Storm Front — Jim Butcher

Storm FrontEh, oui! Dix ans après tout le monde, j’ai enfin lu le premier tome du cycle «The Dresden Files» de Jim Butcher. Ces romans mettant en vedette Harry Dresden, un détective-sorcier de Chicago, s’inspirent un peu de ceux de Laurel K. Hamilton, l’auteure de la série Anita Blake. Dans un univers d’urban fantasy où le surnaturel mène son train-train quotidien parmi les humains (ici, à leur insu), Dresden donne un coup de main à la police quand une affaire sort de l’ordinaire et a des relents de ça-se-peut-pas. «The Dresden Files» suit une recette éprouvée où l’univers des vampires, des loups-garous, des magiciens et des fées se fond dans celui des polars mettant en scène des détectives, des séductrices et des mafiosos.

Le titre Storm Front fait référence à un magicien noir qui utilise l’énergie dégagée par les orages pour faire exploser à distance le cœur des gens. Dresden est convoqué par la police sur les lieux du premier crime, celui d’un couple mort au milieu de ses ébats. La fille travaillait comme escorte pour une maquerelle vampire et le type était le garde du corps d’un puissant mafioso. Manque de pot, si la police presse Dresden de trouver le modus operandi du magicien noir, la mafia préférerait qu’il ne se mêle pas de cette histoire. Des personnages clés du monde surnaturel pensent carrément que Dresden est le meurtrier, ce qui lui assure des ennuis à n’en plus finir. Une journaliste friande d’histoires jaunes lui colle au train et, comble du comble, tout semble indiquer que le meurtrier a l’intention de régler le compte du détective. Les choses deviennent vite compliquées et, comme dans tout bon polar qui se respecte, Dresden n’a pas beaucoup de temps pour résoudre le mystère.

Harry Dresden est le genre de personnage qui porte l’équivalent d’un costume de superhéros. Il arpente les rues de Chicago vêtu d’un pardessus et d’un chapeau noir, un accoutrement qui le fait ressembler au fils illégitime de Solomon Kane et de Dick Tracy. Un bâton magique orné de runes vient compléter le tout. N’est pas Dirty Harry qui veut, cependant. Dresden a les genoux flageolants devant des corps ensanglantés. Il se prend régulièrement des raclées parce qu’il tombe sur plus fort que lui. Côté magie, il n’est pas non plus un premier de classe: il possède un nombre limité de formules à son répertoire et, pour concocter des potions, il doit recourir aux connaissances encyclopédiques d’une entité lubrique confinée dans un crâne.

Butcher essaie de faire passer l’idée que Dresden traîne un lourd passé et menace à tout instant de tomber du Côté obscur de la magie. Cet aspect de l’histoire ne fonctionne pas trop. Le héros ne convainc personne qu’il a la poisse mortelle de Constantine ou le grain de folie d’Anakin Skywalker. Dans la seule scène où cette idée semble vouloir lever, Dresden en a sa claque parce qu’il a beau essayer de bien faire, il ne réussit qu’à se mettre tout le monde à dos et à accumuler les menaces de mort. Il rappelle alors un geek qui se fait harceler à l’école et qui est sur le point de péter les plombs.

L’ambiance du roman est noire, mais ce n’est pas non plus Sin City. On dirait que l’auteur a un peu de mal à repousser certaines limites et à sortir du registre 13 ans et plus. Je vais donner la chance au coureur et lire le deuxième roman pour voir comment les choses évoluent, mais si je remarque que le personnage reste toujours le même, je ne crois pas que je me rendrai au douzième volume!

Je me laisserai sûrement tenter par la série télévisée qui n’a duré qu’une saison. Les cotes d’écoute ne sont pas toujours une référence fiable pour juger de la qualité d’une série, comme j’ai pu le constater avec Carnivàle et Firefly. C’est à suivre.

# Les commentaires sont fermés.

6 Commentaires

  1. … »des relents de ça-se-peut-pas ». Joli!

  2. Après la lecture du deuxième tome, je crois que c’est la série au complet qui pourrait bien avoir des relents de ça-se-peut-pas… au niveau de la direction littéraire!

    Ce n’est pas dépourvu de qualités, mais c’est du manger mou pour le cerveau.

    (Soupir.)

  3. Hello Laurine,

    J’avais justement fait la critique des trois premiers tomes des Dresden files pour Solaris et je n’ai pas insisté au-delà du 3ème tome. Même si la prose s’était amélioré un peu, il y avait trop de choix qui m’irritaient — et que l’auteur ne pouvait abandonner par respect de son univers. À commencer par le personnage principal et ses jurons-plus-que-grotesques :-) (Je ne sais pas pour la version anglaise mais en Français, je levais les yeux au ciel à chaque fois…)

    Si ma mémoire ne me trompe pas, je crois que j’avais trouvé à l’époque que Butcher avait toujours des bonnes idées à la base de ses histoires (je pense au troisième tome, surtout) mais qu’il gâchait tout en les inféodant à l’univers de Dresden — i.e. s’il écrivait des récits indépendants de sa série ce serait peut-être plus intéressant. Mais restait le problème de sa prose…

  4. Merci de me signaler ces critiques. La dernière en date se trouve d’ailleurs en ligne. Après en avoir fait la lecture, je conclus que le troisième volume se digère mieux que les précédents? C’est bon à savoir.

    J’ai un peu de mal à expliquer ce qui m’irrite avec cette série jusqu’ici. Souvent, j’ai l’impression que tous les personnages se comportent comme des adolescents. Ils sont prompts à se disputer, à bouder et à laisser les pires malentendus s’infecter comme une plaie au lieu d’avoir une conversation d’adulte et tirer les choses au clair. La personnalité de Dresden laisse entrevoir trop de naïveté par moment pour qu’on le prenne au sérieux. Et je n’aime pas qu’il s’adresse directement au lecteur; ça me donne l’impression que c’est l’auteur qui nous explique quelque chose sans savoir comment s’y prendre plus subtilement.

    Au moins, Butcher est assez habile pour construire une trame mystérieuse qui se déroule en arrière-plan des enquêtes de Dresden: le fonctionnement du Conseil Blanc (nom qu’il a probablement piqué à Tolkien), la mort de ses parents, l’intérêt que sa mère portait pour la magie noire et toutes ces choses.

    Et en version anglaise, les jurons passent très bien. Ils sont presque tous à connotation religieuse si l’on oublie l’incontournable fuck. Autrement, c’est holy shit, dammit, hell et l’occasionnel «Holy [quelque chose] Batman!». Et le juron qui fait sa marque de commerce est Hell’s bells, que je trouve sympa. C’est peut-être celui-ci qui a souffert d’une traduction malheureuse.

  5. C’est drôle, je relis ma critique et je trouve plutôt… très gentille :-) Ça devait être la nouvelle lune, coudonc.

    Pour les jurons de Dresden, en français c’était des trucs comme « Par la cape de David Copperfield » et autres expressions avec la même élégance… Déjà qu’une fois ça passe mal, à répétition ça devenait une souffrance. :-)

    Si je me souviens bien, le troisième volume se diggérait mieux, oui, et l’idée de base derrière l’intrigue était intéressante (d’où mon commentaire que Butcher pourrait concevoir de bons romans d’épouvante hors Dresden). Mais il possédait son lot d’irritants — et quand Solaris a eu le service de presse du quatrième tome, je n’ai pas insisté pour le lire… Si tu le lis, je serais curieux de voir si ça te donne le goût de poursuivre. Moi pas en tout cas :-)

  6. Si je poursuis la lecture, ça risque d’être en anglais: bouquins plus petits, pas d’accrocs de traduction. Les bouquins de Bragelonne sont jolis, mais je les trouve massifs. Le format poche a ses avantages pour les histoires vite digérées.

    Cela dit, j’ai beau critiquer, les deux premiers livres Dresden publiés chez Penguin (ROC Fantasy) n’ont même pas un format identique! Ils ont la même largeur, mais le premier est beaucoup plus «haut». C’est ridicule! Quand on publie une série, on garde le même format, sinon ça fait broche à foin.

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