Le retour du Grand Citrouilleur

Le Grand Citrouilleur ne dort jamais au même endroit. Chaque année un nouveau caprice, une nouvelle tanière; chaque année, la torpeur cachée, tout l’hiver, et au long du printemps, et rien qui ne dépasse l’été non plus. On pourrait le chercher partout, remuer la terre entière, sans jamais le trouver. Personne ne le cherche de toute façon, pas en ces saisons-là. Ce n’est qu’à l’automne que certains esprits se tournent vers lui.

Cette année, le Grand Citrouilleur dormait dans votre sous-sol, insoupçonné. Chaque sous-sol a son recoin où l’on range l’inutile. Et là, juste derrière, essentiel lui, dormait le Grand Citrouilleur. Il sort comme il est entré, dans votre dos. Il déploie ses ailes et repeint tout à son image. Il sème dans les citrouilles des secrets, dans les coeurs un frisson, et dans les têtes, des histoires. Cherchez bien: en avez-vous une à partager?

C’est la tradition: jusqu’à la fin du mois (voire quelques jours après), nous vous invitons à partager, dans les commentaires de ce billet, de courtes histoires effrayantes. Elles peuvent être cruelles, ironiques, loufoques, glaciales, terrifiantes, subtiles ou non… en autant qu’elles évoquent l’esprit de cette sinistre saison, et qu’elles se racontent en 31 mots exactement — pas plus, pas moins. Allez consulter les récoltes précédentes si ça peut vous inspirer. Le Grand Citrouilleur compte sur vous.

(Si vous ne voyez pas les couleurs apportées par le Grand Citrouilleur, rafraîchissez la page.)

# Les commentaires sont fermés.

34 Commentaires

  1. Sébastien Chartrand

    Tous mes collègues me dévisagent. Le gardien de sécurité me surveille. “Que faites-vous au bureau de monsieur Chartrand ?” me demande ma secrétaire. Pourtant… c’est bien moi, monsieur Chartrand… non ?

  2. Tant d’arbres sur le terrain! Chaque automne, il amassait une montagne de feuilles mortes. Les enfants plongeaient et riaient, engloutis. Ressortaient en riant aussi… sauf cette année. On n’en retrouva aucun.

    • Il avait beau ratisser les enfants chaque jour et remplir sac après sac de membres humides et fanés, il en venait toujours de chez les voisins, apportés par les bourrasques d’automne.

  3. La mère ensommeillée se penche sur le berceau, en ramasse l’occupant et lui offre son sein. Les dents carnassières déchirent déjà sa chair lorsqu’elle sent, sous ses doigts, la peau écailleuse.

  4. Elle inspecta le sac. Bonbons à la poudre de cyanure? Mouais. Chewing-gum explosif? Pas mal. Lame de rasoir insérée dans une pomme? Classique. Tire Sainte-Catherine… Elle eut un mouvement de révulsion.

  5. Réfection sur Laurier, sur Mélançon, sur Carpentier… Des pelles mécaniques creusaient l’asphalte chaque matin. Vus du ciel, les trous décrivaient Son visage : monstrueux, presque complet, bientôt prêt pour Son arrivée.

  6. Hélène

    Le pas traînant, il déambule, gobant sur son passage des bouts de paysages. Sanguinolent, lambeaux après lambeaux se dévoile un monde nouveau.Sur son visage se dessine un rictus sans âme.

  7. – J’ai oublié mon livre de recettes à Hiroshima, mon amour… Mais pas de sushi, tu vas passer à la casserole, murmura le Japonais cannibale lorgnant la croupe de sa conquête.

  8. Halloween. À ma porte, un enfant déguisé en tireur fou. Chez le voisin aussi. Plus loin, une famille, mitraillettes en bandoulière. Je donne une poignée de munitions et referme en tremblant.

  9. Sébastien Chartrand

    Remous, vaguelettes, bulles. Puis rien.
    Il a fini par se taire, ce gamin.

    Et tant qu’à y être…
    À quoi bon gaspiller l’eau du bain ?

    Ah ! Chaude à souhait…

  10. Mon amour, tu te souviens quand on voulait toujours être ensemble? C’est le moment. Quand j’aurai avalé les derniers morceaux de ton corps, tu seras en moi. Pour toujours.

    • Luc Dagenais

      En lui pour toujours… Quelques semaines plus tard, il se retenait toujours de déféquer, si bien qu’après d’horribles crampes et d’indicibles spasmes intestinaux son nombril explosa en un pestilentiel geyser marron.

  11. Épuisée, moite, elle sourit à son mari gisant dans la baignoire, bouche bée.
    – Marre d’être présentée comme ta moitié. Voilà ce que ça fait !
    Sa tronçonneuse se remit en marche.

    • « Pas si douce, ta moitié! » En effet, des épines avaient surgi de son échine, et des ergots de ses coudes et de ses genoux. La nuit promettait d’être longue.

  12. À minuit, il fut réveillé par des chocs contre le plafonnier, dont la clarté l’aveugla. Quand il rouvrit les yeux, la chose qui rampait sur le plafond sombra sur lui.

  13. stephane montfort

    Le souvenant ouvrier de ligne dans le reso square victoria au chat tonkinois courant Nelligan parka canadian jacket le teigneux du familistère Frontenac gaspillant au supermarché walmart dans son packsack princevaillant!!!!

  14. stephane montfort

    Le 92 à asnières gros tas de merde salopard m’enfin pets simonac elle était dans le plumard just one caress le gros chat la cyberpunk maudit Français nazairien metro Beaubien souvenant!

    • J’avoue que je trouve quelque chose de fascinant à ces textes-ovnis, mais j’ai beau chercher, je n’y trouve pas de frayeurs, de frissons, de préoccupation pour le macabre et le lugubre. Sauriez-vous explorer votre style tout personnel tout en respectant le thème? C’est un défi.

  15. Blague de pique-nique.
    – Quelle différence entre un jardin d’enfants et un potager de jeunes citrouilles ?
    Silence…
    – Avec un bon sécateur, aucune, dit-elle, révélant le contenu de son frigo portable.

  16. Luc Dagenais

    « Douleur thoracique, suffocation, vertige, bouffées de chaleur suivies de frissons, nausées, diarrhée, engourdissements, picotements, sudation, tremblements, respiration difficile, arythmie cardiaque ? Pas de doutes, vous souffrez du syndrome de la page blanche. »

  17. Des faux cils cousus au petit point. Un rictus gravé au couteau. Et quoi d’autre ensuite? Ah, si seulement elle faisait semblant de souffrir! Ses abominables cris de jouissance me déconcentrent!

  18. Quelles surprises dans le sac? Un œil de voyeur, une langue d’exhibitionniste, un doigt de pédophile… Non, c’est trop fou, une canine d’Hannibal Lector? Vraiment, Dexter, tu t’es surpassé cette année!

  19. Promis, ma petite maman chérie : une nuit avec cette fille, puis je lui tranche la gorge et je l’enterre dans le jardin. Puceau à 31 ans, c’est pas une vie!

  20. Blague de fin repas.
    – Quelle différence entre une gang de sauvages cannibales et la tablée de mes nobles convives ?
    Silence…
    – Aucune !
    Tous fixèrent la cloche argentée couvrant la surprise du chef.

  21. À table.

    -Maman, j’aime pas papa.
    -Mange au moins tes patates pilées.

  22. Une femme court de gauche à droite dans le jardin.
    -Papa, pourquoi maman fait ça?
    -Parce qu’elle sait que j’ai de la misère avec les cibles mouvantes.

  23. Seul dans son laboratoire, tranquille, il agence les morceaux de chair, coud, puis teste l’électricité en vue de la réanimation. On ne choisit pas sa famille, mais on peut la remixer.

  24. Le camping sauvage, elle s’y faisait, mais l’orage d’hier n’avait rien de naturel. Depuis, ce n’est plus le hurlement des loups qui la trouble, c’est l’immense voix caverneuse qui leur répond.

  25. Tannés des devinettes pourries de leur hôtesse, ses convives hurlèrent, unanimes:
    – On donne la langue au chat !
    – Parfait !
    Sur fond de miaulements affamés, douze jardiniers armés de sécateurs investirent le salon.

  26. Œil rouge. Cri cruel. Harcelantes harpies.
    Depuis longtemps déjà, le parc leur appartient. Tout rêve de pique-nique anéanti.
    Frites brûlées, emballages plastiques, macchabé de SDF. Charognardes impénitentes, elles pullulent. Les mouettes.

  27. Attention! C’est ce soir à minuit que le Grand Citrouilleur ira se terrer dans une nouvelle cachette. Le blogue reprendra alors sa jolie couleur framboise et le défi sera terminé: rendu là, s’il vous reste des histoires à partager, il vous faudra attendre à l’automne prochain.

  28. Et voilà, le glas a sonné… Merci beaucoup à tous ceux qui ont participé, qui se sont répondu même, qui se sont laissés prendre au jeu avec nous. Encore une fois vous nous avez apporté de bons frissons, de bons rires aussi.

Un blogue, trois auteurs, une multitude d'univers à explorer.
  • Derniers commentaires

  • Derniers billets

  • Archives par date

  • Archives par sujet