Juste avant le crépuscule — Stephen King

Juste avant le crepusculeDistribué par Albin Michel depuis le mois de mars, le recueil de nouvelles Juste avant le crépuscule est la version française de Just After Sunset, initialement paru en 2008. Il me semble que King n’a pas publié ce genre d’ouvrage depuis Tout est fatal (2003). La traduction semble bien se défendre (je n’ai pas lu la version originale anglaise) malgré les trop nombreuses expressions franchouillardes. On souhaiterait de la part d’Albin Michel des textes écrits dans un français un peu plus international. Surtout, on souhaiterait des textes correctement révisés. Ici, les coquilles sont fort nombreuses, surtout du côté de la ponctuation.

La collection comporte treize nouvelles, un chiffre que les superstitieux jugeront inquiétant. Globalement, elles ne sont pas mal même si l’ouvrage ne laisse pas l’impression indélébile de Danse Macabre. Quelques-unes ont retenu mon attention.

«Willa»
Les passagers d’un train victimes d’un déraillement attendent à la station la plus proche qu’un autre train passe les prendre. David cherche sa petite copine, Willa, qui a pris la poudre d’escampette vers la ville la plus proche pour se changer les idées. Elle est la seule à avoir compris leur véritable situation. La nouvelle ne fait pas grand mystère du sort des passagers. Les habitudes de chacun se poursuivent après la mort et les liens d’affection perdurent dans un bar honky-tonk où joue de la musique mélancolique. L’histoire est archi-simple et pourtant, elle fait effet. (Évidemment, elle a ses détracteurs!)

«Vélo d’appart»
Richard Sifkitz doit perdre du poids sinon les ouvriers imaginaires qui décrassent ses tuyaux vont se tuer à la tâche. Il se fait une idée si précise de ces travailleurs en train de dégager une route qu’il peint celle-ci dans son sous-sol et met son vélo d’appart devant. L’exercice aidant, les kilos se mettent à fondre et bientôt, ces cols bleus fantasmés n’ont plus de travail et plus de revenus. Inutile de dire qu’ils sont très mécontents de leur «employeur» et les choses commencent alors à déraper. La nouvelle se dirige en ligne droite vers une conclusion évidente et paf, change de direction à la dernière minute. L’imagination fertile du héros est le vrai moteur de l’histoire et on se prend à souhaiter que le vélo d’appart soit aussi distrayant dans la vraie vie… mais en moins sinistre!

«N.»
Cette histoire racontée sous forme épistolaire met en scène un psychiatre et son patient, le dénommé N., atteint de plusieurs formes prononcées de troubles obsessifs compulsifs. N. a développé ces tics invivables après avoir découvert accidentellement une clairière où la séparation entre notre monde et un univers parallèle menaçant est bien mince. Tous les gestes que fait N. depuis, c’est-à-dire compter, toucher et déplacer, visent à garder le monde en sécurité. «N.» est l’une des meilleures nouvelles du recueil. C’est du King tout craché, mais l’histoire se veut un hommage à Arthur Machen («Le Grand dieu Pan»). La nouvelle a été adaptée en série animée par les bonnes gens de Marvel et de Simon & Schuster. Vous pouvez la visionner ici.

«Un chat d’enfer»
Un vieil homme très riche et mort de peur charge un tueur à gages d’éliminer un chat. Le contrat à l’air facile, sauf que l’assassin se rend vite compte que le vieil homme avait raison sur un point: ce chat n’est pas un animal ordinaire. Probablement la nouvelle la plus sanglante du recueil, «Un chat d’enfer» se termine sur une image horrifiante. L’histoire avait d’ailleurs fait l’objet d’un court-métrage dans Tales from the Darkness en 1990.

Pour connaître tous les détails sur chaque nouvelle, je vous invite à consulter la page de Wikipedia (en anglais).

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3 Commentaires

  1. Laurine,
    Je partage ton opinion sur ce recueil et les nouvelles citées. Je suis de ceux qui ont beaucoup aimé Willa, qui est diablement bien écrite.
    J’avais bien apprécié The New York Times at Special Bargain Rates, Ayana et The Things they left Behind, trois nouvelles qui jouent sur les mêmes thèmes, plus doux, je dirais, mais qui sont aussi représentatives de l’écrivain mature qu’est maintenant King. Things they left… était la première nouvelle intéressante mettant en scène l’après 9/11 à l’époque où je l’avais lue.
    The Cat from Hell date du milieu des années 70 (1975 ou 1977 ?), ce qui explique qu’elle se distingue par ses aspects sanglants… Dans l’univers des spécialistes de King, c’était une des rares nouvelles de l’auteur à n’avoir jamais été incluse dans un recueil. Personnellement, ça n’a jamais été une de mes favorites de l’auteur.

  2. Carfax

    Pourrait-on dire que Stephen King est devenu plus mature dans sa façon d’écrire alors que son inspiration commence à lui faire défaut ?

  3. Hugues: j’avais oublié de mentionner «The Things They Left Behind» dont j’ai pourtant fait la critique lorsque la nouvelle est parue dans un autre ouvrage. J’aurais pu mentionner «Mute» aussi, avec son prêtre amateur de salade de poulet et le héros qui confesse une histoire très très inquiétante. L’histoire est délirante, mais tellement bien racontée qu’on suit ses développements avec curiosité.

    Carfax: Je ne pense pas que l’inspiration fasse défaut à KIng, mais son choix de sujets est parfois curieux.

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