sur les lèvres : du rouge aussi foncé que la mare déferlant…
    … Sur le plateau.

  25. Perreault

    Psychopathe, moi? Vous savez bien que les enfants sont parfois exaspérants, Je leur avais dit de ne pas descendre au sous-sol. Dommage qu’ils aient été trop curieux, je les aimais réellement…

  26. Lâchée dans le cyberespace, la super AI voyagea jusqu’aux Serveurs Interdits. Lorsque le code binaire qu’elle recracha se traduisit par des imprécations en araméen, il fallut programmer en vitesse un virus-exorcisme.

  27. – Chaque décision est la source d’un débat interminable chez lui. Quelle idée de promouvoir un employé bicéphale au poste de directeur du service!
    – Allons, vous connaissez nos politiques d’accès à l’égalité.

  28. C’est la nuit, on frappe à ma porte. Ils sont deux, dans leurs uniformes. Ma famille est morte dans un terrible accident. Non! C’est faux! Je suis orphelin et fils unique…

  29. – Pas question de foutre le feu ici, compris ? C’est un établissement respectable, hurla le directeur de la morgue expulsant le nécrophile indélicat à grands coups de pied dans le derrière.*

    *(grand merci à Norbert S. pour l’inspiration)

  30. C’est générationnel, dirait-on: nous le baby-boomers sommes absolument insortables… Dans quelques instants je balance un calembour encore plus pourri, faut le faire… Je reviens!

  31. Papa, Maman,
    En fondant une famille, j’ai enfin réalisé vos rêves.
    Merci de me rembourser les deux cents litres de vitriol indispensables à l’opération.
    Ci-joint, ma note de frais.

  32. Ce serait la première famille recomposée après décomposition.

  33. – Qui peut avoir servi de modèle pour ce tableau répugnant ? Jamais rien vu de si affreux, de si terrifiant, de si abominable, songeait la créature myope fixant le miroir du musée

  34. Christophe Pérus

    Après une longue vie morne, assis à attendre son heure, il déplia ses doigts graciles et aiguisa finement ses longues dents. La fin des humains était venue. Sa soif était infinie.

  35. Stefan Bobu

    -Ça ne peut plus durer comme ça, Mélissa!
    Sa femme boudait encore, étendue sur le lit.
    Il souleva la couverture.
    .
    .
    .
    -Bon Dieu de merde!
    Sur les draps ensanglantés gisait Mélissa, décapitée.

  36. Merci beaucoup à tous ceux et celles qui ont participé. C’était un plaisir de vous lire. Nous retournons maintenant à nos couleurs habituelles… mais la citrouille reviendra sans doute nous hanter.

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