L’échafaudage

Plus j’écris, plus je raffine mes outils. Parfois, je le fais au lieu d’écrire, ce qui revient à une forme de procrastination. C’est aussi par goût d’exploration: le processus d’écriture me fascine, j’en ai souvent parlé ici. Et je me suis demandé si mes outils pourraient servir à d’autres…

Quand j’ai écrit mon premier roman, je ne savais pas tellement comment m’y prendre. Je me suis créé une poignée de fichiers: un fichier d’idées en vrac, un autre décrivant la ville fictive de Saint-Nicaise-du-Sabot, une liste de personnages (que j’avais nommée, prétentieusement, dramatis_personae.txt). Deux synopsis (synopsii? en fait, selon le Wiktionnaire, ce sont des synopses au pluriel). Mes synopses étant fort détaillés, j’avais mon chemin tracé d’avance, ce qui me rassurait. Le résultat m’a paru un peu mécanique par endroits, mais ça s’est amélioré à la réécriture.

Pour le deuxième, je me suis donné plus de liberté. Le synopsis avait un début en béton et devenait de plus en plus… vaporeux, disons, en allant vers la fin. Je le précisais et l’étayais à mesure que je découvrais mes personnages et leur manière de faire. Si mon synopsis était plus flou, mon système de fichiers était plus solide. J’avais pu voir quels fichiers étaient les plus utiles et comment je pouvais les organiser pour éviter les redondances autant que possible. Mon système m’a rendu la réécriture un peu plus facile; le roman (qui pourrait paraître cette année, oui oui) ne s’en portera que mieux.

Le troisième est une drôle de bête. Moins ambitieux que le deuxième, mais un peu plus déjanté. (Ça parle de quoi? Ça sort quand? Il est trop tôt pour en parler…) Mes idées prennent de drôles de chemins, si bien que j’ai envisagé, pour une première fois, d’écrire des scènes dans le désordre. Je ne l’ai pas fait, mais j’en suis venu à écrire à un rythme différent. J’ai pris une pause, aussi, pour perfectionner encore mon système de fichiers. C’était plus que de la bête procrastination: j’ai choisi d’en faire un produit.

C’est un système qui s’est bien prêté à l’écriture de trois romans plutôt différents, alors il peut bien convenir à d’autres auteurs aussi. Vous pouvez le trouver en vente sur mon site en ce moment-même: je l’ai appelé « l’échafaudage » .

Quand j’ai commencé à écrire des romans, j’ai trouvé de bons conseils à gauche et à droite, mais rien qui soit tout à fait un système concret et complet. Il existe des logiciels qui prennent tout en charge, mais ceux-ci me paraissent justement trop entreprenants ou trop complexes, en général. L’échafaudage est ce que j’aurais aimé pouvoir utiliser dès le départ: une structure claire qu’on peut utiliser à sa manière.

Loin de moi l’idée de pousser tout le monde à adopter mes méthodes de travail. Mais si vous cherchez une manière d’organiser vos idées et de vous dépêtrer dans vos projets de romans, j’ai peut-être quelque chose pour vous. Vous trouverez tous les détails sur mon site.

Et maintenant que la chose est lancée, rassurez-vous: je cesse de fignoler mes outils et je retourne à l’écriture de mes romans.

# Les commentaires sont fermés.

6 Commentaires

  1. J’avoue que ça m’intrigue et que je suis tenté… :-)

    Par curiosité, le système que tu propose est-il le fruit de ton expérience seule ou bien l’as-tu déjà ajusté en demandant l’avis d’autres écrivains?

    J’imagine que les rétroactions des premiers « clients » t’aideront à ajuster le produit? :-)

  2. Quand j’ai commencé à écrire des romans, j’ai consulté bon nombre de blogues d’écrivains pour connaître leurs méthodes de travail. J’ai adopté quelques trucs à gauche et à droite; puis, à mesure que je travaillais, je voyais ce qui marchait le mieux pour moi, j’épurais et je rendais l’ensemble plus cohérent. Bref, ça provient d’une synthèse et de mon expérience de travail. Je n’ai pas obtenu d’avis de romanciers établis sur le produit final, mais je serais curieux d’en avoir (j’ai montré le produit à quelques personnes, tout de même).

    > J’imagine que les rétroactions des premiers « clients » t’aideront à ajuster le produit? :-)

    Tout à fait. J’ai l’impression que les ajustements se feront surtout sur deux plans:
    – la compréhension (rendre le manuel aussi clair que possible)
    – l’extension (proposer des fichiers supplémentaires pour des besoins plus spécialisés)
    Le coeur de l’échafaudage est assez simple et je ne m’attends pas à ce qu’il change énormément.

    Les clients profiteront de leurs rétroactions: si je produis une nouvelle version, je l’enverrai à tous ceux qui ont acheté la première.

  3. luis

    Moi, j’ai préféré y aller au pif et faire toute une série d’essais et d’erreur. J’ai lu une multitude de livres sur le comment écrire et publier comme si chaque écrivain devait en pondre un dans sa carrière, mais ça ne m’a jamais dispensé de faire beaucoup de travail d’écriture et de réécriture pour faire mien certains de ces conseil.

    Ce que j’appelle ma méthode se résume en quelques points:

    1 Suivre une idée qui me fait assez vibrer pour que je veuille persévérer jusqu’au bout.

    2 Travailler régulièrement sur ce projet.

    3 Jouer sur l’aire sémantique des principaux thèmes pour trouver su vocabulaire et des jeux de mots.

    4 Lors des réécritures, convertir les principaux blocs de narration en dialogue et rajouter un peu d’action dans les longs dialogues.

    5 Éliminer toutes les approximations qui peuvent donner une impression de mépris et de suffisance.

    6 Trouver les phrases à qui il manque des mots qui leur font perdre leur sens

  4. Bons principes dans l’ensemble, quoique l’équilibre de la narration et du dialogue en particulier puisse être délicat. J’évite de mettre trop de dialogue, mais le bon dosage varie beaucoup d’un auteur à l’autre.

    Quelques-uns de mes principes:
    – couper, condenser et enrichir tout à la fois
    – faire vivre l’histoire en allant dans les détails
    – respecter les personnages
    – expérimenter pour éviter de stagner.

    Pour ceux que ça intéresse, voici (en anglais) des conseils pratiques de vingt-trois auteurs sur l’écriture de livres (fiction et non-fiction — enfin, surtout non-fiction).

    D’autres principes à partager?

  5. Pas de principes mais une citation d’Oscar Wilde épinglée sur mon babillard: « Appuyez-vous sur les principes, ils finiront bien par céder ».

    :-)

    (Ceci dit, si j’ai cette citation sur mon babillard, c’est en référence à autre chose que le domaine littéraire… mais ça peut s’appliquer au présent sujet :-) )

  6. Je ne sais pas si c’est archiconnu comme technique, mais un truc que j’ai importé dans mon écriture de fiction et qui me vient du théâtre concerne la personnalisation des dialogues.

    Quand je retravaille un projet, je me fais des fichiers avec toutes les répliques importantes des différents personnages. Ça me permet de les uniformiser côté niveau de langue, mais également de doter chaque personnages d’expressions, de tons, de mots de vocabulaire qui lui sont propres.

    C’est pas nécessairement évident pour le lecteur, mais je crois que ça crée des ambiances et que ça aide à ne jamais se demander qui vient d’intervenir dans un dialogue.

Un blogue, trois auteurs, une multitude d'univers à explorer.
  • Derniers commentaires

  • Derniers billets

  • Archives par date

  • Archives par sujet