L’édition en transition

Il se passe des choses intéressantes dans le monde de l’édition. Généralement, avec l’engouement croissant pour les livres numériques, et spécifiquement, avec les cas Eisler et Hocking dans le monde anglophone.

Barry Eisler faisait parler de lui ces derniers temps pour avoir refusé le demi-million de dollars que lui offrait une maison d’édition « traditionnelle » pour ses deux prochains romans. Il a choisi de se publier lui-même plutôt. Lui et J.A. Konrath, lui-même adepte de l’auto-édition, ont publié une longue conversation (13 000 mots) où ils explorent le raisonnement d’Eisler et spéculent sur l’avenir de l’édition. Si vous hésitez à vous taper tout le texte, vous pouvez jeter un oeil à ce survol par Lee Goldberg. (Goldberg, un auteur de polars, a beaucoup blogué sur les questions d’auto-édition et d’édition numérique. Sa série de billets « You can become a Kindle millionnaire » relate ses expériences dans la publication électronique de ses romans épuisés.)

Comme pour épicer le débat, Amanda Hocking, qui connaissait un succès monstre avec ses romans auto-édités, a accepté un contrat de deux millions de dollars pour ses quatre romans a venir (de la part de l’éditeur auquel Eisler a tourné le dos, eh oui). Un pro du marché traditionnel et une nouvelle star auto-éditée qui « changent de camp » en même temps… Il fallait bien qu’on les assoie face à face pour discuter de la chose, ce que fit (virtuellement) Ted Weinstein, agent littéraire. La conversation Eisler-Hocking offre des contrastes intéressants.

Que ressort-il de ces discussions?

Le paysage et la place qu’on y occupe

Les chiffres sont impressionnants, mais prenons le temps de mettre les choses en perspective. Eisler et Hocking écrivent en anglais et ont donc accès à un énorme marché. Tous deux écrivent dans des genres qui se vendent bien. Eisler écrit des thrillers (il a déjà travaillé pour la CIA). Hocking a commencé sa carrière avec une série où une protagoniste de dix-sept ans tombe en amour avec un vampire.

C’est intéressant de voir où chacun en est dans sa carrière et comment la décision de chacun en découle. Barry Eisler est un auteur bien établi qui connaît les rouages de l’industrie. Il s’est fait un nom; ce qu’il aimerait maintenant, c’est d’obtenir plus d’argent et d’avoir un plus grand contrôle sur la présentation et la promotion de ses livres. S’il vend lui-même sur Kindle, par exemple, il reçoit 70% du prix de vente plutôt que le 14.9% qui lui resterait sur la vente de ses versions numériques en passant par une maison d’édition.

Amanda Hocking, elle, débute à peine, bien qu’elle ait déjà publié un nombre effarant de romans. Elle en a écrit beaucoup dans ses temps libres; l’an dernier, elle a commencé à les offrir en versions électroniques (à 2,99$) et en versions papier imprimées à la demande. Elle estime ses recettes à au moins 1,5 millions de dollars. Elle discute de son nouveau contrat d’édition candidement malgré que celui-ci n’ait pas encore été finalisé. En publiant ses prochains romans de façon « traditionnelle », elle perd beaucoup de contrôle, mais se libère d’une bonne part du travail de promotion et de coordination qu’elle devait auparavant assumer seule. Elle peut aussi gagner en visibilité auprès de certains lecteurs qui ne l’auraient jamais découverte autrement. Si ces nouveaux lecteurs achètent ensuite ses livres auto-éditées, elle en sort gagnante.

Dans leur discussion avec Weinstein, tous deux soulignent qu’ils ne représentent pas des camps opposés. C’est une notion qui me plaît dans ce nouveau paysage: un auteur a maintenant la possibilité de varier ses approches. Rien n’empêche d’auto-éditer certaines oeuvres et d’en publier d’autres par des voies traditionnelles, selon les particularités de chaque oeuvre et les visées de l’auteur à ce moment-là. (L’auto-édition numérique peut être très rapide: il me semble qu’elle se prêterait particulièrement bien à des oeuvres brèves conçues pour être dans l’air du temps, pour commenter le climat actuel.)

Le rôle de l’éditeur

Le débat amène souvent la question: les maisons d’édition telles qu’on les a toujours connues sont-elles encore pertinentes ou sont-elles appelées à disparaître? Un détail qui m’a frappé dans la conversation entre Eisler et Konrath, c’est l’utilisation du terme legacy publisher. J’imagine que ça se traduirait à peu près par « maison d’édition traditionnelle », mais la manière dont le terme est utilisé ici semble indiquer carrément la désuétude. On parle de ces legacy publishers comme s’il s’agissait de rois décadents qui seront fauchés très bientôt par la révolution numérique.

Il faut reconnaître que d’aucuns peinent à se repositionner dans le marché actuel et prennent parfois de fort mauvaises décisions. J’aurais tout de même voulu lire une discussion plus approfondie du rôle de l’éditeur. Lorsque Konrath et Eisler abordent le sujet, on voit apparaître un terme-clé du grand débat: gatekeeper. Les éditeurs « gardent la porte » qui sépare les auteurs de la publication et donc de leurs lecteurs. Pour le meilleur et pour le pire.

Le meilleur: ils choisissent et polissent les meilleures oeuvres pour assurer une certaine qualité au lectorat. Certains auteurs s’inquiètent de la qualité du contenu dans le nouveau paysage (sur le blogue de Goldberg, encore). Moi aussi, mais je sens que si j’en parle ici, ce billet sera deux fois trop long…

Le pire: les legacy publishers protègent une énorme institution qui prospère sur le dos des auteurs. Mais que se passe-t-il si un auteur désire s’affranchir de ce système?

L’avenir

Eisler concède que les legacy publishers restent utiles pour ce qui est de la publication sur papier, et que l’auteur, s’il se publie lui-même, doit se charger d’une foule de tâches autres que l’écriture. Certains font tout eux-mêmes, d’autres ont recours à divers services et collaborateurs: Hocking, par exemple, a un agent et s’est mise de plus en plus à embaucher des pigistes pour l’édition, les couvertures, etc. Elle verrait bien de tels pigistes s’organiser en équipes et offrir des solutions de publication pour un prix fixe plutôt que pour un pourcentage des ventes. Weinstein, un peu plus loin, imagine trois nouveaux modèles que les agents, eux, pourraient adopter.

Konrath, lui, parle de e-stributors (terme affreux, mais enfin): des entités qui seraient à la fois gérant, éditeur et distributeur — pour la publication numérique à tout le moins. Celles-ci assureraient le travail de publication pour un pourcentage bien moindre que ce que l’auteur devait concéder auparavant. Dean Wesley Smith s’est empressé d’exprimer son désaccord, d’où une autre conversation où il explore, avec Eisler et Konrath, ce que ça implique de payer des gens pour éditer un livre.

Deux détails me frappent en lisant ce dernier texte:

  • tous trois sont des do-it-yourselfers invétérés: chacun s’auto-édite en gérant tous les aspects de la chose et doit donc avoir un certain talent pour le marketing et les affaires en général, ce qui n’est pas donné à tous les auteurs
  • Konrath, en particulier, publie chacun de ses livres numériques via une foule de services différents et fait même l’effort de modifier (et donc re-publier) toutes ces versions de temps à autre pour tenter de hausser ses ventes

Il revient à chaque auteur de décider combien de temps et d’énergie il est prêt à consacrer à tout ce qui n’est pas l’écriture elle-même. Pas simple, comme choix.

Et ici?

Qu’en est-il du marché francophone, et plus particulièrement du marché québécois? C’est ce que je veux explorer. Je perçois d’emblée deux désavantages:

  • le marché est plus petit
  • le lectorat est moins habitué à la distribution numérique

De plus en plus de livres québécois sont disponibles en version numérique, que ce soit via Archambault, Renaud-Bray, LivresQuébécois.com… Combien de lecteurs en profitent? Le Kindle, lancé en 2007, a mis deux ans avant d’arriver au Canada. La publication directe sur Kindle n’est devenue possible qu’en janvier 2010 pour les auteurs hors des États-Unis (et se fait seulement en dollars américains et en livres sterling). Pour publier en français dans le iBookstore d’Apple, je crois qu’il faut encore attendre (et qu’il faudra peut-être se procurer un ISBN). Pour l’auto-édition sur papier, il y a entre autres Lulu.com, qui semble vouloir fonctionner en français, mais pas en dollars canadiens. (Lulu propose aussi de publier en numérique, mais les liens « comment faire » sur cette page en français mènent à des explications en anglais…)

Bref, j’ai l’impression que les outils satisfaisants pour publier en français sont encore rares et récents pour la plupart, et je ne sais pas où en sont les habitudes de lecture en numérique.

Ce qui m’amène à vous tendre le micro. Je suis curieux:

  • que sont vos habitudes de lecture devenues? lisez-vous des livres numériques? dans quel(s) format(s), et sur quel(s) engin(s)?
  • avez-vous tenté de vous auto-éditer en français, soit en version numérique, soit sur papier via un service d’impression à la demande? avec quel succès?
  • quels sont vos désirs et vos craintes par rapport aux changements qui agitent le marché de l’édition?

Ajout (5 avril 2011): Pour alimenter le débat, quelques exemples que je voulais inclure et que j’ai oubliés:

  • Machine of Death, une anthologie écrite par des créateurs de webcomics, offerte gratuitement en PDF, qui a aussi connu un succès inattendu en version papier sur Amazon
  • Jeff Vandermeer, un auteur de fantastique réputé, lançait récemment Cheeky Frawg Books pour offrir certaines de ses oeuvres en version numérique (avec un fini plus professionnel que bien d’autres, à première vue)
  • et pour en revenir au paysage québécois: La maison des viscères, une maison d’édition électronique spécialisée dans l’horreur, qui compte publier à l’automne une première anthologie de trois novellas
# Les commentaires sont fermés.

29 Commentaires

  1. Merci pour ce survol du débat, j’étais passé à côté (il y a tellement de choses qui se disent et s’écrivent sur le livre numérique en ce moment…).

  2. Joel Champetier

    Je rassure publiquement tous les éditeurs traditionnels. Je ne refuserai pas un demi million de dollars d’avance pour mes deux prochains romans.

  3. J’ai lu quelques éditions numériques, toujours sur mon portable. Je ne sais pas si l’expérience serait différente avec une liseuse, mais disons que je ne suis toujours pas convaincue.

    Et pour ce qui est de mes craintes… après tout ce temps à travailler pour me faire publier traditionnellement, c’est un peu décourageant de voir l’auto-édition numérique menacer de submerger le marché déjà minuscule.

    Le boulot d’éditeur, ça reste de faire un tri et de forcer les auteurs à se botter le derrière! lol!

  4. Daniel Sernine

    Sauf que l’auto-édition, sans direction littéraire [compétente], c’est souvent n’importe quoi. Toutefois ça marche, puisque le public préfère le n’importe quoi…
    Mais bof, on ne se rappellera rien de ces débats quand on sera alzheimer dans nos lits souillés…
    (Constat de la semaine: le verbe gésir ne se conjugue pas au futur.)

    • Tiens, ce verbe est encore plus bâtard que je pensais… Semble-t-il qu’il aurait déjà eu un futur:
      « Dupré 1972 indique que ,,l’ancien futur (…) était gîrai plutôt que gésirai« , les deux formes sont attestées chez les aut. Je gésirai la tête fracassée sur un pavé (Balzac, Honorine, 1843, p. 380). Bientôt, tout de mon long, je gîrai par terre, les mains ouvertes (Claudel, Tête d’Or, 1901, p. 207). »

  5. @Daniel : Le public ne préfère pas le n’importe quoi, mais le public est généralement peu intéressés à se casser la tête à choisir quelque chose. Alors il achète la saveur de la semaine. Un auteur auto-édité qui passerait à Tout le monde en parle verrait sa fortune faite je crois, que son texte soit bon ou mauvais.

  6. Moi aussi, je lance un gros merci, car ces débats étaient présents chez moi (mon chum étant un nerd en puissance qui travaille dans le développement logiciel ^_^ , il lançait souvent la question et je n’avais pas de réponse).

    Réponse à la question #1 : Personnellement, je ne lis pas encore des livres numériques, mais c’est peut-être qu’une question de temps. Il y a quelque chose de de précieux, à mon avis, avec le livre imprimé… Je vis plus ou moins le même genre de « déchirement » entre le dessin/peinture traditionnel et le digital; chacun possède ses qualités et ses défauts qui lui sont propres. Il y a aussi quelque chose de « collectionneur » dans l’idée d’avoir une super bibliothèque remplis d’une multitude de bouquins, mais en même temps… ça prend beaucoup de place!!

    # 2: Non, je ne pense pas m’auto-éditer, peu importe sur quel médium… en tout cas, pas dans l’immédiat, car étant novice, je donne une grande importance au travail d’équipe auteur / éditeur. Peut-être le ferais-je quand j’aurais plusieurs titres publiés à mon actif, que j’aurai plus d’assurance et plus de connaissance du milieu… mais encore! Je suis de ceux/celles qui ont bien du mal avec le côté marketing.

    Je préfèrerai encore que les « éditeurs traditionnels » ouvrent la voix avec l’option du livre numérique, pour que, comme proposé par Konrath (Konrath, lui, parle de e-stributors (terme affreux, mais enfin): des entités qui seraient à la fois gérant, éditeur et distributeur — pour la publication numérique à tout le moins.)

    # 3 Je dois admettre que je ne suis pas certaines de vouloir regarder les répertoire de livre (traditionnel ou numérique) auto-publié. Je suis presque convaincue qu’on pourrait y trouver de tout et de rien, c’est-à-dire « bonne chance pour trouver le livre qui est bien écrit et qui a valut la peine »; du moins, c’est la peur qui fait que je ne regarde même pas!

    Avec un éditeur derrière, on a au moins une certaine assurance qu’il y a eu une révision et une supervision littéraire, on vient à connaître les éditions et leur collection, bref, on a plus ou moins un badge de qualité.

    Maintenant, je dis ça, mais je n’ai pas encore suffisamment l’expérience de l’édition pour savoir et comprendre en profondeur le gain ou la perte de « liberté », par rapport à l’auto-publication ou l’édition…

    Donc, en gros, ma position serait de pousser les « éditeurs traditionnel » à suivre la vague numérique, car oui, ils vont perdre du marcher s’ils ne le font pas (et ça, en soit, me fait un peu peur). Je ne pense pas que tous vont fermer… mais sûrement que tous ne survivront pas à la numérisation…

    J’ai eu le même genre de débat dans mes cours d’arts en 1998, lorsque plusieurs élèves (dont moi), voulaient ensuite aller vers l’infographie, ce qui a fait une vague de peur (est-ce que l’art traditionnel va disparaître?) et de questionnement. Pour ma part, puisque je fais les deux et que j’ai vraiment trempé dans ce doute pendant plusieurs années, j’en suis arrivée à cette conclusion:

    À chaque fois qu’un nouvel art, ou une nouvelle technologie apparaît, on craint pour que le traditionnel meurt. Lorsque l’appareil photo est apparu, on a craint que ce soit la mort des artistes portraitistes. Les portraitistes existent pourtant encore aujourd’hui; ils sont moins nombreux, ils ont moins de notoriété… mais ils se sont spécialisés et ont toujours une place (notamment lorsque le style a évolué vers la caricature).

    Lorsque la caméra vidéo et le cinéma sont nés, on a craint que ce soit la mort du théâtre, pourtant, le théâtre existe toujours, et même que New York Broadway en est une spécialité touristique!! bref, ce n’est pas ce que c’était, mais c’est toujours présent, pour la tranche de société qui apprécie toujours l’art sur scène sans tous les artifices visuels et numériques que le cinéma offre.

    Même chose lorsque l’infographie est arrivé… oui, ça prend une part du marché de l’art traditionnel… mais une œuvre peinte sur toile est un original qui se vend « cher », il y a des « collectionneurs » ou ceux qui, plutôt que d’investir dans l’immobilier, investissent dans les beaux arts… alors que le numérique offre la possibilité de faire une multitude de copies à moindre coût.

    Je pense que c’est ce qui attend maintenant l’édition. De nouvelles avenues, plus de choix, la fermeture de certains, l’ouverture de d’autres… jusqu’à ce que chacun ait pris sa place sur le marcher et que le tout se stabilise.

    Souvenez-vous, on n’a pas grandit avec des cellulaires, des GPS ou l’internet, et aujourd’hui, on dit presque tous « Comment faisait-on avant l’invention de (…) ??? »

  7. J’adore le livre numérique. J’adore aussi le livre papier. Ce qui importe pour moi, c’est ce qu’on raconte entre les deux couvertures. C’est certain que j’aime avoir un beau livre entre les mains, mais entre un format poche et un électrolivre, je vais probablement choisir le moins cher ou le plus facile à obtenir (ou celui avec l’illustration la plus gore). Un gros avantage des livres numériques est qu’ils permettent de distribuer des livres rares, épuisés ou encore trop spécialisés. Je ne saurai assez remercier l’électrolivre de m’avoir permis de lire pour pas cher des dizaines de romans d’horreur publiés par le small press américain.

    En ce qui concerne l’auto-édition, je suis chaleureusement pour dans le cas où des auteurs republient des livres déjà publiés pour lequels ils réacquièrent les droits. Encore, un auteur déjà publié qui autopublie un livre pourra probablement proposer un produit de qualité. Mais le petit nouveau qui s’autopublie parce qu’il est impatient où qu’il est refusé partout, j’hésite…

    Finalement, le livre électronique a un gros avantage sur le livre papier : la simplicité de la distribution. Ça permet à des fans zélés (genre moi et Alamo St-Jean, voir http://www.visceres.com/) de faire des projets d’édition qui auraient parus perdus d’avance sans ces nouvelles façons de distribuer la littérature.

  8. Jerome

    A mon avis le monolithe qu’est devenu l’édition va mourir. Et on va voir apparaitre de nouveaux acteurs dans le monde de la publication.
    Aujourd’hui l’édition regroupe le marketing, la distribution, la correction/polissage, dans l’avenir toute ses facettes seront des services séparés.
    La libertée de choix que l’auteur aura sera probablement plus grande, il ne sera plus une vache à lait, mais un décideur. Il ne sera plus obligé de se plier au exigence d’un marché protégé mais il discutera directement avec son public.

    Ce n’est pas de l’auto-publication mais de la publication-libre!

  9. Ouf Jérôme, sans vouloir briser votre rêve utopique, je suis tout en fait en désaccords avec votre propos! Sans raucunes… ;)

  10. Daniel Sernine

    La liberté, pour le meilleur et pour le pire, inclut la liberté d’étaler son ignorance.

  11. Je partage les inquiétudes de certains: il va se publier beaucoup de n’importe quoi, ça va de soi. Je ne crois pas que ça submergera le bon matériel pour autant: il restera des structures qui cultiveront la qualité (soit des maisons d’édition traditionnelles, soit des entités remplissant certaines des mêmes fonctions), et il émergera d’autres outils pour faire le tri.

    Nous sommes déjà submergés par le n’importe quoi: je vous écris en ce moment sur un blogue qui n’est soumis à aucun contrôle, et qui partage le web avec des sites racistes, de la slash fiction Harry Potter/Pikachu, et une vidéo d’un hamster mangeant du popcorn sur un piano. Vous pouvez accéder à toutes ces choses aussi rapidement et facilement que vous accédez à ce billet.

    Je soupçonne le web d’être à la fois le problème et la solution. Je ne passerais peut-être pas des heures à fouiller sur Amazon pour trouver un trésor parmi les titres auto-édités offerts sur Kindle. Par contre, j’achèterais peut-être Machine of Death parce que je lis les webcomics de certains des auteurs depuis que je les ai vus recommandés par d’autres gens qui produisent du matériel de qualité que je consomme depuis que des amis ou des blogueurs en ont parlé… et ainsi de suite. Le « bouche à oreille » sur le web aide à détecter la qualité. (Et je suis curieux de voir ce que produira la Maison des viscères… j’allais en glisser un mot dans mon billet mais ça m’a échappé, je vais retourner de ce pas y ajouter des exemples.)

    J’apprécie beaucoup le travail de certains éditeurs, tant au niveau de la direction littéraire qu’au niveau de la sélection, de la recherche de nouvelles voix. Une maison d’édition qui a une vision claire et aide le lectorat à découvrir de nouveaux auteurs ou de nouveaux genres vaut son pesant d’or. Certaines font de leurs livres des objets spéciaux (Subterranean Press semble être de ceux-là) et j’y trouve un cachet que le numérique ou l’impression sur demande n’a pas. Je reste fasciné par les nouvelles possibilités et par la multiplicité des approches maintenant disponibles.

    • Mario Tessier

      Je suis justement en train de lire _Machine of Death_. C’est excellent, à la fois pour l’idée de départ ainsi que pour les textes produits. Je te le recommande.

  12. Oh, et pour contribuer à mon propre sondage:
    – je lis beaucoup sur mon ordinateur, mais seulement des textes brefs, quoique j’aie lu un livre entier sur mon netbook faute d’en avoir apporté un en papier. Je songe sérieusement à me procurer un lecteur électronique (plus encore pour lire du contenu gratis que pour acheter des livres numériques), mais il s’agira de trouver un modèle satisaisant…
    – je publie depuis longtemps des textes courts sur mon site web, tout bêtement, sans les vendre. Je prévois mettre quelque chose (pas de la fiction) en vente d’ici l’été.
    – quant à mes désirs et mes craintes, j’en ai déjà glissé un mot; j’y reviendrai peut-être dans un autre billet.

  13. @Éric : Par contre, sur le web, tout est gratuit. Est-ce que les gens seront prêts à acheter des livres électroniques? Surtout après s’être faits avoir une fois ou deux avec des publications de mauvaise qualité?

  14. Il y a au Québec d’excellents éditeurs bien établis et sur qui on peut compter. Mais la notion que les maisons d’édition traditionnelles passent les manuscrits au filtre et garantissent ainsi une forme de qualité n’est pas une vérité infaillible. Les mauvais éditeurs poussent comme des champignons, parfois même à grands coups de subventions. Les romans mal foutus ne sont pas rares et ça n’a rien à voir avec le numérique.

  15. Daniel Sernine

    Tout à fait d’accord, Laurine. Je suis bien placé pour en voir passer des tonnes… enfin, disons des kilos.

  16. Merci Éric pour ce billet très intéressant.

    De mon point de vue de lecteur, les choses n’ont pas tellement changé en ce qui concerne le roman en tant que tel. Je suis chaque mois davantage submergé par une interminable pile de lectures papier, et le temps de m’intéresser au numérique manque vraiment.

    Du côté de l’éditeur, je me sens vraiment jeté en pâture aux loups, et j’aborde le monde numérique avec beaucoup de déception. Alors qu’on parle de facilité et de rapidité, je ne rencontre que de la complexité, des frais additionnels et des lecteurs « tronches » hyper-perfectionnistes, qui oublient que l’essentiel d’un livre, c’est son contenu… pas la façon dont tu peux le mettre en page avec ton gadget à la mode, ou les options d’hypermédiation qui viennent avec.

    J’étais hyper-d’accord avec le livre en tant que PDF. C’est simple et facile à produire. Mais lorsqu’on parle de EPUB, MOBI et autres formats truffés de possibilités superflues, le projet de numérisation de mon catalogue d’éditeur repasse en fin de liste… j’ai des Salons du livre à faire, des rapports à remplir, des livres à produire et à vendre, j’ai un autre emploi, j’ai une vie à vivre et je n’ai pas 1000$ à mettre sur le MÊME LIVRE DÉJÀ PUBLIÉ pour faire plaisir à quelques puristes.

    Pour moi, le numérique doit être un format de sortie possible lorsqu’un livre est mis en page pour impression, quelque chose qui prend 5 minutes à faire et qui ne coûte pas des frais hallucinants de plus. Ou, encore, à l’instar de La Maison des Viscères, ce droit être un choix de support.

    J’embarquerai à fond dans le numérique quand ce sera aussi simple que de marcher et mâcher de la gomme en même temps. Pour l’instant, c’est comme de faire courir un personnage d’un jeu de NES dans un tableau rempli de trous… c’est long en @¢%! »/$ quand tu es obligé de recommencer tous les tableaux depuis le début…

  17. @Gen (13): C’est certain qu’on peut lire longtemps sans avoir à rien payer, et du bon matériel de qualité professionnelle en plus (Cory Doctorow, pour n’en nommer qu’un, qui publie « traditionnellement » mais qui offre simultanément des version numériques gratuites de ses livres). À savoir si les gens seront prêts à payer, et quelles expériences ils auront… ça dépend de leur approche. Le bouche à oreille aide à « juger » avant d’acheter. Aussi, tout auteur qui a des livres à vendre peut offrir des échantillons gratuits sur le web; un lecteur peut commencer par lire ces échantillons pour décider s’il achètera quelque chose de cet auteur. Les lecteurs qui achètent à l’aveuglette, en se fiant uniquement sur le look ou le résumé d’un livre, risquent d’être déçus et, oui, de ne plus acheter.

    Cela dit, comme Laurine le souligne, on trouve aussi des mauvais livres sur les tablettes des libraires. Si j’achète un mauvais livre en librairie, je risque de ne plus acheter de cet auteur-là, voire de cet éditeur-là, mais je ne cesserai pas d’acheter des livres en papier.

    @Guillaume: merci de nous offrir le point de vue d’un éditeur. J’avoue que la multiplicité des contenus, des services de vente en ligne et des appareils de lecture me rebute en tant que consommateur, et qu’elle ne facilite pas le travail des éditeurs. Cory Doctorow a réglé le problème à sa manière: il offre ses livres dans quelques formats « faciles » et laisse ses lecteurs en produire d’autres qu’il ajoute ensuite à son site. Ça marche pour lui puisqu’il a beaucoup de lecteurs enthousiastes et qu’il ne vend pas ces versions numériques; une maison d’édition pourrait difficilement fonctionner ainsi.

    (Doctorow est un incontournable dans ce genre de discussions… Je mentionnais son recueil auto-édité With a Little Help dans les commentaires d’un autre billet touchant à l’auto-édition et le numérique. Un cas intéressant, même si ce n’est pas donné à tout le monde — loin de là — de monter un tel projet.)

  18. Je suis un auteur qui a décidé de passer par l’autoédition après avoir été microédité chez Lokomodo, pour un recueil de nouvelles SF.

    J’ai vendu près de 560 exemplaires papier de mon dernier roman de science-fantasy en un an grâce à l’impression à la demande. J’ai mis mon livre en version ePub sur iBooks et sur le site Babelpocket.fr, mais pour l’instant, j’en suis à 5 ventes seulement. J’ai choisi de privilégier Apple et d’ignorer volontairement Mobipocket, Amazon et Numilog, car Apple me donne 70% par vente de livre, contre 50% pour Numilog, 45% pour Mobipocket et seulement 35% pour Amazon, n’étant pas résident du Canada, du Royaume Uni ou des Etats-Unis (si ça avait été le cas, j’aurais eu 70% chez Amazon). C’est une démarche militante pour moi d’ignorer Numilog, car je trouve qu’un auteur ne doit pas accepter qu’un distributeur virtuel prenne 50% là où les librairies physiques prennent 30 à 35%.

    J’ai une liseuse électronique, dont je me sers souvent. L’autre jour sur un salon, j’ai croisé une lectrice âgée qui me disait avoir abandonné la lecture à son grand regret à cause de ses yeux fatigués. Quand je lui ai fait une démonstration de la possibilté de redimensionner les caractères sur l’écran d’une liseuse, elle a semblé reconsidérer sa décision.

    Enfin, concernant la discussion Eisler/Konrath, il y a aussi un fait intéressant, c’est qu’ils estiment qu’à partir du moment où il y a pléthore de livres numériques autoédités, les structures de type « Gatekeeper » vont naturellement se mettre en place, mais parmi les lecteurs. Je ne sais pas si vous avez fait un décompte des blogs francophones parlant de littérature. Je crois qu’il y en a largement plus de 300. Ces blogs seront certainement appelés à jouer un rôle plus important dans l’avenir. Un rôle de tri.

    Les solutions seront trouvées, je n’en doute pas.

  19. Joel Champetier

    Un chiffre qui peut contribuer au débat: 97

    Tous mes romans chez Alire sont aussi disponibles en format numérique, et la somme des ventes dans ce format pour 2010 est de 97 copies. C’est la première année que mon éditeur fait le décompte, alors il n’est pas facile de tracer une tendance avec un seul datum. Considérant que ce total est réparti sur 7 titres, c’est pas encore énorme. On a vendu 5 copies de _L’Aile du papillon_. On s’entend que je ne suis pas une célébrité, que les thèmes explorés dans mes romans ne sont pas particulièrement à la mode et que je n’avais pas de nouveauté en 2010. Par contre, mon éditeur fait plus de promotion que la moyenne des éditeurs québécois.

    S’il s’agit de ventes qui n’auraient pas eu lieu si les livres avaient été exclusivement disponibles en papier, ce serait pas si mal, car je reçois plus par vente internet que par vente papier. Mais pour l’instant, il est clair que les résultats ne compensent vraiment pas le temps et la somme d’énergie considérable que l’éditeur a mis dans l’entreprise.

    Pour l’instant, pour mon éditeur et moi, c’est encore de l’investissement. On s’encourage en se disant qu’une fois que le travail est fait, on n’a plus à le refaire. Pas besoin de réimprimer. À long terme, quel sera l’impact?
    On essaiera d’y penser l’année prochaine, pour voir s’il y a eu progression dans mes ventes…

  20. Michel J. Lévesque

    Selon moi, le livre électronique ne supplantera jamais le livre papier. Tout simplement parce que le numérique n’est pas un meilleur produit que le papier. L’imprimerie est l’une des plus grandes inventions de l’homme. Ce n’est pas de l’ordre de la télé, de l’ordinateur ou même de l’Internet, c’est encore plus grand : le livre papier, c’est la roue et le feu.

  21. Des petites statistiques, juste pour le fun…

    Selon mes listes de livres sur Goodreads, j’ai lu, en 2010, 36 livres papier vs 4 livres numériques (faut dire que j’ai eu mon lecteur à la mi-année). Pour le 1er tiers de 2011, j’ai lu 3 livres numériques, vs 7 papiers. Ces chiffres ne comptent pas les livres, numériques ou non, que j’ai achetés sans les lire…

  22. alice

    Salut à toutes et tous,
    très intéressant débat & discussion itou… J’avoue pencher du côté du papier, ayant lors de mes études d’art travaillé comme stagiaire chez un imprimeur qui faisait du « Beau-Livre » (les majuscules sont de lui), entendez par là imprimé sur des papiers précieux (type velin ou chiffon), composition à la main avec des petites lettres en plomb ajustées une à une, encrage au rouleau, assemblage et reliure manuelle, etc, etc.
    Du livre comme un objet d’art, quoi.
    Passionnant, mais fatalement condamné à plus ou moins courte échéance, vu le peu de public fidèle concerné… Et pourtant, un beau texte imprimé avec tant de savoir-faire artisanal et de beau matériel, quelle merveille ! C’est vrai que ça décuple l’émerveillement de la lecture…

    Pour autant -et quoique je sois de nature assez rétive à l’usage de l’informatique et autres technologies, question de goût et d’aptitude personnels- je ne refuse pas en bloc le livre informatique.

    Le livre papier, sans aller dans l’extrème du « Beau-Livre », me semble plus humain, c’est vrai. Mais il est certain qu’il ne sera bientôt pas plus à la portée du tout-un-chacun que le livre informatique, vu que tout le monde se balade maintenant avec son joujou électronique en poche, wifi intégrée et tout le toutim (mon seul regret est que ces techno-gadgets soient encore incapables de touiller la mayonnaise ;) hum… je me comprends…). Je dirai même que la tendance serait bien capable de s’inverser plus rapidement qu’on ne le pense, question démocratisation de l’outil.

    De plus, et quoique je sois décidément inconditionnelle du papier (quel plaisir de feuilleter un bouquin tout frais imprimé ! De reconnaître le grammage rien qu’au toucher !), comment raisonnablement défendre l’édition papier dans son ensemble (j’inclus volontairement tout ce qui est imprimé sur papier, pas seulement les livres), quand on connaît les ravages écologiques qui sont liés à toute l’industrie de sa fabrication, depuis l’exploitation forestière, la fabrication de la pâte à papier proprement dite, son conditionnement et son transport, jusqu’aux techniques d’impression particulièrement polluantes elles aussi (encres et solvants « propres » existent, ainsi que les filières de recyclages efficaces, mais combien d’imprimeurs et d’éditeurs y ont recours ?), sans oublier les ratés, les livres passés au pilon, les tonnes de publicités quotidiennement jetées…
    C’est sûr, l’industrie du papier est l’une des plus polluantes qui soient. C’est sûr aussi, comme le dit Michel J. Lévesque ci-dessus, l’invention de l’imprimerie est réellement une très grande invention, une invention majeure (encore qu’elle ait étranglé pas mal de traditions -et par là de civilisations- orales en passant, mais c’est un autre débat). C’est sûr aussi que le livre informatique ouvre une formidable port à l’auto-édition, et portera sûrement à la connaissance du public son lot de génies de l’écriture, comme son lot d’abrutis de bas étage (excusez-la).
    Bon.
    À quoi peuvent mener ces constats ?
    Faut-il nécessairement opposer les écoles ?
    Je ne pense pas: les deux ont leurs qualités. Une combinaison intelligente des deux pourrait mener à une baisse du gâchis de papier et donc de la pollution liée déjà évoquée, tout en conservant le plaisir réel de tenir un objet fabriqué feuilletable de bonne qualité. Dans quelles proportions, ça reste à voir. Le débat reste entier. Personnellement, j’aime lire des petits textes sur ordinateur, mais un bouquin entier, je baisserais les bras très vite pour cause de migraine.
    Et puis, indubitablement, le livre papier, comme l’apprentissage de l’écriture cursive, c’est aussi le geste humain qui fait « le beau pour le beau ». Qu’est-ce-qui est le plus émouvant: une écriture « bâton » ou une écriture cursive, souplement tracée avec soin ? J’en entends déjà me répliquer que le moyen importe peu, et que le contenu est plus important que le contenant, et là-dessus je suis bien d’accord. N’empêche que quand, en plus, le contenant se fait aussi beau que le contenu… Alors là, quelle émotion !

  23. Alan évoque le confort de lecture possible avec le numérique (agrandissement des caractères), mais il néglige un détail : pour un astigmate comme moi, tout écran rétro-éclairé est difficile à lire et nécessite le port de lunettes. Alors que je peux lire la même taille de caractères sans lunettes sur papier, ce qui repose beaucoup mes yeux en fin de journée. Bref, chaque format a ses avantages.

  24. @Gen Le Sony Reader, et la plupart des eInk et autres technologies du genre, ne sont pas rétroéclairés. Selon moi, c’est le même confort que le papier.

  25. @Guillaume Pourquoi est-ce que je me sens visé lorsque tu parles de PDF/ePub/etc.? :-)

    Je suis auteur à mes heures et je dois avouer que l’auto-édition m’a souvent tenté. Par contre, je sais par expérience qu’après avoir travaillé sur un texte des heures durant, il me faut un éditeur pour pousser plus loin l’oeuvre. Je n’oserais pas (encore) publier une nouvelle sans qu’elle ait passé par les mains d’un éditeur.

    Je pourrais aussi vendre mes nouvelles via Kindle, etc., mais j’ai plutôt décider de les donner, par paresse. C’est plus simple de partager gratuitement des fichiers dans des formats simples (HTML, par exemple) et de laisser le lecteur les convertir à son gré, sans avoir à se casser la tête pour ajouter ses textes dans différents catalogues (Amazon, iBookstore, etc.)

    Pour ce qui est de mes habitudes de lecture, c’est passé de 16/1 (papier vs. électronique) à 4/17 entre 2007 et 2010 (http://www.fortrel.net/blog/2011/02/13/mes-habitudes-de-lectures-au-fil-des-ans/) À prix égal, je vais opter pour la version numérique.

    Pour ce qui est de la qualité, je suis, comme Éric, d’avis qu’il y a déjà beaucoup de matériel de mauvaise qualité de disponible, que ce soit sur papier ou sur le web. Lorsque je choisis un livre, je me fis aux recommandations de mes amis, aux critiques sur Internet, etc.

  26. Nouvel élément au dossier: J. K. Rowling publiera elle-même les éditions électroniques des romans de Harry Potter.

  27. Beaucoup de gens ici oublieent certains aspects qui me semblent assez centraux.

    Le phénomène de l’autoédition littéraireaux États-Unis concerne en premier lieux «backlist», ces romans épuisés sur lesquels l’auteur a repris les droits. Les textes ont déjà bénéficié de la direction litéraire. Des auteurs, dont certains nommés plus haut, sont débarqués sur ce marché avec une trallée de livres de qualité, sur lesquels ils avaient déjà fait leurs sous, et les ont proposé pour des prix variant entre ,99$ et 2,99$. Vous savez quoi? Je crois que tous les auteurs devraient faire la même chose.

    Le boom des ventes de livres électroniques concerne en majorité des guides pratiques (comme comment monter son bbq) ou moins pratique (croissance personnelle), ou des livres spirituels, bref des trucs pour lesquels les aptitudes littéraires sont secondaires.

    D’autre part, le phénomène de l’édition est radicalement différente aux États-Unis, entre autres parce que la plupart des éditeurs ne veulent pas vous voir si vous n’êtes pas présenté par un agent. Il y a là un doublement du phénomène des «gatekeeper».

    Enfin, le livre électronique est voué à un démarrage lent, étant donné le prix des liseuses. Ce prix a déjà chuté énormément et devrait continuer de baisser (certains prédisent même la gratuité sous certaines conditions, comme pour les cellulaires). Pour différentes raisons, certaines bonnes, d’autres discutables, les livres numériques en français sont beaucoup plus chers que leurs concurrents en anglais (à 15$ contre 1$, même à qualité pas forcément équivalente, le choix est vite fait). Il n’y a que deux modèles qui fonctionnent en distribution internet: l’achat impulsif (itune, appstore) et l’abonnement (netflix). 15$ pour un livre n’est pas un achat impulsif.

    En attendant, les possesseurs de tablette comme moi on largement de quoi s’alimenter avec l’abondante offre de chef-d’œuvres immortels du domaine public, tout-à-fait gratuit.

Un blogue, trois auteurs, une multitude d'univers à explorer.
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