Paranormal State — Saison 1

Paranormal StateNe reculant devant aucune forme d’abomination en cette saison des morts, mais n’ayant pas particulièrement envie de me farcir les films d’horreur traditionnels (je les garde pour les Fêtes), j’ai opté pour une perversion différente : la télé-réalité. Pire encore, j’ai jeté mon dévolu sur une émission portant sur le paranormal.

Paranormal State est une série diffusée par le réseau A&E entre 2007 à 2010 et mettant en vedette une équipe d’étudiants de l’université de Pennsylvanie. Sous le titre de Paranormal Research Society (PRS pour les initiés), le groupe en question est mené par le photogénique Ryan Buell, un jeune catho prétendant être poursuivi depuis son enfance par un démon dont il ne faut surtout pas prononcer le nom. Voldemort? Non, Bélial, si l’on se fie aux lettres qui apparaissent soudain à l’écran. Le reste du groupe est constitué d’étudiants plutôt fades et mal à l’aise devant la caméra — du moins, pendant la moitié de la première saison, le temps qu’on parvienne à mémoriser leurs prénoms : Katrina, Heather, Sergey, Eilfie, puis Josh. Dépourvus de la moindre fibre de comédiens, incapables d’avoir l’air surpris aux moments critiques, voire intéressés par ce qui se passe pendant le reste de l’épisode, ils détonnent par rapport à Buell qui cabotine à cœur joie.

Au cours de la saison, Buell fait régulièrement appel à deux complices, un médium autoproclamé nommé Chip Coffey et la célèbre Lorraine « Honey » Warren, qui devait être en manque de fonds pour accepter de participer à cette farce. Heureusement, ces deux lascars apportent un peu de piquant à l’histoire, surtout qu’ils sont très à l’aise devant la caméra et sont prêts à affirmer, sans rire, qu’ils sentent la présence de mauvais esprits.

Les épisodes sont très courts. En 20 minutes, l’équipe se présente chez des Américains terrifiés par des phénomènes inexpliqués, découvre l’origine des perturbations dans la Force, pardon, dans l’énergie de la maison, fait une recherche obligatoire à la bibliothèque ou aux archives locales, puis organise une séance de « Dead Time » (que je traduis librement par « Temps des morts ») au cours de laquelle les membres tentent de communiquer avec les esprits au beau milieu de la nuit.

Il s’agit d’une recette simple, propre et à 100 % prévisible. Tellement, en fait, que j’ai fait un peu de recherche pour apprendre, sans surprise, que les épisodes étaient scriptés d’avance. D’aucuns ont même accusé la PRS de monter des cas de toutes pièces. Du coup, avec cette information en tête, on perçoit les histoires tout à fait différemment. Dans certains cas, le niveau de putasserie est sidérant.

Le pire épisode, à mon avis, est celui portant sur le célèbre Mothman (ou l’Homme-papillon), cette créature ailée et aux yeux rougeoyants qui a défrayé les manchettes de Point Pleasant dans les années 1960. Ryan et Chip se rencontrent près du Silver Bridge à la nuit tombée. Chip, le médium « sent » l’esprit des gens qui sont morts noyés lors de l’effondrement de la structure en plein hiver. Selon lui, ils se sont débattus, ont souffert brièvement et se sont laissé aller en paix. Yeah, right. Puis, les deux complices prétendent voir une lueur rouge. Oh! Serait-ce l’Homme-papillon qui les observe? L’image nous montre rapidement la lumière en question, dont l’origine électronique ne fait aucun doute. Regard entendu entre les deux hommes : oui, c’est sûrement l’Homme-papillon. Puis on passe au mystérieux entrepôt militaire à proximité où étaient stockées des provisions de dynamite. Le lien entre l’entrepôt et la créature n’est pas clair, mais certains prétendent que cette dernière s’y cachait. Bien sûr, Chip Coffey établit presque immédiatement le contact psychique avec l’entité, qui lui assure n’avoir joué aucun rôle dans l’effondrement du pont. Et vlan, prenez ça, esprits sceptiques.

Le niveau de racolage atteint aussi son comble lorsque des enfants sont le centre des activités fantasmatiques. À tous les coups, la PRS affirme qu’il s’agit de jeunes médiums avec, devant eux, un brillant avenir de contact avec les morts et d’incompréhension des vivants.

Mentionnons également ces quelques occasions au cours desquelles des Américains ordinaires, ceux-là mêmes qui font appel à la PRS, doivent jouer la comédie pour faire croire aux téléspectateurs qu’un phénomène paranormal se déroule chez eux. Je pense entre autres à cet épisode où un couple vivant dans une maison mobile hantée subit des assauts démoniaques. Le mari, un gros bonhomme un peu lent, prononce malencontreusement le nom de Bélial deux ou trois fois (le nom est même brouillé en post-synchro pour épargner nos oreilles sensibles!) et, paf, le voilà possédé. Avec un manque de conviction suspect, il se sent faible tout d’un coup. L’équipe se précipite pour réciter une prière d’exorcisme et le sauve. Minable.

On nous refera le coup avec d’autres médiums invités qui prétendront être attaqués par des esprits dérangés par leur présence, à moins que ce soit par le mauvais goût consommé de l’émission.

Je pourrais décortiquer les épisodes un par un, mais à quoi bon? Il s’agit de télé-réalité et il ne fallait pas s’attendre à des miracles d’honnêteté intellectuelle. Je ne compte pas regarder les saisons suivantes, il y a des limites.

# Les commentaires sont fermés.

2 Commentaires

  1. Merci pour l’avertissement, j’éviterai avec plaisir ! Il semble y avoir une exploitation éhontée dans le domaine et une absence de sens critique des réseaux qui les présentent.

    • Les réseaux — entre autres History — font parfois semblant de donner la parole aux esprits critiques, mais c’est peine perdue: la majorité des spectateurs préfèrent le sensationnalisme, alors s’échiner à déboulonner les mythes et les superstitions ne risque pas de faire augmenter les cotes d’écoute.

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