Fractale Framboise

Laurine

Fringe — Saison 1

par Laurine - vendredi, 12 mars 2010 - 11:30 (Critiques, SF&F autre)

Fringe - Saison 1Coécrite par J. J. Abrams, Alex Kurtzman et Roberto Orci, Fringe est une série de science-fiction ayant pour thème les sciences marginales, ou fringe science. Dans une Amérique post-9/11, des citoyens ordinaires servent de cobayes à des expériences horrifiantes faisant partie d’une vaste conspiration surnommée The Pattern (le Projet). Ces expériences sont menées par le groupe bioterroriste ZFT qui se prépare à l’avènement de la singularité. Fringe, une division spéciale du FBI supervisée par le Département de la sécurité intérieure (DHS) à Boston, enquête sur ces manifestations. Elle embauche l’agent Olivia Dunham, le savant fou William Bishop et le fils de ce dernier, Peter. Fringe reçoit l’appui de Massive Dynamic, une puissante multinationale spécialisée dans la science et la technologie de pointe et dirigée par le mystérieux William Bell, un homme aussi brillant qu’introuvable.

Il est clair que Fringe s’inspire de la série défunte The X-Files dont elle reprend la formule, notamment celle de l’arc mythologique et l’implication personnelle des personnages dans les cas investigués. Une différence fondamentale se trouve dans le contexte politique. Ceux qui essaient de protéger les citoyens américains ne sont pas des agents solitaires s’opposant à la machine gouvernementale devenue corrompue, mais bien la trinité maudite des conspirationnistes: les agences de ce même gouvernement, un savant fou qui n’a qu’une considération limitée pour ses sujets et une multinationale qui soutient le complexe militaro-industriel en plus de posséder une branche pharmaceutique. Il y a une pointe de nihilisme dans Fringe que je trouve rafraîchissante.

Ce qu’on entend par sciences marginales, ces sont tous ces champs d’intérêts qui relèvent du paranormal (à ne pas confondre avec le supernaturel qui repose sur la magie): télépathie, télékinésie, téléportation, dimensions parallèles, etc. Fringe propose l’idée que toutes ces pseudosciences s’avèrent fondées — et indirectement, que seuls les savants vraiment fous savent exploiter ces notions. Les théories développées dans chaque épisode sont aussi farfelues que la technologie utilisée pour résoudre les problèmes hebdomadaires. Le spectateur ne doit pas suspendre son incrédulité pour apprécier le voyage, il doit la mettre dans une valise qui se perdra entre Hong Kong et la Mongolie. Et c’est tout aussi bien. Il doit fermer les yeux sur nombre de coïncidences extraordinaires, d’incohérences, de remises à zéro et d’accès d’amnésie opportuns.

Les composés pathogènes ont la cote dans Fringe: ils liquéfient les victimes, leur bouchent tous les orifices jusqu’à l’étouffement, les transforment en mutants dentus. Des créatures sont aussi lâchées dans la nature, notamment un hybride monstrueux et un virus du rhume tellement énorme qu’il faut littéralement lui courir après pour l’attraper. Peu importe le crime, le résultat est toujours d’une morbidité grotesque. Ce mariage entre le macabre et le bizarre réussit à la fois à souligner et à désamorcer l’horreur de la situation. The X-Files utilisait déjà cette technique dans ses épisodes les plus sanglants et, croyez-moi, ce n’est pas un équilibre facile à atteindre.

Le personnage le plus marquant de la série est Walter Bishop, joué par John Noble (le Denethor de Return of the King). Les dix-sept années qu’il a passées à l’asile l’ont rendu déconnecté et imprévisible. Son fils Peter est joué par Joshua Jackson, excellent dans le rôle d’un génie touche-à-tout et pince-sans-rire dont la mission est de garder un œil sur son père pour l’empêcher d’errer physiquement ou mentalement. Leurs échanges sont savoureux, Peter étant un cynique au cœur d’or qui se fait du souci pour son paternel même si celui-ci a gâché sa jeunesse. Olivia Dunham (Anna Torv) perce moins l’écran et il faut s’habituer à ses tics. Mais la belle blonde est probablement le rêve incarné de bien des geeks.

Fringe propose aussi des petits mystères pour appâter les spectateurs. Par exemple, ce personnage pâle et vêtu de noir qui apparaît dans tous les épisodes — saurez-vous le repérer près d’une clôture ou sortant d’un ascenseur? Mais cette série est beaucoup moins compliquée à suivre que Lost, qu’on se rassure. Et pour le divertissement, le coffret vaut certainement l’achat.

  3 commentaires

3 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. #1  François Pierre   (12 mars 2010 - 20:06)

    Je suis en accord avec tout ce que Laurine dit de la série, mais j’aimerais tout de même souligner que “Fringe” carbure à la recette suivante :

    Trucs bizarre arrive, la bande arrive sur les lieux, Walter fait/dit quelque chose de déplacé, il se souvient que le mystère auquel ils font face est lié aux expériences qu’il menait avant son internement, les scénaristes remplissent l’épisode pendant que Walter tente de se rappeler quelque chose, Walter s’en souvient et “règle” le problème, générique.

    Pour moi, ce fut presque la mort de mon intérêt pour la série. Heureusement, les personnages et les quelques informations sur le “Pattern” disséminés ça et là m’ont permis de tenir le coup jusqu’à la fin.

    Pour les fans de “Lost”, amusez-vous à retrouver un billet d’avion émis par Oceanic Airlines…

  2. #2  Gen   (12 mars 2010 - 20:33)

    Comique de voir qu’ils ont vraiment ressuscité la recette X-Files :)

  3. Laurine

    #3  Laurine   (13 mars 2010 - 11:23)

    François Pierre, c’est vrai que la recette est un peu voyante au début, on a l’impression que tout est connecté au scientifique lunatique. Mais les choses prennent progressivement une autre tangente, heureusement.

    Gen, la recette des X-Files ne risque pas de se démoder. C’est en grande partie grâce à Internet qui alimente le moulin des conspirationnistes. J’ignore si l’Occident est plus parano qu’avant, mais les théories anti-gouvernementales ne cessent de courir et de se multiplier, et pas qu’aux États-Unis. N’importe quelle série jouant subtilement (ou grossièrement) sur ces craintes risque de titiller bien des gens.

    Et les personnages sont vraiment sympas.

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