Fractale Framboise

Éric

A beau mentir qui vient de Rouyn (bis)

par Éric - jeudi, 24 juin 2010 - 18:22 (Écrire)

Je vous écris entre deux expéditions. C’est le rythme de mon année, on dirait bien: je pars, non seulement pour donner un spectacle un soir de temps à autre, mais souvent une semaine à la fois.

La dernière fois, c’était un programme double: je participais au Salon du livre de l’Abitibi-Témiscamingue (dernier salon de ma tournée Feu blanc) ainsi qu’au Festival de contes et légendes de l’Abitibi-Témiscamingue. (Pour les intimes: le SLAT et le FCLAT. On dirait des onomatopées, mais quels bruits représentent-elles?)

Il y a quelque temps que je ne vous ai pas parlé de ma région, non? C’était un plaisir d’y retourner non seulement pour visiter mais aussi pour conter. J’ai pu leur expliquer ce qui m’était arrivé à Ottawa, après mon départ de Rouyn-Noranda. J’ai eu un peu de temps pour visiter Val-d’Or, une ville que je ne connaissais pas assez. J’ai traîné sur la 3e avenue, contemplé l’immense carrière près du chalet de ski de fond… J’ai revu quelques amis, y compris deux anciens de la légendaire Catharsis, une revue littéraire que nous avions mise sur pied au cégep, alors que je commençais à écrire semi-sérieusement. (J’ai retrouvé la maquette du premier numéro, avec les textes et illustrations découpés et collés sur de grands cartons — ah, l’époque où la mise en page se faisait aux ciseaux et à la photocopieuse…)

Le Salon était d’une taille confortable. J’y ai conté devant un minuscule public; j’ai aussi pris part à un jeu-questionnaire en compagnie d’autres créateurs de la région dont Raoûl Duguay et Pierre Brassard. J’ai vite pris mes aises: à force de faire les salons du livre, le terrain nous semble familier peu importe la ville. On y retrouve les mêmes habitués. Quand je vois circuler une souris géante portant des lunettes, je sais que tout est au point.

Le festival aussi comportait sa part de visages familiers, auxquels s’ajoutaient de belles découvertes. La soirée de “Contes métissés” était épatante: des conteurs d’origines diverses qui offraient avec force et franchise leurs histoires parfois très intenses, très personnelles. Les Screaming Eagles, un groupe de chanteurs autochtones, ont donné le ton par une performance très énergique, puis Robert Seven-Crows, Victor Cova Correa, Joujou Turenne, Frank Sylvestre, Richard Kistabish, Hamidou Savadogo et Jacques Falquet ont apporté chacun leur couleur.

C’est stimulant, un bon festival de contes. Une camaraderie s’installe: on mange ensemble, souvent, on apprend à se connaître. On côtoie des artistes de haut calibre, on se trouve exposé en peu de temps à toute une variété de styles. Ça peut en devenir intimidant. On en vient à se demander: après de telles performances, après des histoires si touchantes et importantes, qu’ai-je à apporter? Heureusement, ce ne sont pas de ces questions qui paralysent, mais plutôt qui poussent à explorer et aller de l’avant.

J’ai fait ma part. Entre autres performances, j’ai eu la chance de prendre part au “Ciné-conté”. Chaque conteur avait soumis un texte longtemps à l’avance: chaque texte avait été remis à un cinéaste qui devait s’en inspirer pour réaliser un court-métrage. Cet après-midi-là, j’ai donc pu voir pour la première fois une oeuvre de Sébastien Trahan qui avait mis en images, avec brio, mon conte “Mauvais numéro”. Le soir, debout près du grand écran dans une salle de cinéma, je racontais l’histoire au rythme de ces images. Le samedi, je racontais l’histoire du Roi de la patate dans un décor fort approprié: la cantine de la Cité de l’Or, une ancienne mine devenue lieu touristique. Et le dimanche, en clôture, je tentais ma chance au concours de menterie, un événement incontournable de bien des festivals de conte. C’est sportif: il faut faire bref et être prêt à justifier pour un public sceptique les détails les plus extravagants du récit. J’ai raconté ma modeste histoire de chasse à l’orignal (en Acadie, à bord d’une vanette du futur)… et j’ai gagné. Je ne sais pas trop comment c’est arrivé, tout s’est passé vite. Les sceptiques ont été confondus, c’est ce qui compte.

J’ai fait mon pèlerinage à Rouyn-Noranda, ensuite. Conté et présenté mon dernier livre à la librairie En marge. Pris une bière à l’Abstracto (ou s’était tenue la première soirée de lecture la sus-mentionnée revue Catharsis). J’ai même pu essayer, enfin, le nouveau brewpub, qui était à la hauteur de mes attentes. J’y suis allé à pied: je ne visite pas la région si souvent, alors il vaut mieux que je prenne le temps de savourer quand j’y suis. J’y allais pour Noël chaque année, mais voici que mes parents déménagent pour se rapprocher de leurs frères et soeurs, de leurs enfants et petits-enfants. J’ai fait mes adieux à Alphonse; c’est la fin d’une époque. Il restera les salons du livre, les festivals, les caprices aussi.

Une expédition terminée, donc. Avant celle-là, c’était le congrès Boréal à Québec, une bonne expérience (Christian vous en a glissé un mot). Et la prochaine? Je pars tout bientôt pour la France, pour donner un stage de trois jours sur la pratique du conte. J’ai déjà donné des ateliers, mais c’est la première fois que j’offre une formation aussi longue. Je peux difficilement arriver là et me donner en exemple, ou m’imposer en maître; je n’ai rien de vénérable. J’arriverai et je leur dirai: “si vous aviez pu entendre les conteurs que j’ai entendus”…

  aucun commentaire

Laissez un commentaire:

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes: <b> <i> <a href=""> <blockquote>
Si ce n'est pas déjà fait, veuillez prendre connaissance de nos politiques.