Abraham Lincoln: Vampire Hunter — le film

Abraham Lincoln Vampire Hunter film À sa sortie, le film Abraham Lincoln: Vampire Hunter a reçu son lot de critiques négatives et, après avoir visionné le DVD, je dois reconnaître qu’elles sont méritées. Le film s’avère décevant malgré sa bande-annonce spectaculaire. Rétrospectivement, je me dis que celle-ci aurait dû me mettre la puce à l’oreille: en effet, elle repose sur une série de cascades qui n’apparaissent nulle part dans le bouquin. Suspect. Sauf qu’avec le nom de Tim Burton bien en vue, et même s’il n’est «que» le producteur, je me disais qu’il devait au moins y avoir quelques bonnes surprises.

J’avais trouvé le livre sympathique entre autres par la façon dont il dépeignait Abraham Lincoln comme un personnage tourmenté par la mort tragique de ses proches. De plus, le récit montrait bien que sa carrière de politicien chasseur de vampires n’a pas décollé du jour au lendemain. L’auteur s’est donné la peine de décrire les événements qui ont pavé la voie de Lincoln vers la présidence, faisant de lui une menace redoutable pour les vampires sudistes. Or, une adaptation cinématographique exige des sacrifices. Mais si le format d’un film ne permet pas de rendre fidèlement le contenu d’un roman, le scénariste (Seth Grahame-Smith, l’auteur) n’a pas fait les bons choix pour autant.

La psychologie du personnage a été dessinée à gros traits bien gras, réduisant Lincoln à un grand dadais brûlant d’un désir de vengeance. Son amour de la lecture et ses talents d’orateur sont à peine esquissés, alors qu’ils ont joué un rôle crucial dans la lutte du héros contre les monstres. Il a beau dire «The pen is mightier than the sword», on sent que le coeur n’y est pas. Et avouons que l’acteur, Benjamin Walker, n’est pas terrible non plus: il joue son personnage avec toute la finesse d’un poteau de téléphone, au milieu d’une distribution qui montre un certain professionnalisme malgré les scènes nunuches. Même la hache qu’il brandit a plus de caractère que lui.

Les scènes d’action vont trop loin, je n’en demandais pas tant. Les vampires qui se projettent d’un mur à l’autre comme s’ils avaient vu The Matrix, la course effrénée sur le dos d’un troupeau de chevaux affolés, l’attaque du train suivie de la traversée d’un pont en flammes, ça va toujours trop loin. Timur Bekmambetov, le metteur en scène, a aussi réalisé la série de films Nightwatch, dans laquelle ce genre de cascades était plus approprié. Ironiquement, les personnages de Nightwatch montraient aussi plus de subtilité même s’ils se flanquaient des raclées mémorables.

J’ai beaucoup aimé l’aspect effrayant des vampires qui rappelle que nous avons affaire à des monstres, et non à des créatures romantiques qui font palpiter le coeur des demoiselles. Mais ce qui m’a agacée, c’est de voir comment leurs capacités surnaturelles sont constamment mises en échec par des humains qui semblent avoir spontanément développé les mêmes compétences. Les créatures sont décrites comme étant plus rapides et plus résistantes que les vivants et pourtant, le héros les tue à coups de hache. Pires sont les scènes de fusillades où les chasseurs prennent le temps d’armer leur fusil alors que les vampires courent vers eux. S’ils traversaient un terrain de football, je ne dis pas, mais il s’agit la plupart du temps de quelques mètres.

Par ailleurs, la construction du film laisse à désirer, les ellipses sont lourdes, les flash-back sont maladroits et les rebondissements sont naïfs. Bref, on frôle le ratage total et c’est bien dommage.

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Un commentaire

  1. Vous relevez en effet certains points qui m’ont ennuyé, à commencer par les ellipses (notamment au niveau de la montée progressive des responsabilités pour Lincoln), qui sont ici bien trop abruptes. Par contre, si Walker ne m’a pas semblé particulièrement convainquant lorsqu’il campe le jeune Lincoln, il s’en sort mieux à l’âge adulte. Reste en effet que les Nightwatch / Daywatch de Bekmanbetov sont autrement plus réussi que ce Abraham Lincoln : Chasseur de vampire, même si je n’ai pas non plus détesté le film et les choix esthétique. Dommage cependant que l’auteur du roman lui-même n’ait pas réussi à donner judicieusement corps au scénario.

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