Horns — Joe Hill

Horns Dans la catégorie «Mais où trouvez-vous vos idées?», Horns devrait figurer en bonne place. Joe Hill concocte une histoire simple, mais originale, intelligemment menée du point de vue de deux personnages, et baignant dans une atmosphère douce-amère.

Ignatius Perrish se réveille un matin avec une gueule de bois carabinée et deux cornes sur le front. Il ignore l’origine de ces protubérances et ne se souvient même plus ce qu’il a fait la veille. Ig se rend vite compte qu’il a de plus acquis le pouvoir de faire «parler» les gens: en sa présence, ceux-ci perdent leurs inhibitions et lui révèlent leurs idées les plus noires. Cette faculté pourrait être pratique si Ig n’était pas le suspect numéro un dans une affaire de meurtre, celle de sa petite amie Merrin Williams. Ig a été acquitté, mais les habitants de Gideon (New Hampshire) sont persuadés qu’il s’en est tiré parce que sa famille est riche. La différence, c’est que maintenant ils le lui disent en pleine face et sur le ton de la conversation. Désespéré et ayant perdu le goût de vivre, Ig décide bien sûr d’utiliser ses pouvoirs pour traquer le véritable meurtrier, fût-ce la dernière chose qu’il accomplisse.

Il me semble avoir déjà lu des nouvelles où le héros se retrouve avec des excroissances gênantes qui nuisent au bon déroulement de sa vie sociale. Pensons à «La Mouche» de George Langelaan, par exemple. Mais si je fais abstraction des comic books et des superhéros en général, je ne me souviens pas d’un roman où le principal protagoniste se transforme peu à peu en démon. Il est encore plus étonnant que sous cette forme sulfureuse, il réussit à obtenir une forme de justice (ou de vendetta selon le jugement du lecteur). Ce ne sont que des petites cornes qui lui poussent sur le front au début du récit, mais bientôt, sa peau prend une teinte cuivrée, puis rougeâtre, et son front se dégarnit. Il a tôt fait de ressembler à ces tatouages montrant des diablotins au visage hilare.

Les serpents l’adorent et, dans les bois, devant une congrégation de reptiles extatiques, Ig leur sort un discours génial sur le véritable rôle du diable. Ce chapitre à lui seul a justifié l’achat de Horns à mes yeux. Là encore, l’opinion des lecteurs peut diverger. L’auteur aurait consulté sa sœur, qui est ministre du culte, lors de la rédaction de son roman.

Le meurtrier s’avère être un proche d’Ig et aussi un sociopathe patenté dont le récit nous dévoile le point de vue en détail. Incapable d’empathie, d’amour ou d’affection, il arrive à manipuler les gens et à se sortir aisément des pires situations en jouant avec les codes sociaux. Il est tellement habile à ce jeu qu’il finit par passer pour un type rangé, religieux et fiable qu’un politicien en vue s’empresse d’embaucher. Du coup, le meurtrier devient intouchable. Ce personnage est presque caricatural, sauf qu’on y croit! Tous les autres personnages restent secondaires. À part le frère d’Ig qui est parti faire fortune ailleurs, les habitants de Gideon trahissent la mentalité typique que l’on associe aux petites villes. Peu importe leur profession et leur statut, ils sont retors, mesquins et bourrés de préjugés. Le pouvoir d’Ig a tôt fait d’exposer la psyché peu reluisante de ces petites gens à l’attitude vertueuse.

Les allusions à la religion sont nombreuses et parfois subtiles. On notera le nom du héros, Ignatius Perrish, un homme qui devient littéralement ininflammable. Sa copine Merrin est surnommée «Mary» par son père. Lorsqu’il se retrouve sans vêtement, Ig revêt une jupe bleue (la couleur de Marie), «le genre qu’aurait porté Madonna dans les années 1980». Et bien sûr, on parle de Mick et de Keith. À vous de trouver les autres références.

Voilà qui augure bien pour la suite des publications de Joe Hill. Ses romans sont d’un format digeste, l’auteur n’ayant pas tendance à discourir inutilement. Le bouquin sera offert en format paperback au mois de janvier. Vous pouvez également visionner une petite entrevue avec l’auteur sur Amazon.

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2 commentaires

  1. Daniel Sernine

    La fille de Stephen King et sœur de Joe Hill est «ministre du culte»?!
    Décidément… Il n’y a que dans la maxime que «Le fruit tombe toujours près de l’arbre»…
    (signé: un fruit… :O)

  2. Peut-être pas une ministre du culte du modèle courant.

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