L’auteur, le public, le marché

Prenons le temps, au moins, de savourer la beauté science-fictionnelle de la chose. On peut maintenant tirer des livres de l’air ambiant n’importe quand et presque n’importe où. À l’arrêt d’autobus, dans son salon, au restaurant, il suffit de sortir son Kindle (ou autre) et d’effectuer une transaction toute simple. Il est de plus en plus facile, aussi, d’entrer en contact direct avec l’auteur, de publier son opinion du livre à la vue du monde entier, ou de lancer soi-même un livre dans l’air ambiant, dans l’air du temps.

Devant ces changements qui ne feront qu’accélérer, je songe beaucoup à la manière dont le métier d’écrivain se transforme aussi. Je vous épargnerai mes angoisses: permettez plutôt que je recense quelques lectures intéressantes à ce sujet.

Le musicien Trent Reznor, de Nine Inch Nails, offrait sur son forum des conseils aux artistes émergents. On y retrouve notamment l’idée — de plus en plus répandue — qu’il vaut mieux donner sa musique. Ce qui reste à vendre, ce sont les concerts, les t-shirts, les coffrets en édition limitée signée où l’on paie le gros prix pour l’objet plutôt que la musique. Le contenu lui-même, les simples chansons, devient un outil de marketing.

Il faut aussi savoir entretenir une relation avec son auditoire. Kevin Kelly lançait l’idée qu’un artiste pouvait prospérer s’il arrivait à amasser un millier de « véritables fans »; il reconnaissait plus tard, chiffres à l’appui, que ce n’est pas si simple. Notons tout de même une tendance évidente, celle de l’artiste communiquant et marchandant avec son auditoire sans aucun intermédiaire. Amanda Palmer, fervente de cette approche, n’a pas peur de prendre l’argent de ses fans. (Dans un billet plus long, elle explique son approche qu’elle qualifie de « virtual crowdsurfing« ).

Vous avez remarqué qu’il est surtout question de musique jusqu’ici? C’est que la révolution numérique (l’avalanche des nouveaux médias, le règne de la gratification instantanée, appelez ça comme vous voulez) a d’abord affecté la musique. Maintenant, c’est le tour des livres. (Vous avez remarqué que toutes mes lectures sont en anglais? Le marché anglophone est plus gros, les changements s’y font sentir de manière plus frappante…)

Côté livres, j’aime garder un oeil sur Charles Stross, qui a offert certaines de ses oeuvres gratuitement en format électronique et qui comprend bien les nouvelles technologies. Il s’inquiétait récemment des effets de Google et de la tendance à la baisse du prix des livres électroniques. Quelle approche un auteur doit-il adopter pour prospérer dans les années à venir? Au bout de son billet lucide et bien argumenté, Stross reconnaît qu’il n’a pas de solution, et demande des suggestions à ses lecteurs (les commentaires valent bien un coup d’oeil, d’ailleurs). Vous trouverez aussi parmi les derniers billets de Stross ses impressions sur l’affrontement Amazon/MacMillan (Amazon, irrité par les exigences de MacMillan quant au prix des livres électroniques, avait cessé de vendre tous leurs livres, électroniques ou non, mais a fini par capituler. On a aussi vu Amazon, à l’approche du lancement du iPad, ajuster le pourcentage offert aux maisons d’édition pour leurs livres sur Kindle. Bref, ça bouge…)

De plus en plus, on s’attend à ce que la littérature soit offerte en ligne, rapidement et le moins cher possible, voire gratis. On s’attend aussi à ce que les auteurs soient visibles et accessibles. Nicolas Dickner décrie doucement la disparition des auteurs reclus, ou misanthropes, ou discrets. Les moyens se multiplient pour qu’un auteur se fasse connaître; pour que lui-même, sa personnalité, devienne un outil de marketing.

Pour en revenir à Reznor et Palmer plus haut, tout en gardant Stross à l’esprit: si le livre devient encore moins profitable, est-ce donc en se vendant que l’auteur arrivera à survivre? Au fond, ce n’est rien de nouveau. Au Québec, on vit difficilement de ses droits d’auteur. À moins d’obtenir une bourse, l’auteur à temps plein complète souvent ses revenus en visitant des écoles, en faisant des lectures publiques, et ainsi de suite. En vendant sa présence, autrement dit. On peut aussi offrir sa personnalité en ligne, si ça permet de trouver de nouveaux lecteurs.

Étant un peu ermite de nature, je comprends que certains puissent trouver lassante la nécessité grandissante de s’auto-promouvoir et d’être en contact avec les lecteurs. Après tout, si j’écris, c’est en partie pour pouvoir communiquer avec mes frères et soeurs les humains sans avoir à les rencontrer face à face. Et pourtant… Si je conte, c’est en partie pour pouvoir toucher les gens au coeur et à la tête, directement; pour partager une histoire et un moment avec eux. Paraît qu’il faut assumer ses contradictions…

Dans ce survol de l’état actuel des choses, j’ai l’impression d’avoir oublié encore une poignée de liens. Tout chavire, tout se construit, tout est à réinventer, et chacun à son opinion sur ce que ça implique. Tout déroutant que ça me paraisse par moments, je choisis d’en retenir surtout un sentiment d’infinies possibilités. Et vous, comment vivez-vous ces changements en tant que lecteur, en tant qu’auteur? Quelles sont les meilleures innovations dont vous ayez eu connaissance, tant de la part des créateurs que des diffuseurs?

[ Mots-clefs : , ]
# Les commentaires sont fermés.

33 Commentaires

  1. Ceux qui connaissent Cory Doctorow ne seront pas surpris d’apprendre qu’il tente justement une expérience autour des nouvelles manières de vendre une oeuvre. Son projet With a Little Help devrait prendre la forme d’un livre électronique et d’un livre audio gratuits, un livre sur papier imprimé sur demande, une édition limitée vendue à 250$, et une nouvelle écrite sur commande pour… 10 000$. Doctorow est censé offrir des mises à jour quant aux résultats observés.

  2. Comme tu l’évoques, l’écrivain se heurte à une réalité très différente de celle des musiciens dans ce contexte : sorti du contenu, il ne lui reste plus grand chose à vendre.

    À moins d’être conteur ou d’adorer faire des apparitions publiques… Sauf que l’écrivain est toujours seul face à son public. Le musicien est entouré.

    Et un groupe de musique composé d’individus excentriques et bizarres, c’est « cool ». Un écrivain excentrique et bizarre planté tout seul en avant d’une classe d’ado, c’est juste bizarre…

    Le projet « With a little help » mérite qu’on y prête attention, en effet…

  3. Je trouve que tu apportes de très bons points, Éric.

    D’énormes changements dans le milieu du livre sont en court présentement, notamment grâce à l’accessibilité de plusieurs titres, partout, quand on le désir avec l’arrivée du « e-book ».

    Par contre cela engendre plusieurs autres problèmes (que je trouve très grave pour le moment) comme; le coût du livre électronique qui est gonflé, voir presque aussi gros que le prix d’un livre en bon vieux papier, l’absence de droits digitales sur la plupart des oeuvres et/ou la surabondance de formats différents tous non fonctionnelles sur chaque lecteurs électroniques…ou encore l’impossibilité de pouvoir partager un titre avec quelque d’autre comme on le ferait avec un bon bouquin qu’on voudrait faire lire à sa mère et j’en passe!

    Relativement au prix, Alire à compris la bonne façon de faire en offrant les titres sur jelis.ca (seul site, à ma connaissance offrant des titres francophones au Québec) à moitié prix que la version papier…

    Deuxièmement tu apportes un très bon point quant à la valeur marchande d’un auteur en tant que personnalité publique, de mon expérience personnel, rien n’est plus gratitifiant pour un lecteur que de pouvoir discuter de l’oeuvre d’un auteur avec celui ou celle-ci face à face. Bien sûr, ici je n’inclus pas que des auteurs du milieu SFFQ que j’ai pu côtoyer lors de congrès ou que je côtoie dans la vie de tout les jours, mais bien des auteurs étrangers et établis, qui prennent simplement le temps de discuter avec les fans, d’écouter leurs demandes, d’intérragir avec eux lors d’une séance de rencontre, etc.

    Je crois qu’un auteur ayant la réputation d’être une forte personnalité publique aide à son image et à la vente de ses livres… (Mais bon, je n’ai pas effectué d’études dans le domaine alors ce que j’apporte n’est que spéculation!) Lorsqu’on le voit vendre son livre lors d’un salon, d’une émission culturelle ou à un congrès, le lecteur a sûrement tendance à vouloir en découvrir davantage et est inciter à aller acheter le livre en question…

    Bref, billet fort intéressant, Éric! :)

  4. Joel Champetier

    Si ces visions du futur se concrétisent, mon avenir comme écrivain est inquiétant, puisque avec chaque année qui passe j’aime de moins en moins rencontrer des gens. Pareil avec tout ce qui concerne la représentation. A part, nuance importante, les échanges avec le public dans les salons du livre. Probablement parce que les gens sont libres de venir me rencontrer, et que je me présente tel que je suis, comme l’auteur des livres qu’ils ont lu, ou qu’ils se proposent d’acheter. Je n’ai pas à faire l’animateur ou l’amuseur public, rôles qui ne m’intéressent pas et pour lesquels je n’ai pas un talent évident. Ce qui m’angoisse dans les rencontres scolaires, c’est que je sais que ma présence est imposée aux élèves. Pour moi c’est l’horreur absolue: m’égosiller dans la face d’une personne qui voudrait être ailleurs. Lorsque je sais que les élèves ne sont pas obligés d’être présents à l’activité, ça me dérange beaucoup moins. Tout ça est un peu névrotique, je sais, mais les écrivains sains d’esprit sont rares, puisque les gens raisonnables s’aperçoivent vite qu’il y a mieux à faire avec sa vie qu’écrire!

    Joël Champetier

  5. Gen: oui, exactement. Je suis chanceux sur ce point, ayant trouvé dans le conte une forme de manifestation publique qui me convient. Autrement, c’est sûr que c’est plus facile d’accrocher les gens par la musique que par des lectures. Je ne déteste pas l’idée des éditions spéciales, par contre: de vendre de beaux livres (ou des oeuvres uniques) qui feront le bonheur des fans sérieux et rapporteront plus d’argent pour l’auteur. Généralement, j’ai quelques idées avec lesquelles je veux expérimenter: je vous en donnerai des nouvelles si ça aboutit quelque part. Et je garderai un oeil sur Doctorow, mais j’aurais dû souligner au passage qu’il est un cas d’exception pour diverses raisons. Ce qui marche pour lui ne marchera pas pour tout le monde.

    Alamo: oui, Alire semble faire mieux que la moyenne (et avoir pris de l’avance) de ce côté-là.

    Quant au contact avec les auteurs, je l’apprécie aussi en tant que lecteur. J’y vois au moins deux niveaux:
    1) le simple fait de se rendre disponible, par des séances de signatures et des présences aux congrès
    2) le fait de devenir sciemment une personnalité publique: en bloguant, à tout le moins, mais ça peut aller jusqu’aux lectures dans des événements « high profile » et aux apparitions télévisées régulières.

    Le deuxième niveau peut demander beaucoup d’énergie si on veut bien le faire, ce qui nous ramène au vieux problème: tout temps consacré à la promotion est du temps passé à ne pas écrire.

  6. Joel, ton commentaire est rentré pendant que j’écrivais le mien… Tu illustres bien ce que j’entends par le premier niveau et, oui, je comprends tes réticences à être plus présent, à t’imposer. (Ce qui aide au secondaire, pour moi: oui, on m’impose aux élèves, mais certains d’entre eux écrivent déjà et sont heureux d’écouter un écrivain, et de pouvoir « parler shop » avec moi en fin de période.)

    Ça m’amène une idée, tiens… Certains auteurs sont en fait des personnages fictifs: Lemony Snicket, par exemple (cachez-vous les yeux si vous ne voulez pas que je détruise vos illusions) est en fait Daniel Handler, qui se présente aux séances de signature comme étant l’assistant de l’auteur, en quelque sorte. Serait-il possible pour un auteur réel d’embaucher quelqu’un qui ferait les apparitions publiques à sa place? Un comédien, disons, qui lirait bien les histoires de l’auteur et connaîtrait les réponses à toutes les questions récurrentes des fans; ou encore, qui prétendrait être un personnage de l’auteur. On voit déjà quelque chose du genre en littérature jeunesse avec Geronimo Stilton et Caillou. S’agirait de voir ce qui marcherait pour un auteur de littérature « adulte ».

  7. Il serait assez pathétique de devoir engager (et payer!) quelqu’un pour nous promouvoir danse les salons et autres alors que nos émoluments d’auteurs disparaissent de plus en plus!

    Je m’interroge aussi sur le sujet, comme bien des auteurs.

    Cependant, je dois dire que personnellement je lis très peu de fictions offertes gratuitement sur le net. J’aime avoir une certaine légitimité, même si l’éditeur ne garanti pas toujours la qualité (par laxisme professionnel ou goût personnel). Je garde cette mentalité que si l’auteur le donne, c’est qu’il n’a pas réussi à le vendre.

    En même temps, tout cet aspect de se vendre soi-même m’agresse. Les auteurs qui font de l’auto-promotion à la planche m’ennuient. Il y a un juste milieu à trouver, milieu qui fluctue selon chacun.

    Effectivement, si j’écris c’est pour ne pas avoir à parler à mes pairs en personne (quoique j’adore les salons du lires et les rencontres qu’on y fait); si je donne mon texte, je ne peux pas vendre des dizaines de milliers de billets pour des shows à gros prix avec articles promotionnels à la clé et surtout, le temps que je passe à me promouvoir (écrire des billets intelligents sur mon blogue, rester à l’affut de l’actualité et twitter « hot », rencontrer, parler, présenter, faire un petit film qui présente mon ouvrage), bien je ne le passe pas à écrire. Et j’écris déjà assez lentement.

  8. Wow, une nouvelle écrite sur commande pour 10 000 $! Le prix a l’air très élevé, mais je ne doute pas que Doctorow trouve preneur… en grande partie parce qu’il est très fort sur l’autopromotion.

    Ce que je vois surtout, c’est une solution à un problème agaçant dont certains auteurs se sont déjà plaints lors des salons du livre: des parfaits inconnus qui viennent les voir en leur proposant une idée d’histoire. «J’ai juste besoin de quelqu’un pour l’écrire.» Vous pouvez maintenant exiger 10 000 $. Et si le type rouspète, expliquez-lui qu’il existe un précédent.

    P.S.: Je constate que personne ne pétitionne pour un retour de la machine à écrire.

  9. Joel Champetier

    Excellente observation, Laurine. En effet, la prochaine fois qu’une personne se présentera avec son idée d’histoire, je chargerai 5000$. Un peu de modestie, je suis moins connu que Doctorow.

  10. Thibaud

    J’avoue que je trouve tout cela effroyablement odieux et totalement dissuasif. De toute façon, où en sera la lecture dans une ou deux générations ?

  11. Joel Champetier

    Thibaud, je ne suis pas sûr que ce soit très nouveau tout cela, et je suis encore moins sûr que le passage du papier à l’écran va nuire à la littérature et la lecture à moyen et long terme (je n’exclus pas la possibilité de soubresauts dommageables pendant la période transitoire d’ajustement). Bien avant l’Internet, la popularité d’une oeuvre avait un rapport assez tangentiel avec sa « qualité », une notion bien subjective en soi. À compétence égale, les auteurs qui avaient de l’entregent, parfois suite à leurs activités professionnelles dans un autre domaine (acteur, journaliste), partaient avec une longueur d’avance sur les inconnus timides qui se contentaient d’écrire dans leur coin. Cory Doctorow est leur héritier : c’est un gars brillant qui brasse de l’air non seulement en personne, mais sur l’Internet. Il s’est fait connaître avant de publier; le fait qu’il soit un bon écrivain n’a pas nuit.
    On pourrait arguer que la différence réelle entre les deux paradigmes, c’est que les oeuvres en ligne des inconnus timides *sont* accessibles, à travers le monde à part ça. Ce qui n’est pas nécessairement le cas avec la fiction sur papier.
    Nous vivons des temps intéressants…

  12. « Nous vivons des moments intéressants »… Pratchett a inventé une malédiction qui ressemblait à ça dans un de ses romans :p

    Plus sérieusement, c’est effectivement passionnant de suivre cette évolution. Pour l’historienne que je suis, c’est la notion même d’Histoire qui sera peut-être sur le point de se redéfinir (on considère habituellement que c’est l’acte de lire et d’écrire qui marque le début des temps historiques).

  13. Mais bien sûr que c’est fascinant. L’homme est souvent réticent au changement, mais c’est ce qui fait la force de la chose: la capacité d’adaptation.

    Est-ce moi ou j’ai l’impression que plus l’homme évolue, plus il voudrait que les choses demeurent stables alors que c’est justement le changement qui fait l’évolution?

    Mais le débat du pauvre écrivain (dans le sens de $$$) est loin d’être nouveau. Ce n’est pas l’Internet ou le livrel qui y changeront grand chose.

  14. Hum hum…

    Moi, j’ai déjà écrit un conte sur commande pour 1000$. Deux fois! Ok, le conte devenait un outil promotionnel (éducatif) pour un évènement, mais bon, ça se ressemble, non?

    Merci Éric pour ce billet. Intéressant complément à la table ronde sur l’autopromotion au #CarnavalBoréal2010.

  15. Daniel Sernine

    Le carnetier branché Steve Proulx, dans sa chronique «Angle mort» de l’hebdomadaire Voir (aussi disponible sur son blogue)
    tient des propos rafraîchissants sur cette révolution qui n’en est pas une, le iPad (il préfère parler d’un «bidule»).
    «Dans la mesure où rares sont les gens qui lisent cent livres simultanément» écrit-il, «l’utilité de traîner avec soi une bibliothèque complète reste à être démontrée.»
    Il poursuit: «Les textes sur l’écran se lisent presque aussi bien que sur papier, dit-on. Seul avantage du livre électronique: la possibilité de lire dans le noir. On ne lancera pas une révolution pour si peu.»
    «Se mettra-t-on à lire davantage à cause du gadget?
    Qui, aujourd’hui, est à ce point rebuté par le livre imprimé, au point d’attendre qu’un appareil plus commode soit mis en marché pour enfin s’adonner au plaisir de la lecture?»
    Proulx ironise: «On dit du livre électronique qu’il démocratise le livre, car les titres sont moins coûteux (ce qui compense le coût de l’appareil). Ceux qui sont préoccupés par ces considérations budgétaires seront certainement ravis d’apprendre qu’on a accès, gratuitement, à des milliers de livres imprimés grâce à des lieux nommés « bibliothèques publiques ».»
    Le blogueur observe fort justement: «Il est aujourd’hui beaucoup moins difficile que jadis de trouver des livres “introuvables”. Et les auteurs qui s’autopublient s’autolisent aussi le plus souvent car, parmi les millions de titres existants, ils risquent fort de susciter l’indifférence générale.»
    Et Proulx de conclure: «Tout au plus, le livre électronique nous permet de « consommer » sur un support plus coûteux, moins durable et plus fragile, un objet qui a réussi à traverser cinq siècles sans présenter de bogues majeurs.»
    Dans la langue de Doctorow, He made my day.
    (Et je croise les doigts pour que mes balises html fonctionnent…)

  16. Joel Champetier

    Gen: « Nous vivons des temps intéressants » date de bien avant Pratchett. C’est une malédiction chinoise: « Puissez-vous vivre en des temps intéressants »

    Daniel: Je partage assez l’opinion de Proulx par rapport aux lecteurs présentés jusqu’à présent (Kindle et tout ça). On a l’impression, quand on n’est pas soi-même un amateur de gadgets électroniques — si c’est le cas, pour sûr que tous ces bidules sont fascinants — que ces choses ne sont pas encore vraiment au point. Le iPad me semble un peu différent dans la mesure où, si j’ai bien compris, c’est aussi un iPhone, un gadget assez impressionnant il faut le reconnaître. Dans la mesure où, de toute façon, nous avons tous des ordinateurs et presque tous des téléphones portables, posséder un iPad pourrait permettre de se débarrasser de certains des autres gadgets. Cette convergence est inévitable.

  17. Thibaud

    À Joël : c’est l’obligation incontournable faite à l’écrivain de devenir camelot que je trouve odieuse, bien que je sache en effet que la vente est tout et la qualité du texte fort peu de chose. On peut imaginer que quelqu’un sache écrire mais soit piètre vendeur, mauvais acteur et peu présentable aux étranges lucarnes. Que la diffusion de ses écrits nécessite absolument ces « qualités » est dommage. D’ailleurs, le cumul des fonction n’assure pas qu’elles soient toutes correctement remplies; je pense notamment à ces mauvais éditeurs qui font l’économie de dirlitts, de correcteurs, de typographes et de metteurs en page. En général, la qualité en pâtit.

    Jean Guenot avait jadis écrit des choses acerbes sur la différence entre « écrivain » et « auteur », auxquelles j’adhère.

    À Daniel : savoureux, et logique. En fait, l’intérêt de ces machines à lire – quand elles seront au point – m’apparaît surtout pour les cas où un lecteur avide (et oisif) devra s’embarquer pour très longtemps avec des contraintes de poids et d’encombrement très strictes. Bref, cela a tout à fait lieu d’être dans un « space opera », ou peut-être dans la station spatiale, mais beaucoup moins sur le plancher des vaches.
    Tout ce qui touche à l’écrit, en amont et en aval, m’intéresse, et je me tiens au courant, mais les diverses « liseuses » n’ont rien encore pour susciter mon enthousiasme; seulement ma curiosité. La multiplicité des normes n’est pas pour me rassurer.
    Cela dit, il y a une chose qui me semble utile : l’accès gratuit en pdf à des ouvrages anciens, introuvables. Et ça, c’est déjà là.

  18. Joël, le Ipad ne sert pas de téléphone.

    Anyway. Je ne suis pas convaincue non plus, sauf pour deux choses: a) le poids des bagages sera considérablement allégé si on doit traîner un bidule plutôt que dix livres. Et l’espace que l’on gagnerait dans la maison!!! :-)

    Par contre, un des gros inconvénients de la technologie, comme le souligne Proulx, ce sont les bugs. Qui n’a pas déjà perdu des photos, des textes ou autres chose à cause d’un disque dur qui plante ou une clé USB qui est corrompue????

    Plus ça va, plus je me méfie des bidules…

  19. Sarah-Émilie…

    Comment peux-tu renier l’indéniable beauté d’une bibliothèque remplis à craquer de livres dans un appartement plutôt que de vouloir sauver de l’espace dans un bidule que personne ne verra jamais (car on ne peut pas prêter un ebook sans le liseur et du coup, sans perdre l’entièreté de sa bibliothèque virtuelle pour quelques jours…)

  20. Une belle bibliothèque perd parfois de son charme quand il faut en épousseter les livres et les tablettes encore et encore. Je sais de quoi je parle. :-)

  21. @Joël : Est-ce réellement une malédiction chinoise? Je n’ai trouvé que Pratchett comme « source » à ce sujet. Cela dit, les chinois ayant plusieurs milliers de proverbes…

    @Laurine : Un achat merveilleux : des portes vitrées.

  22. Je n’en renie pas la beauté! :-)))

    Mais n’empêche que ça prend de la place ;) Et comme dit Laurine, la poussière!!!

    Perso, tous les 5-6 ans je fais un grand ménage et je donne plusieurs boîtes de livres. Ça fait du monde heureux et ça récupère de l’espace pour en acheter d’autres ;)

  23. Gen: Chez moi, il n’y a que de la poussière magique qui sait ouvrir les porte, les fenêtres et les couvercles de boîte. Elle me nargue personnellement.

    Parlant d’accumulation de livres, comme je fais des illustrations de couvertures, les éditeurs m’envoient souvent de deux à cinq exemplaires des œuvres en question. Il vient un moment où l’accumulation de ces bouquins me pose un problème d’espace. Récemment, j’ai pu faire le ménage de ma bibliothèque en donnant quelques exemplaires à une école secondaire qui a mis sur pied un projet d’incitation à la lecture. L’idée est toute simple: mettre les livres bien en vue dans les classes au lieu de les stocker à la bibliothèque où les élève ne mettent jamais les pieds. Il paraît que ça marche bien.

    Voilà un autre point — mineur celui-là — contre les bouquins électroniques: si des gadgets comme le Kindle ou le iPad présentent des couvertures en format timbre poste, elles perdent beaucoup de leur impact.

    (Brève digression, les blagues sur les tampons et les serviettes sanitaires connaissent un regain de popularité depuis la sortie du iPad. Franchement pas le meilleur choix de nom, Apple.)

  24. Les « temps intéressants » n’ont pas été inventés par Pratchett, et ne sont pas nécessairement chinois non plus… Voici la version Wikipedia.

    Daniel, merci pour la référence à la chronique de Steve Proulx, qui cerne assez bien la question. Jusqu’ici, ce qui m’attire le plus vers le livre électronique, c’est la possibilité de lire des textes disponibles sur le web (du Molière/Voltaire/Verne/etc., et bien des oeuvres plus obscures du domaine public, *et* divers textes que des auteurs actuels offrent gratuitement) sans avoir à rester écraser devant mon ordinateur ou à imprimer des centaines et des centaines de pages. Pour l’instant, je n’ai pas 200$ à mettre là-dessus…

    Quant aux obligations promotionnelles de l’écrivain… quelqu’un saurait-il trouver des contre-exemples? Existe-t-il des écrivains qui connaissent un certain succès critique (et, idéalement, populaire) en communiquant peu ou pas en dehors de leurs fictions?

    Peut-être Neal Stephenson constituerait-il un cas intermédiaire. Je vous réfère à son essai « Why I am a Bad Correspondent » où il explique pourquoi il ne communique pas plus activement et directement avec ses lecteurs.

  25. Laurine: intéressant, cette idée des livres en salle de classe. J’apprécie la présence physique des livres à plusieurs égards, et la couverture en est un aspect non négligeable. Comme Alamo, j’apprécie une belle bibliothèque. Et le poids d’un livre a quelque chose de rassurant.

  26. Alain Ducharme

    Éric: Hum, Réjean Ducharme?

  27. Éric: Salinger en tout cas, mort il y a peu — mais peut-être est-ce un cas extrême à part. Thomas Pynchon aussi? Faudrait vérifier. Mais parmi des auteurs récents, qui n’ont pas débuté dans les années 1950-1960? Hum…

  28. Joel Champetier

    L’auteur de la série policière Millenium a rempli très peu d’obligations promotionnelles, pour cause de décès. Ça ne semble pas avoir nuit au succès de ses livres.

  29. Hm. Si je comprends bien, autant Ducharme que Salinger ont connu un grand succès avec leur premier roman. Est-ce que la gloire immédiate contribuerait à faire des reclus?

    Joel: très juste, le décès est un truc infaillible pour se soustraire à ses obligations promotionnelles. Ce qui est triste, c’est que de décéder peut s’avérer l’acte d’auto-promotion le plus réussi de l’auteur…

  30. Cela dit, il y en a qui se dévouent corps et âme…

  31. Et si la dame se dispute avec son éditeur comme cela arrive parfois? C’est comme se tatouer le nom de sa copine ou de son petit ami, c’est une décision risquée. Notez qu’un branding temporaire peut aussi faire l’affaire.

  32. Claude Champagne

    Chronique fort intéressante, liens pertinents et bonne discussion à la suite.

    J’arrive un peu tard, et c’est mon premier commentaire ici. Mais bon. Il y a un début à tout.

    Pour poursuivre dans la veine des commentaires sur le sujet de l’auteur « marque de commerce », puisqu’on a tous quelque chose à vendre, je vous suggère cette chronique de André Marois.

    http://www2.infopresse.com/blogs/actualites/archive/2010/03/29/cachettebranding.aspx

    On y parle, de façon habile, de médias, de popularité, de « branding » et de littérature…

  33. Merci pour ce lien. Ça amène à se demander si le stratagème fonctionnerait… Je pourrais bien m’imaginer ces étiquettes minimalistes pour Coca-Cola: ce n’est pas plus bizarre que leur OK Soda. Le tout me rappelle aussi un petit texte satirique dans Wired (mais dans quel numéro?) où Nike remplaçait son fameux « swoosh » par un espace vide. Les consommateurs en venaient à penser à Nike quand il voyaient un mur blanc, ou un ciel sans nuages. Nike était partout, et on finissait par en faire un dieu.

    La question du branding et de l’accessibilité des auteurs continue de me fasciner. Déjà, créer et se vendre relèvent d’habiletés différentes: rares sont ceux qui sont également doués pour les deux. En plus, les auteurs sont de ces artistes dont le travail peut, en théorie, se faire sans aucun contact avec le public. Ce peut être utile et désirable que l’auteur se rende visible, mais je crois que son oeuvre devrait avoir la vedette.

Un blogue, trois auteurs, une multitude d'univers à explorer.
  • Derniers commentaires

  • Derniers billets

  • Archives par date

  • Archives par sujet