Sur la terre comme au ciel — Caroline Bossant

Sur la terre comme au ciel“Study your math, kids. Key to the Universe.”
— Gabriel, The Prophecy.

On dirait que je n’ai pas beaucoup de chance avec les romans mettant en scène des anges. Déjà, La Malédiction des anges, ne m’avait pas beaucoup enthousiasmée. Sur la terre comme au ciel, le premier roman de Caroline Bossant, ne répond pas non plus à mes attentes. Certaines critiques sur Amazon sont dithyrambiques, mais moi je trouve que la recette manque de subtilité, car recette il y a: les films Prophecy et The Seventh Sign saupoudrés de longs passages du livre d’Hénoch, le tout versé dans le moule Twilight et servi sans trop remuer.

Comme trame de fond, nous avons la lutte entre Azazyel et Gabriel pour l’âme de Marie Procula. L’archange et la femme s’aiment, s’aiment, s’aiment, mais leur nature différente complique les choses, parce que le Très-Haut pourrait ne pas être d’accord. L’histoire se passe à New York où différentes personnes sont impliquées malgré elles dans cette lutte, notamment deux policiers qui ne savent pas trop comment gérer la situation.

J’aimerais donner un résumé plus précis, mais j’éprouve beaucoup de difficulté à discerner la ligne directrice du roman. Celle-ci repose en grande partie sur des dialogues entre Marie et Gabriel, elle lui demandant ce qu’il veut à la fin, et lui répondant par énigmes ou par phrases grandiloquentes. Comme il y a beaucoup de ces échanges, j’ai fini par sauter des pages en cherchant la suite des développements. Détail qui n’arrange rien, le style de l’auteure est quelque peu fleuri, voire bizarroïde par moment. «Elle avait embrassé la mort et celle-ci ne l’avait pas envolée.» «Sous le porche fébrilement éclairé…» «Un frisson dévala le long de sa colonne.» «Il s’approcha de Marie, toujours assise, qui éleva ses prunelles en lui tendant la main.» Et l’auteure semble avoir une fixation sur le ton des personnages, surtout Gabriel, dont elle module la voix d’une réplique à l’autre sans laisser le loisir au lecteur d’imaginer le rythme des dialogues.

Comme je le mentionnais précédemment, l’histoire se déroule à New York, plus précisément en mars «de nos jours». Je n’ai rien contre ce choix, mais lorsqu’on situe son histoire dans un pays étranger, il est préférable de faire une recherche approfondie sur les façons de faire là-bas. Ça aurait évité, par exemple, de se retrouver avec une procédure policière farfelue. Deux anges se tapent sur la gueule en pleine ville et l’un d’eux est laissé mort, le coeur arraché. Une fois qu’il est clairement déterminé que la créature n’a rien d’humain (avec sa peau bleue et ses ailes de plusieurs mètres), à qui la police locale fait-elle appel? À la NSA, qui veille sur la sécurité nationale? Au DHS, récemment mis sur pied pour contrer d’éventuelles menaces terroristes? Au CDC pour voir si la créature ne transporte pas un quelconque agent pathogène? Non, je vous le donne en mille. C’est un agent du FBI (un seul) qui vient prêter main-forte! Il est complètement hors de sa juridiction, le pauvre. Même Mulder et Scully auraient eu un mal fou à justifier leur présence. Dans le cas de la présence d’un ange — un monstre mythologique selon les standards humains —, une cellule de crise formée par le gouvernement n’aurait pas été de trop.

Mais le pire est la façon dont l’auteure a pillé The Prophecy de Gregory Widen (1995), en reprenant telles quelles les images et les meilleures répliques du film. Les anges cachent leur identité sous de longs manteaux et la trahissent à l’occasion par leurs yeux noirs, par une marque d’identité imprimée sur la peau, ou par cette habitude de se percher sur des supports fragiles. Ils sont mortels sur Terre, mais comme ils sont dotés d’une force surhumaine, seul un ange peut en tuer un autre, et encore, il doit arracher le coeur de son adversaire. L’ange mort qui se retrouve à la morgue constituant une preuve embêtante, Gabriel se dépêche de brûler le corps après avoir forcé les humains présents à s’assoupir. Il y a même un manuscrit inconnu de l’Église en circulation et des scènes où des anges s’empalent joyeusement. C’est sans parler des répliques de Christopher Walken et d’autres acteurs (comme Steve Hytner, qui joue le légiste rigolo) qui se retrouvent dans la bouche de plusieurs protagonistes du roman. Une fois le pillage de The Prophecy terminé, nous passons à The Seventh Sign de Carl Schultz (1988).

Je ne ferai pas la liste de tous les romans où l’auteur s’inspire de films hollywoodiens, c’est une pratique répandue. Le problème, ici, c’est le copier-coller maladroit, une méthode un peu juvénile plus apparentée à la fanfiction qu’à l’écriture professionnelle. Il y a d’autres problèmes aussi, plus causés par l’inexpérience. La collection ne s’appelle pas «Les Nouveaux Auteurs» pour rien. Néanmoins, une direction littéraire plus rigoureuse n’aurait pas fait de tort.

Je vous laisse sur la bande-annonce de The Prophecy, un film qui vaut la peine d’être vu pour le cabotinage de Christopher Walken et les excellentes répliques de tout le monde.

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8 Commentaires

  1. Daniel Sernine

    Un rip-off de Prophecy chez un éditeur clueless? Peut-être est-ce l’immortelle Marie-Pier Côté qui l’a écrit sous un pseudonyme?

  2. J’aurais préféré que l’auteure se contente de s’inspirer du film. Là, c’est vraiment trop pareil, surtout que j’ai vu The Prophecy quatre ou cinq fois (j’ai le DVD à la maison). En fait, ça aurait été mieux qu’elle invente ses propres anges.

  3. Les anges vont-ils remplacer les zombies et les vampires ?

    Ton billet donne une seule envie : regarder The Prophecy.

  4. Les zombies ne sont pas aussi sexy que les anges. :-) Mais si ces derniers veulent remplacer les vampires, ils ont intérêt à modifier leur approche! Autrement, les néphilims semblent connaître un regain de popularité sur Internet, ou bien je m’imagine des choses…

  5. Je viens de terminer The Prophecy, c’était pas mal du tout. Certains effets spéciaux sont un peu quétaines, mais Christopher Walken en Gabriel, c’est imparable. Et Viggo Mortensen est superbe. Un très bon moment.

    J’imagine que pour rester sur une bonne impression, il ne faut surtout pas regarder The Prophecy II, The Prophecy III, The Prophecy: Uprising et The Prophecy: Forsaken ?

  6. J’ai trouvé The Prophecy II nunuche et je n’ai pas vu le troisième volet, mais il paraît qu’il est meilleur. Quant à Uprising et Forsaken (qui ne mettent plus en scène Walken et présentent un nouveau Lucifer), tu peux lire mes critiques!

  7. Mais Laurine, tu es une spécialiste de l’univers étendu de The Prophecy, ma parole.
    C’est très suspect.

    Après la bit-lit, je propose la création d’une nouvelle catégorie : l’angelit.

  8. Anges, vampires, loups-garous… tout ça, c’est de la fantasy urbaine pour moi. Du ça-se-peut-pas en ville, quoi.

    Et, pendant qu’on y est, il me semble avoir lu quelque part (je n’arrive plus à trouver la référence, grrr) que le premier film était basé sur un roman. Est-ce que quelqu’un sait quelque chose à ce sujet?

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