Kill the Dead — Richard Kadrey

Kill the DeadJ’avoue n’avoir qu’un souvenir vague de Sandman Slim de Richard Kadrey, que j’ai lu pour passer le temps pendant que je me morfondais, malade, au fond de mon lit. Mais le style et le personnage m’ont assez marquée pour avoir eu envie de lire la suite, Kill the Dead.

James «Sandman Slim» Stark se fait suer en remplissant des contrats pour la Golden Vigil — une faction secrète et ésotérique du Département de la Sécurité intérieure assez similaire au Bureau for Paranormal Research and Defense dans la série Hellboy — lorsqu’un contrat lucratif lui tombe enfin entre les mains. Lucifer vient de s’installer à Hollywood pour superviser le tournage d’un film portant sur sa vie. Même s’il détient l’âme de la plupart des grosses légumes du milieu, l’ange déchu est vulnérable et requiert les services de Stark comme garde du corps. Sans surprise, le boulot s’avère plein d’imprévus. Mais Stark s’inquiète aussi de la multiplication des morts-vivants en ville. Comme son titre le laisse entendre, Kill the Dead est une histoire de zombies, sauf qu’ici, Sandman Slim n’est plus dans son élément: la charogne ambulante, il n’y connaît rien du tout. Il fait donc ses classes auprès de Brigitte Bardo, une tueuse de zombies qui a jusqu’ici gagné sa vie comme actrice porno en Europe. De cadavre en cadavre, Stark découvre l’existence du Jackal’s Backbone (l’Échine du Chacal) où s’entassent les âmes des morts.

Pulp, macabre, hardboiled, noir… vous verrez ces termes revenir souvent dans les critiques des bouquins de Kadrey. L’univers dans lequel évolue James Stark est impitoyable et ultraviolent. Le lecteur n’en fait pas une dépression pour autant: les personnages affrontent la fatalité en montrant les dents et en sortant les griffes, si bien que personne n’a réellement le temps de s’apitoyer sur son sort. Le cynisme monumental de Stark (imaginez Garfield élevé par la famille Adams) joue aussi beaucoup dans le plaisir de la lecture, même si on se demande parfois si quelque chose l’atteint encore à part le fantôme d’Alice, sa douce moitié décédée. Le sarcasme est omniprésent dans Kill de Dead alors que l’auteur aligne les one-liners comme un mafieux achèterait un casino avec des billets de vingt.

Tout le monde est une sorte de freak à Los Angeles, à divers degrés. Il y a un éventail de créatures surnaturelles (anges, démons, vampires, succubes et autres essences moins classiques), les magiciens de la communauté Sub Rosa et les Lurkers qui les accompagnent. Stark fait une foule d’allusions à ce qui se fait au cinéma et à la télé, surtout qu’il possède un club vidéo et vit en compagnie de Kasabian, une tête animée qui a une fixation sur les films d’horreur. J’avais déjà noté l’influence de Hellboy et de Constantine, et je constate maintenant que l’auteur regarde aussi Supernatural: la mère de Stark possédait autrefois une Impala, et un autre personnage a vécu à Lawrence au Kansas. Comme quoi l’univers de la fantasy urbaine est vachement méta.

Il y a un pépin évident avec cette formule: le lecteur doit se contenter de personnages plutôt minces. L’auteur fait un effort pour développer son antihéros (le récit se déroule de son point de vue), mais celui-ci passe le plus clair de son temps à chercher les ennuis, quand ceux-ci ne le trouvent pas. Nous ne savons pas réellement ce que son entourage fait toute la journée, ce qui est un peu regrettable vu l’originalité des personnages. Le directeur de la Golden Vigil, par exemple, est un fondamentaliste qui a mis Lucifer sur la liste des terroristes les plus recherchés. Vidocq est un alchimiste qui a raté l’une de ses potions et s’est retrouvé immortel. Lucifer ne trouve plus l’Enfer à son goût et souhaiterait renégocier son retour au Ciel. Bref, il y a matière à développement, sauf que celui-ci laisse à désirer.

Néanmoins, je vous laisse lire les paragraphes d’ouverture pour que vous vous fassiez une idée. Qui sait si ce n’est pas le coup de pied occulte que vous recherchiez?

Imagine shoving a cattle prod up a rhino’s ass, shouting “April fool!”, and hoping the rhino thinks it’s funny. That’s about how much fun it is hunting a vampire.

Personally, I don’t have anything against shroud eaters. They’re just another kind of addict in a city of addicts. Since most of them started out as civilians, the percentage of decent vampires to complete bastards is about the same as regular people. Right now, though, I’m hunting one that’s trying for a Nobel Prize in getting completely up my ass. It isn’t fun work, but it pays the bills.

The vampire’s name is Eleanor Vance. In the Xeroxed passport photo Marshal Wells gave me, she looks like she’s about seventeen. Probably because she is. A pretty blond cheerleader type with big eyes and the kind of smile that got Troy burned to the ground. Bad news for me. Young vampires are all assholes. It’s part of their job description.

Le prochain volet des aventures de Sandman Slim s’intitule Aloha from Hell et paraîtra dans les jours à venir.

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