The Breach — Patrick Lee

The BreachThe Breach n’est pas tout à fait le roman que j’envisageais, même si j’ai un peu de mal à décrire mes attentes initiales. J’espérais peut-être un récit touffu avec une importante galerie de personnages et une structure narrative complexe. Après tout, c’est un thriller! En réalité, il s’agit du premier tome d’une série mettant en vedette un dénommé Travis Chase, un bonhomme au passé douteux et aux talents multiples, qui s’adapte instinctivement aux situations les plus extrêmes. Si The Breach est représentatif de la suite, il faut alors prévoir une série qui plaira aux lecteurs recherchant une lecture captivante et qui ne sollicite pas trop leur matière grise.

L’action déboule dès les premières pages. Travis Chase vient de passer quinze ans en prison et se lance en solitaire dans les montagnes de l’Alaska pour y trouver quelques moments d’introspection. Son expédition tranquille prend fin lorsqu’il découvre qu’un Boeing 747 sans identification s’est écrasé dans la neige et que les secours semblent l’ignorer. Presque tous ses passagers sont morts, y compris la femme du président des États-Unis. Chase réussit toutefois à sauver Paige Campbell, que des truands torturent dans l’espoir de mettre la main sur une dangereuse sphère omnisciente et sociopathe, le Whisper. Bien sûr, en sauvant la dame en détresse, Chase se retrouve dans les ennuis jusqu’au cou. Il est mêlé à une conspiration majeure où une organisation internationale tente de protéger une incroyable technologie des efforts d’un supercriminel dont les moyens semblent sortir d’un film de James Bond.

La brèche du titre est une ouverture dans l’espace-temps créée accidentellement par des scientifiques et qui recrache quotidiennement des objets de toutes sortes, certains très dangereux, dont le fameux Whisper que tout le monde tente de s’approprier. Personne ne sait ce qui se trouve de l’autre côté de l’ouverture, mais les gouvernements importants du monde entier travaillent de concert pour protéger le secret de son existence.

Comme on peut le voir, The Breach est une série d’action, avec des scènes d’action et des personnages d’action. Le héros s’appelle Travis Chase, après tout, pas Jean-Pierre Gingras. De là des situations assez typées avec un facteur «wow» très élevé. De nombreuses scènes n’ont pour but que de faire monter l’adrénaline chez le lecteur et l’obliger à tourner les pages pour connaître la suite. Ce n’est qu’après coup qu’on se rend compte que ces situations n’ont pas de sens. Dans la vraie vie, elles auraient des répercussions internationales majeures, ce qui n’arrive jamais dans le roman. Est-ce que la femme du président des États-Unis avait une bonne raison de se trouver dans ce Boeing? Non, mais sa présence crée un effet plus percutant. Il y a aussi une effroyable scène de massacre où des dizaines de Zurichois trouvent la mort. Réaction dans la presse? Aucune. Par son haut niveau d’improbabilité, The Breach ressemble à un épisode de Fringe. Si on lit le roman sous cette perspective, on peut passer un très bon moment de détente, mais pas autrement.

L’auteur ne se complique pas la vie, il y a toujours des documents ou des inscriptions qui orientent le héros dans la bonne direction. La femme du président a eu le bon goût de laisser une note explicative avant de mourir. L’un des savants ayant participé à l’expérience qui a malencontreusement provoqué l’ouverture de la brèche a l’heureuse idée de tenir un journal de ses derniers jours. Et le code «secret» laissé par le supervilain (et percé en quelques minutes par le héros — mais pas par des spécialistes qualifiés!) explique le fonctionnement d’un de ses pièges. Pratique!

Travis Chase est censé être un type ordinaire, mais il s’avère bourré de ressources inattendues. Sans surprise, il peut tuer de sang-froid. Il a des pouvoirs de déduction tout à fait étonnants et des aptitudes dans des domaines où il n’a jamais exercé. L’auteur trace au moins une limite au background quasi-obligatoire en arts martiaux: Chase se fait tabasser comme n’importe qui.

Si j’ai l’air de saquer le roman, c’est surtout pour ne pas le faire passer pour ce qu’il n’est pas. Il y a un blurb extatique de Lee Child en couverture qui laisse entendre que The Breach est absolument terrifiant. N’exagérons pas. Les rebondissements ne laissent pas le lecteur s’ennuyer un instant et plusieurs séquences se terminent par des phrases du genre: «Et à ce moment, l’hélicoptère explosa.» Il y a bien un certain niveau d’horreur, car le cadavromètre tourne à plein régime, mais on ne sent jamais que la planète est menacée, notamment à cause de l’absence de conséquences mentionnée précédemment.

Je ne sais pas s’il faudrait inventer une catégorie de SF de gare, ce genre de bouquin qu’on lit avec un plaisir coupable parce qu’il ne requiert aucune réflexion. Lisez-le pendant un long trajet d’avion, en vacances ou un soir où vous êtes trop claqué pour commencer le dernier Dan Simmons. Ce n’est pas du temps perdu, mais contrairement au dicton populaire québécois, on se couche tout aussi niaiseux.

8 commentaires

  1. Encore un auteur coaché par Bob !

  2. Voilà qui explique bien des choses. «Salut Patrick! J’aurais besoin d’un page turner pas trop compliqué dans lequel l’avenir de la planète est en jeu, et où tu me règle la situation en moins de 400 pages (en gros caractères). Allez, au boulot!»

  3. Daniel Sernine

    «Bob» étant…?

  4. Joel Champetier

    Tant qu’à faire, moi non plus je la catche pas. C’est qui « Bob »?

  5. Bob l’éditeur chez Hugin et Munin, celui qui veut faire des gros sous sans se compliquer la vie. (Cherchez le type au cigare.)

  6. Joel Champetier

    Ah! Je ne connaissais pas ce blog. Merci de me faire connaître Bob l’éditeur, un type extrêmement sympathique et dont j’admire le franc-parler! :-)

  7. Mario Tessier

    Je viens juste de lire les commentaires de Bob sur les trilogies, et autres blablalogies de fantasy, dont nous sommes inondés.

    C’est exactement de ce que je pense…

    Vas-y fort, Bob !

  8. Daniel Sernine

    Désopilant.
    Vite, qu’on lui envoie l’œuvre complète d’Anne Robillard!

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