Under the Dome — Stephen King

Under the DomeChester’s Mill est une ville typique du Maine jusqu’au jour où un gigantesque dôme apparaît de nulle part et la coupe du reste du monde. L’artefact massif ne cause au début que quelques morts: avions et voitures s’y écrasent, un pacemaker explose et un bras est tranché. On soupçonne une expérience de l’armée américaine, mais il devient vite clair que celle-ci est dépassée par l’événement, surtout que le dôme résiste à l’impact des missiles. À l’intérieur, les choses se corsent. Big Jim Rennie, un politicien véreux et extrêmement influent, se crée une force policière personnelle «pour le bien de la ville». Il accapare les denrées, le propane, les armes et transforme Chester’s Mill en dictature locale. S’opposant à Rennie, Dale Barbara, un vétéran de la guerre d’Irak devenu cuistot, rassemble autour de lui une poignée de citoyens inquiets de la tournure des événements. L’antagonisme entre les deux groupes s’envenime à mesure que croît la folie mégalomane de Big Jim.

Chester’s Mill devient un microcosme de laideur, où la paranoïa ambiante mine complètement le jugement des gens ordinaires. Le lecteur voit par quels mécanismes de contrôle la masse se transforme en troupeau facile à subjuguer et prêt à abandonner ses libertés en échange d’un sentiment de sécurité. Big Jim exploite le sentiment d’appartenance à la localité, le nous contre eux. «C’est un petit patelin et tout le monde soutient l’équipe.» En moins d’une semaine, le vernis civilisé craque, l’anarchie s’installe et les suicides se multiplient.

En postface, King explique qu’il avait commencé Under the Dome en 1976 avant d’abandonner le projet qu’il trouvait trop ambitieux. Cela explique peut-être pourquoi le roman n’a pas cette touche personnelle que l’on retrouve dans ses derniers titres. La brique de 1000 pages est certainement un page turner, mais elle manque de finesse. Du côté des personnages, les «méchants» sont présentés sans la moindre nuance. Big Jim Rennie n’est pas qu’un manipulateur assoiffé de pouvoir; il est un bigot, un meurtrier, l’architecte du plus grand labo de méthamphétamine aux États-Unis, et comble de la vicissitude, un ancien vendeur de voitures usagées. Son fils, Junior, montre que le fruit ne tombe jamais bien loin de l’arbre. Atteint d’une tumeur au cerveau, il subit de violents maux de tête provoquant chez lui des pulsions homicidaires. Dès les premières pages, il commence à collectionner les cadavres dans une penderie. Enfin, les policiers de fortune embauchés par Rennie sont en fait de jeunes minables qui ne demandent qu’à abuser de ce pouvoir providentiel. Ils multiplient les agressions, les viols et les meurtres. Gravitant autour de cette racaille, il y a les suiveux, tous des gens d’une incompétence reconnue et n’ayant aucun intérêt à remettre les choses en question.

Les nuances se retrouvent au moins chez les héros, que les défauts rendent plus humains. Il y a des bons policiers qui se font virer du poste et qui se joignent à Dale Barbara. Parmi les alliés, notons une journaliste républicaine, un assistant médical, des infirmières, des adolescents dégourdis, des touristes et un commerçant canadien-français s’exprimant avec un accent décidément cajun (pensez à René Lenier dans True Blood). À noter, King montre l’armée sous un jour très engageant, que ce soit à travers le colonel Cox qui supervise les opérations à l’extérieur du dôme, ou du soldat Clint Ames qui s’attache à l’un des jeunes survivants. Si l’armée et le gouvernement ne peuvent accomplir de miracles, on voit qu’ils essaient au moins de sauver leurs concitoyens.

Progressivement révélée, l’origine du dôme fait sourciller. J’ai trouvé l’astuce un peu facile, mais à la réflexion, je ne sais pas comment King aurait pu justifier l’apparition d’un tel objet au beau milieu du Maine. Encore une fois, on pense à ses anciens romans où l’élément de science-fiction sert l’horreur et non l’inverse. Par contre, j’aurais souhaité qu’il reste complètement dans le domaine de la SF. En plein milieu du récit, il verse dans le fantastique quand une morte s’adresse à un chien pour le convaincre de sortir une enveloppe cruciale de sa cachette. Cette voix n’était pas nécessaire, l’animal aurait pu accomplir la même tâche en faisant preuve de curiosité canine.

La finale apocalyptique qui clôt le récit est cathartique: ça prenait un événement majeur pour laver toute cette lâcheté humaine, même s’il emporte quelques bonnes âmes. Rétrospectivement par contre, ce détail dérange. Il y a du jugement divin, là-dedans. Et devrait-on appliquer cette même solution à toutes les dictatures?

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12 commentaires

  1. Carfax

    Un Stephen King visionnaire ?
    Qui sait s’il n’a pas décrit la société de demain !
    Dans ton compte-rendu, j’ai vu Bush, j’ai vu Sarkozy, j’ai vu…

  2. Je crois que ce type de «politicien» existe depuis l’âge de bronze. À moins que ce soit les vendeurs de voitures usagées?

  3. Daniel Sernine

    Dès Babylone, les vendeurs d’ânes usagés avaient déjà fort mauvaise réputation. Quant aux hommes politiques, les Babyloniens étaient prêts à accueillir le premier démagogue venu, à preuve l’accueil réservé à Alexandre le Grand… :O)

  4. Lily

    Moi j’ai adoré ce livre que j’ai lu très vite , j’ai été surprise du comment tout se passe très vite dès le début du livre . Pas le temps de souffler , humour et noirceur . Certes le livre n’est pas parfait , la fin discutable mais j’ai passé d’excellent moments , j’ai eu du mal à reposer le livre et je suis tombée amoureuse du Capitaine Dale Barbara , alors moi je dis un grand MERCI à M.King !!!

  5. Je parie qu’il y aura un film! Les gens aiment trop les scénarios
    de fin du monde pour que ça ne se concrétise pas.

  6. Pour voir les couvertures du roman Le dôme

  7. Très bonne critique.

    Je t’invite à découvrir mon site sur Stephen King qui présente notamment le trailer du livre

    http://club-stephenking.fr/485-bibliographie-DOME-under-the-dome

  8. Moi aussi je devrais écrire un bouquin. :)

  9. bouriez

    cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de stephen king, ces derniers livres ne m’ont vraiment pas plus, et voilà que l’on m’offre « dome » dès les première page j’ai été happée dans se bouquin que j’ai lu en à peine une semaine, j’ai adoré et je pense comme laurine se serai bien dans faire un film

  10. Amélie

    Je trouve qu’au contraire la voix que le chien entend est justement la signature de Stéphen King qui est avant tout un immense auteur de romans fantastiques. J’ai corné la page pour avoir le plaisir de relire le passage du « bon chien ».

  11. Mouais. Je trouve qu’il nous fait quand même le coup du deus ex machina avec cette voix d’outre-tombe.

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