Le Livre des morts — Glenn Cooper

Le Livre des mortsRègle générale, je ne cours plus après les thrillers religieux ni les pseudo essais de la même eau parce que j’ai vite saturé au bout de quelques livres il y a déjà une dizaine d’années. La formule est trop semblable d’un ouvrage à l’autre et le propos s’articule souvent autour d’une incroyable conspiration qui serait impossible à gérer dans la vraie vie. Mais il arrive de temps à autre qu’un titre me tombe entre les mains, titre que j’arrive à lire jusqu’au bout (contrairement au Da Vinci Code malgré toute ma bonne volonté). Exemple à l’appui, Le Livre des morts, le premier roman de Glenn Cooper. Dans sa version originale anglaise, il a été distribué sous le titre Secret of the Seventh Son aux États-Unis (Harper) et Library of the Dead hors des frontières américaines.

L’histoire débute avec une curieuse série de meurtres à New York: les victimes n’ont aucun point commun et la manière dont elles décèdent ne suit pas un modus operandi. Le seul fil conducteur qui permette de relier ces affaires est une simple carte envoyée à chaque victime la veille de sa mort et sur laquelle est inscrite la date fatidique. L’enquête sur le «tueur de l’Apocalypse» est confiée à l’agent du FBI Will Piper, une tête brûlée qui n’attend que la retraite. Une série de coïncidences heureuses oriente son enquête vers la fameuse Zone 51 où le gouvernement américain mène des opérations pas très catholiques depuis 1947, l’année où le gouvernement britannique l’a mis au parfum d’une découverte archéologique qui pourrait bouleverser le monde. Pire, l’origine du secret remonte au Moyen Âge et s’est développé dans un monastère prospère. La trame du récit se tisse donc d’une époque à l’autre jusqu’à ce que toutes les pièces du casse-tête historico-fantastique soient assemblées.

Le Livre des morts a la remarquable qualité de persuader le lecteur de poursuivre la lecture malgré ses nombreux défauts, issus d’une part du manque d’expérience de l’auteur, mais aussi d’une direction littéraire relâchée. Les protagonistes, par exemple, sentent un peu trop le cliché et la caricature pour être crédibles. Comme ils ont tout le naturel et l’étoffe de personnages hollywoodiens, je me demande si ce détail ne trahit pas certains motifs ultérieurs de l’auteur. Je trouve d’ailleurs ironique que l’un des personnages est un scénariste raté qui souhaite quitter son boulot ennuyeux de pion-conspirateur pour faire fortune à Hollywood.

La partie du récit qui se déroule au Moyen Âge, plus précisément sur l’île de Wight au VIIIe siècle, manque de rigueur historique. Des moines s’extasient devant la faculté d’un enfant prodige à aligner, sans apprentissage aucun, des noms et des dates. L’ennui, c’est que le gamin utilise un calendrier grégorien des plus modernes assorti de chiffres arabes et d’alphabets contemporains. Ensuite, la façon dont ce don est partagé entre plusieurs individus manque de cohérence chronologique. Malheureusement, je ne peux pas entrer dans les détails sans risquer de trop en révéler.

Le Livre des morts reste un thriller efficace malgré sa facture qui sent la formule. L’auteur fait planer le mystère le plus longtemps possible, quitte parfois à faire passer les policiers pour des demeurés afin d’empêcher qu’ils sautent tout de suite aux bonnes conclusions. La façon de passer d’une époque à l’autre est assurée de déboussoler le lecteur et de l’obliger à examiner lui-même les indices avant que les véritables réponses ne viennent.

Une suite est déjà parue sous le titre Book of Souls. Je le lirai peut-être, mais je remarque que l’auteur reprend la même trame en utilisant un prétexte un peu facile. Son troisième livre, The Tenth Chamber (à paraître), pourrait être le coup de grâce, car le scénario sent déjà le réchauffé.

9 commentaires

  1. Moi, tu vois, ce n’est pas tant l’étiquette de « thriller religieux » qui me rebute, mais quand je vois « Zone 51″, je soupire, et laisse le livre sur les tablettes.

  2. Ouais, sauf que la Zone 51 sert ici de décor, de diversion, pas de piste sérieuse. Du moins, pas celle qu’on imagine.

  3. « …une incroyable conspiration qui serait impossible à gérer dans la vraie vie. »

    C’est donc bien dit, et c’est une raison pourquoi je n’embarque plus tellement dans ces histoires: « suspension of disbelief » impossible!

    Et malheureusement, tu as raison : des personnages falots ou clichés n’ont jamais empêché un auteur de réaliser un thriller acceptable, si les autres éléments et la façon de raconter sont au rendez-vous! Je viens récemment de regarder « Légion » en DVD avec mon mari… soupir!

  4. Est-ce que le film était raisonnablement bon au moins? La bande-annonce était de facture courante et j’ai bien rigolé en voyant l’attirail de l’archange Michael. Je vais peut-être me laisser tenter par le DVD.

  5. Joel Champetier

    « Légion » est une sorte de plaisir coupable. L’histoire est parfaitement ridicule et les personnages, comme le souligne Michèle, sont des clichés ambulants. Et malgré tout, l’ambiance est plutôt réussie, au point qu’on se surprend à frissonner pour vrai. Du moins au début. La confrontation finale finit par basculer dans la surenchère qui risque de faire décrocher même la spectatrice la plus indulgente.

  6. Eh. Quand on annonce l’extermination de l’humanité dès la bande-annonce, c’est difficile de ne pas faire dans la surenchère tôt ou tard.

  7. Mon mari a trouvé que cela lui rappelait l’assaut de « Night of the living dead » (je ne l’ai pas vu mais on me l’a raconté) avec plus de guns.

    Oui, Joël, y a un moment émouvant quand l’ange parle au « bon petit gars » du film, sur ce qui lui fait espérer de la nature humaine. Quelques bons punchs.

    En tout cas, Laurine, si t’écoutes ce film, t’entendras plus _jamais_ la petite musique du camion de crème glacée avec la même innocence…

    D’ailleurs, ca a réveillé mon fils qui dormait en haut » (Heye, maman j’ai entendu le camion de crème glacée! »…à 11h00 PM!!!)

  8. Joel Champetier

    Je voulais dire, « surenchère » dans les poncifs de mise en scène tonitruante. J’ai baillé pendant cette interminable « confrontation finale » que j’ai eu l’impression d’avoir vu 20 fois auparavant.

  9. chassaignon-souchon

    j adore !!!!!!

Laisser un commentaire

Votre e-mail ne sera jamais publié ni communiqué. Les champs obligatoires sont indiqués par *

*
*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes: <b> <i> <a href=""> <blockquote>
Si ce n'est pas déjà fait, veuillez prendre connaissance de nos politiques.

Un blogue, trois auteurs, une multitude d'univers à explorer.