Mr. Mercedes — Stephen King

Mr. MercedesMr. Mercedes est une autre incursion de King dans le domaine du polar au même titre que Joyland avec qui il partage certains traits communs. J’y reviendrai. Passé la couverture rébarbative qui semble avoir été réalisée à la hâte (j’avais noté le même problème avec Revival), le roman s’avère sans surprise un page-turner qui repose sur une course effrénée contre la montre ponctuée d’imprévus.

Le roman s’ouvre sur un massacre perpétré par un maniaque qui fonce sur une foule de chercheurs d’emploi faisant la file devant un centre municipal tôt le matin. Malgré les morts et les blessés, la police ne parvient pas à mettre la main au collet du fou furieux. Des mois plus tard, Bill Hodges range son uniforme et prend sa retraite. Il s’enlise progressivement dans un désœuvrement abrutissant, mais un jour, il reçoit une lettre du Tueur à la Mercedes qui a l’air de s’ennuyer lui aussi. Plutôt que de remettre la lettre à ses anciens collègues, l’ex-policier décide de mener sa propre enquête. Un étudiant surdoué et une femme névrosée qui connaît tout sur les ordinateurs finissent par se joindre à lui dans l’espoir de stopper le tueur qui a tout l’air de préparer un grand coup.

Abordons tout de suite le point faible du récit, qui est le même que j’avais remarqué dans Joyland : l’aspect « enquête » est plutôt faible. Tout un mystère entoure la façon dont le psychopathe s’y est pris pour piquer la fameuse Mercedes sans utiliser de clé et sans forcer physiquement la serrure. Nous vivons dans une ère où les bagnoles ne sont ni plus ni moins que des ordinateurs sur roues. Malgré cela, il faut l’intervention d’un surdoué pour soulever l’hypothèse du piratage. Comme énigme, c’est pauvre. Le tueur, aussi, est caricatural — un défaut assez fréquent dans l’univers de King, qui ne cherche pas à nous faire prendre ses méchants en pitié. Le bon côté de la chose, c’est qu’on est content quand Mr. Mercedes s’en prend plein la gueule, notamment quand il commence à commettre des erreurs.

Il reste les héros qui sont bien sympas et plus « ordinaires » — il est aisé de s’identifier à leurs travers, petits et grands. En plus, King nous présente un trio disparate qui couvre trois générations. Chaque lecteur aura son préféré.


Bill Hodges est pathétique dans les premières pages. Désœuvré depuis sa retraite, il ne bouge plus, il s’empiffre et s’abrutit l’esprit en regardant des conneries immondes à la télé. Sa vie est tellement incolore qu’il songe bien sûr au suicide. Il faut le voir reprendre vie lorsque le tueur lui envoie sa lettre. Bing! Le voilà requinqué et prêt à se mettre à la chasse. (J’ai immédiatement pensé à Sherlock de la BBC qui s’exclame que c’est Noël lorsqu’on lui présente un meurtre crapuleux à résoudre.) Jerome Robinson, quant à lui, est un jeune Noir qui s’apprête à entrer à l’université. Il a beau être brillant, il fait parfois exprès de s’exprimer comme la version clichée d’un esclave (« Massa Hodges »), une façon particulière de gérer sa crise identitaire, celle d’un Noir aisé vivant dans un milieu blanc aisé. Puis il y a Holly Gibney, une quarantenaire tellement névrosée qu’elle tient encore beaucoup de l’adolescente mal dans sa peau.

Incidemment, elle n’est pas l’unique personnage de l’histoire qui a des troubles mentaux. Il faut d’ailleurs reconnaître que King sait fort bien peindre les gens atteints de tics et de T.O.C. Si vous n’avez pas lu sa novella « N », je vous la recommande.

L’enquête du trio part un peu en zigzags et profite beaucoup de divers coups de chance, mais cela prend les efforts acharnés de chacun pour parvenir à faire ce que la police n’a pu réussir. Il ne faut pas chercher la crédibilité là-dedans, c’est du pur divertissement.

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