Trois — Sarah Lotz

Sarah Lotz – TroisOn peut déjà dire que 2014 aura été l’année des écrasements d’avions. Le nombre de passagers tués sur une ligne commerciale cette année, de façon accidentelle ou non, défie sans doute les statistiques les plus rassurantes. C’est par une de ces coïncidences malheureuses que j’ai terminé Trois peu de temps avant la destruction du MH17 de la Malaysia Airlines en Ukraine.

Dans ce roman de Sarah Lotz, quatre avions de lignes aériennes différentes s’écrasent en même temps sur quatre continents. À chacun des crashs, un seul enfant survit. Trois sont retrouvés (d’où le titre) avant que l’on commence à soupçonner l’existence d’un rescapé supplémentaire. Les membres du trio sont retournés à leur famille, ou ce qu’il en reste, sous l’œil attentif des journaux du monde entier. Comment ont-ils survécu? Les spéculations vont bon train et pendant que les experts se grattent le crâne, les théories les plus folles circulent. Les uns disent que les enfants ont été remplacés par des copies extraterrestres tandis que les autres assurent qu’ils sont l’incarnation des cavaliers de l’Apocalypse.

Une chose est sûre, comme les proches s’en rendent vite compte, les enfants ne sont plus les mêmes.

La construction du roman repose entièrement sur des entrevues, des extraits d’émission, des retranscriptions d’échanges etc., montrant une parcelle du grand tableau. Le lecteur est constamment ballotté d’un témoin à l’autre aux quatre coins de la planète. J’avoue que les premières pages sont un peu difficiles à suivre à cause du nombre élevé de personnages. Mais on s’y fait.

Le tout est bien mené, alors que le point de vue passe de la perspective globale à l’approche plus intimiste. Le récit dévoile peu à peu comment la vie d’une poignée d’individus est chamboulée par ces événements.

En parallèle, nous avons un beau contraste entre l’Orient et l’Occident — plus précisément, celui entre les États-Unis et le Japon. Au Sud des États-Unis, sans surprise, la folie est de nature religieuse et les prêcheurs professionnels s’en donnent à cœur joie. Le volet japonais nous est décrit par le biais d’échanges SMS entre un hikikomori et la nièce d’un génie de l’électronique qui construit des androïdes hyperréalistes. Ces robots s’avèrent être une belle métaphore pour ces enfants en tout point normaux vus de l’extérieur, mais qui créent une impression de malaise chez ceux qui les connaissent bien, comme s’ils faisaient juste semblant d’être des enfants.

J’ai bien aimé toutes les tractations internationales pour essayer de résoudre le mystère ou encore d’en profiter bassement. La nature humaine est assez semblable d’un continent à l’autre.

La finale laisse planer une certaine ambiguïté, ce qui n’est pas une mauvaise chose. Le lecteur peut décider, selon son point de vue, s’il a lu un roman fantastique ou de science-fiction. À vous de voir quelle voie vous préférez…

Le livre est publié chez Fleuve Noir.

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