Eastercon 2010

Alors, chers lecteurs, devinez où j’ai passé la fin de semaine?

Londres

Bon, d’accord, mais où plus précisément?

Odyssey 2010

Oui oui, la blague se fait vieille…  Mais j’étais effectivement l’une des 1300 entités inscrites à « Odyssey 2010 », le congrès britannique Eastercon de cette année.  Se déroulant dans un hôtel près de Londres, Eastercon est un congrès de quatre jours qui profite du long congé pascal pour permettre aux fans d’imaginaire anglais (entre autres…) de se rencontrer.  C’est sans doute l’un des plus grands congrès généralistes du Royaume-Uni, et c’est également une splendide excuse pour un Nord-Américain d’aller voir de quoi les cousins européens discutent lorsqu’ils sont entre eux…

Mais alors que je voulais écrire un rapport sur les différences entre les congrès des deux côtés de l’Atlantique, voici que mes observations m’amènent à une approche différente : comment et pourquoi, d’un côté ou l’autre de l’Atlantique, la formule traditionnelle du congrès anglo-saxon reste la même.

Cela débute dès l’entrée à l’hôtel, dès le premier regard posé sur les fans réunis dans le foyer.  On sait immédiatement que l’on est à la bonne adresse, car le profil physique des fans est le même : les hommes portent des lunettes, la barbe et la queue de cheval.  Les dames, peu importe leur âge, se comportent avec l’aisance de celles qui n’ont pas à se prouver : les plus vieilles ont une fière chevelure grise alors que les plus jeunes préfèrent la tenue goth-punk.  Une bonne partie des fans sont des hommes dans la trentaine, habillés de noir, à la calvitie galopante, et souvent présents aux panels portant sur des sujets techniques.  Beaucoup font de l’embonpoint.  Presque tous font partie de la classe moyenne intellectuelle.  La vaste majorité sont des Blancs, une étrange sélection au milieu d’une ville de plus en plus multiculturelle.  Bref, on pourrait se trouver dans n’importe quel congrès de SF anglophone.

Affiches
Qu’est-ce qu’un congrès sans affiches?

Au programme, plus ou moins la même chose qu’ici : des panels, des démonstrations, des présentations.  Sujets : SF écrite, SF média, science, intérêts reliés.  Eastercon étant un événement majeur au calendrier SF, on y voit des remises de prix (annonce des nominations aux Prix Hugo, remise des BSFA) et des discussions au sujet de l’avenir du fandom.  Comme congrès généraliste, Eastercon dépend des intérêts de ses membres : ainsi a-t-on vu paraître à l’horaire des démonstrations de bondage. (Une version préliminaire de l’horaire, qui casait cette démonstration à 16 h dans une salle immédiatement après un panel pour enfants, avait causé toute une commotion sur les listes de discussion du congrès.  Le tout est devenu un running gag pendant Odyssey, tel que lu dans la newsletter : « Number of Bondage/BDSM panels I’ve attended – 0. »)  Puis, il y a la kyrielle de partys de chambre.  Mais il y a eu aussi quelques événements spéciaux comme la retransmission en direct à quelques 900 fans du premier épisode de la nouvelle saison de Doctor Who.  Les nominations aux Prix Hugo ont été annoncées dans une salle où se trouvaient près d’une douzaine de nominés (dont Chris Garcia, Farah Mendlesohn et Paul Cornell), en plus d’être retransmises sur le Web.  Et Londres aura annoncé sa candidature (jusqu’ici sans compétition) pour la Worldcon 2014 : Eastercon, on le comprendra, est une destination majeure du calendrier SF.

Presentation
Présentation sur les réacteurs à fusion en développement

Chose certaine, l’équipe d’Odyssey a fait un travail d’organisation formidable.  C’est fou ce que l’on peut faire lorsqu’on mène un congrès de 1300 inscrits : plus d’une douzaine d’éditions du bulletin du congrès, de nombreuses affiches d’orientation, un programme varié et de haute qualité, une green room pour panélistes très bien menée, un hall principal transformé en salle audiovisuelle de haut niveau. Bref, des leçons à apprendre pour les organisateurs de congrès.

Salle des marchands
N’oublions pas une salle de vente bien nourrie

Il y a, bien sûr, des différences entre Eastercon et les congrès américains.  La culture alcoolique (ahem — « la culture construite autour de la consommation d’alcool », écrirons-nous plutôt) est profondément enracinée ici, au point d’atteindre la pathologie occasionnelle. J’ai plutôt admiré le fan qui, à un party, avait un verre dans chaque main.  Les références culturelles, surtout formatives, sont souvent très différentes : des blagues au sujet de « Clangers » m’ont mystifié jusqu’à ce qu’on m’explique tout au sujet d’une série télévisée des années 1970, après quoi j’étais plus informé mais pas nécessairement plus dans le coup.  D’autres activités restent mystérieuses, peut-être inexplicables.  (Morris Dancing?)  Les accents sont aussi différents, mais c’est sans doute une des différences les moins importantes, surtout quand les panels réunissent à la fois des Européens et des Américains.  Et c’est sans compter la bonne proportion d’auteurs plus rarement vus en Amérique : Iain Banks, Alastair Reynolds, etc.

Atrium
L’atrium du troisième étage, d’inspiration japonaise

Je crois également que l’hôtel choisi pour Odyssey 2010 serait inacceptable pour un congrès américain. J’ai déjà commenté sur l’architecture démente de l’hôtel choisi par Ad Astra, mais celle du Edwardian Radisson Heathrow est complètement démoniaque : couloirs où une seule personne peut passer, salles de conférence au bout de trois couloirs différents et tapies au milieu des chambres, ascenseurs menant à certaines salles de conférence mais pas d’autres sur le même étage, entrée dans une salle se trouvant derrière les panélistes, architecture parfois edwardienne, parfois asiatique, un plan sans bon sens… et c’est sans compter que l’hôtel a été construit récemment et en une seule fois, et non à coups d’ajouts lors de décennies d’évolution organique.  Quel mystère que cet hôtel : ayant perdu certains de mes copanélistes entre la Green Room et la salle où se tenait un panel particulier, j’ai blagué qu’un trou noir devait se tapir dans certains corridors, et mes interlocuteurs ont trouvé l’hypothèse raisonnable…

Plan d'hotel
Ceci est l’authentique plan de l’hotel

Car (hé oui), j’ai aussi contribué au vaste festin pot-luck d’Eastercon. Ayant fait part de mon intérêt à discuter de modération et de SF non anglophone, je me suis retrouvé à modérer un panel sur la modération, et à suggérer des titres d’œuvres francophones non traduites.  On m’a ensuite demandé de modérer un panel sur « Gender in Space Opera » (une commande difficile, mais réussie), et Cheryl Morgan a été bien gentille de faire de moi un participant non officiel au panel sur les congrès virtuels. (Que vous pouvez revivre ici)

Et c’est là peut-être la grande leçon, non seulement d’Eastercon 2010, mais aussi de la vaste communauté des congrès de SF partout dans le monde : si vous voulez y participer, si vous apprenez les codes sociaux de ces événements, vous pouvez entrer dans le foyer d’un hôtel sur un autre continent et trouver exactement le même type d’accueil que vous pouvez espérer dans un congrès près de chez-vous.  Les fans voyagent, se rencontrent, établissent des traditions parce qu’elles fonctionnent pour tous.  Quelle chance que de faire partie du fandom : c’est comme avoir une famille élargie un peu partout sur la planète!

11 commentaires

  1. Daniel Sernine

    Quand tu écris que tu étais l’une des «1300 entités inscrites», Christian, ne me dis pas que les Britanniques aussi inscrivent leurs mascottes en peluche à des congrès…?

  2. Daniel, un peu de respect pour sa Majesté!

  3. Ces fans de conventions sont tellement bizarres. Enfin.

    En attendant, je suggère que l’on remette un Prix Hugo (Morin) à Christian pour ses billets écrits à l’étranger, photos à l’appui.

  4. Daniel Sernine

    «Beeblebears»? I dread to ask…

  5. Daniel Sernine

    En tout cas, Christian, ce reportage souligne une fois de plus ton aisance avec le langage de la rectitude politique. Tu manies l’euphémisme p.c. comme… comme un technocrate d’Ottawa, tiens.
    Mais, au fait… :O)

  6. Merci Laurine :-)
    Je vais m’attaquer à la création de ce prix!
    Christian, vas-tu revenir un jour où vas-tu continuer à arpenter l’Europe de convention en convention?
    Si tu continues, on va éventuellement se croiser bientôt :-)
    Et on rebaptisera ce blogue Fractale-Voyage :-)
    J’ose par contre espérer que tu en profites pour visiter les villes où tu passes, quand même. C’est bien beau une convention, mais j’espère que tu n’es pas resté emmuré pendant 4 jours à Brighton, à Paris et à Londres sans profiter des merveilles offertes par les grandes villes de la vieille Europe.

    • Hugo: Je suis revenu… pour l’instant.

      Je n’ai pas fait que des congrès pendant mon voyage: la preuve, je n’ai passé que deux jours sur quatre à Eastercon, préférant arpenter Londres à nouveau. Malheureusement, ça va me prendre un peu de temps pour trier mes quelques 2,287 photos de voyage (et 23,000 mots de notes) pour présenter un rapport plus complet.

  7. Lily

    Wow, ça donne l’envie d’aller voir cet hôtel si étrange… et les comparaisons sont intéressantes. Le fandom avec ses codes qui permet de se retrouver dans un univers connu hors de chez toi, c’est intéressant.
    Merci pour le témoignage et les photos ! :)
    Je vois que les conventions françaises sont vraiment différentes, sauf peut être pour la consommation d’alcool, et c’est du vin et moins de bière ;)
    À bientôt à Québec.

  8. Daniel Sernine

    Soit 572 photos par jour, en moyenne, ou trente à l’heure (en présumant que tu n’en prends pas pendant tes 4 ou 5 heures de sommeil quotidiennes)…
    Quant aux notes, si tu en avais rédigé au même taux pendant un jour de plus, tu aurais obtenu l’équivalent d’un petit Jeunesse-Pop…

  9. Oui, les humains sont pas mal semblables partout sur la planète si on ne s’arrete pas à la langue…

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