Passage à Bouquinville

L’expression serait de Stanley Péan, mais c’est l’ami Jean-Louis Trudel qui nous a familiarisé avec le terme « Bouquinville » pour décrire la cohue, l’importance et l’intensité du Salon du Livre de Montréal. C’est un événement qui partage des avantages avec n’importe quel Salon du Livre de bonne taille: Pour les lecteurs, c’est un endroit qui célèbre le livre sous toutes ses formes.  Pour les auteurs, c’est un des rares endroits où ils peuvent quitter leur écran de travail pour y rencontrer d’authentiques lecteurs.  Pour les éditeurs, c’est une occasion de vendre directement à leur audience.  Comme dans les autres Salons, on y achète des livres, on y demande des signatures, on regarde ce qui se fait.

Photo: Salon du Livre de Montréal
Samedi après-midi au SLM: Jouez du coude, c’est essentiel!

Mais le Salon du Livre de Montréal a des dimensions et une importance qui font pâlir les autres événements du même type.  Les gens de Québec ou Gatineau auront beau être fier de leurs propres Salons, ceux-ci ne sont pas la grande rencontre du milieu de l’édition francophone d’Amérique.  Le SLM, ce n’est pas qu’une méga-librairie; c’est aussi un congrès pour les éditeurs et professionnels du milieu.

Photo: Salon du Livre de Montreal
La file du soir pour la griffe Senécal

Même à l’échelle risible d’un blog infréquent portant sur les genres imaginaires, il est difficile d’aller au Salon en humble et parfait lecteur anonyme.  Avant même de rentrer au salon, voilà des boréaliens qui disent bonjour.  Au fil des rencontres imprévues avec les amis, voilà des discussions sur les films de SF du moment, des mentions de nos billets les plus récents, des potins du milieu de l’édition et des techniques d’écriture.  Un arrêt au stand des éditions Alire ou Six Brumes s’avère toujours une bonne façon de rencontrer plusieurs auteurs, critiques et fans des genres d’ici.

Photo: Salon du Livre de Montreal
Aperçu de la caverne d’Ali-Biblio

Et ça explique pourquoi, année après année, il semble essentiel de conduire deux heures, braver la signalisation et la circulation montréalaise, naviguer les dédales du centre-ville souterrain, tolérer les bambins mal élevées, ne pas crouler sous la chaleur et ne pas fendre un chemin à travers la foule à coup de machette pour passer quelques heures à Bouquinville.  L’alternative de rester chez-soi et laisser les autres avoir tout se plaisir serait insupportable.

Photo: Salon du Livre de Montreal
Gros plan sur le stand Alire.  Qui reconnaissez-vous?

Quelques notes supplémentaires:

  • Bonjours aux lecteurs de Fractale Framboise rencontrés ici et là au salon, dont Gen et Pierre.
  • Pour ceux qui ne lisent par l’Ermite de Rigaud (honte à vous!), des discussions au salon nous amènent à vous suggérer fortement la lecture d’un de ses plus récents billets.  (Ces même discussions nous amènent également à suggérer aux auteurs qui font affaire avec une certaine maison d’édition de considérer prendre leurs distances, au moins jusqu’à ce que l’approche dudit éditeur aux relations publiques devienne moins… particulière.)
  • « La parade du Père Noël est un moment magique pour les touts-petits »… et un moment tout aussi magique pour les non-Montréalais coincés de l’autre côté de Sainte-Catherine pendant ce temps.
  • Recommandé: les salades du Deli Planet (mais amenez votre propre fourchette, parce que le plastique et la laitue…)
  • Le livre électronique a déjà triomphé, et ne passera pas par le Kindle: Discutez.  (Points boni: SLM et eBooks co-existeront paisiblement.)
  • Patrick Senécal est un surhomme de la signature.
  • Dan Brown est partout: On a même vu des copies de The Lost Symbol, en version originale anglophone, en vente au Salon!
  • Le rôle principal d’un éditeur est-il de publier ou refuser des textes?
  • ArghWTFBBQ: Pas le temps d’aller voir lancer des Brins d’éternité.
  • Aucun doute: le milieu de la SFQ maigrit.
  • Sur ce, je retourne travailler un texte.

21 commentaires

  1. Content de t’avoir rencontrer, même si ce fut bref. À une prochaine plus longue rencontrer ;)

  2. Daniel Sernine

    L’expression «Bouquinville» est effectivement de Stanley Péan, soit dans son incarnation radiotélévisuelle, soit dans celle de rédacteur en chef du Libraire; je ne me rappelle où elle est apparue d’abord…

  3. Mon rêve pour les librairies ou salon littéraires de demain?

    On continue à pousser le concept du café/librairie style Indigo : les livres papier sont toujours là (bon, probablement en moins d’exemplaires par contre), il y a des tables, un coin café abordable (et éclairé!) et des stations de téléchargement de ebook. Vous pouvez feuilleter les livres (ce qui ne se fait jamais aussi bien avec un ebook), jaser avec l’auteur, puis décider de l’acheter en format papier ou électronique. Si vous prenez le format électronique, vous branchez votre ebook dans la station, payez avec votre carte de crédit et vous voilà servi.

    Hum… Je viens de me souvenir que je suis trop idéaliste pour écrire de la SF ;)

    Moi aussi ça m’a fait plaisir de te rencontrer! :)

  4. Gen: Cette vision d’une librairie du !futur! est intéressante, bien que je ne suis pas particulièrement convaincu des mérites de réserver beaucoup d’espace physique pour vendre des produits électroniques; ces choses là sont habituellement mieux faites en-ligne, surtout quand il est possible de le faire à partir de son portable, iPod, téléphone cellulaire ou lecteur électronique dédié.

    En revanche, le contraire (passer de l’électronique au physique) est assez envisageable, sous forme d’impression-sur-place où l’on pourrait commander des livres électroniques, et aller les chercher frais-imprimés quelques minutes plus tard, en autant que l’on n’a rien contre un peu de standardisation.

    Évidemment, la réalité se trouvera en quelque part entre les deux: le modèle économique des librairies du future reste à écrire. Là où je vois coexister les Salons du Livre et le livre électronique, c’est que les Salons s’adressent à un public de lecteurs/acheteurs déjà convaincus des mérites du livre en tant qu’objet. Là où le livre électronique peut faire une percée, c’est pour rejoindre un public qui ne vas *pas* aux Salons (ou aux librairies) par manque d’intérêt, par agoraphobie, par difficultés de transport ou n’importe quel autre motif valable. Les critiques s’évertuent à présenter le livre électronique comme tueur/cannibale du livre physique, alors que sa véritable valeur est dans l’étendue du modèle conceptuel du livre pour aller rejoindre de nouvelles audiences qui ne lisent présentement pas ou peu.

    Mais ça, c’est peut-être un billet pour une autre fois.

  5. Je me disais juste que d’ajouter des bornes de téléchargement dans un magasin physique permettrait de combiner le meilleur des deux mondes : Ce livre, vous pensez le lire tranquillement chez vous? achetez-le papier (en le faisant imprimer sur place, c’est vrai que c’est une possibilité). Celui-là, vous le voulez pour lire dans l’autobus, donc en format électronique? Pas de problème, vous pouvez faire l’achat ici, maintenant, immédiatement. Parce que s’il y a une chose que les propriétaires de boutique n’aiment pas, c’est un client qui repart sans avoir acheté.

    Hum… Pour rejoindre ceux qui lisent pas avec le livre électronique, faudrait des Salons virtuels en ligne genre « Second Life »… ou juste une communauté de blogueurs-écrivains mieux organisée…

    Parce que s’ils sont juste agoraphobes ou paresseux, y’a déjà Amazon pour se faire livrer chez soi. Je me demande d’ailleurs si la vente de ebook par Amazon va faire diminuer sa vente de livres classiques ou si la vente de contenu écrit en général va augmenter…

    C’est à suivre!

  6. Merci pour les bons mots sur mon blogue.

    J’avais l’intention de m’acheter un Kindle dans les mois qui viennent, j’attends qu’Amazon se mette à distribuer le DX pour passer à l’acte. Suite à ton billet, je m’interroge soudain sur l’affirmation à savoir que « Le livre électronique a déjà triomphé, et ne passera pas par le Kindle ». What what what ? Est-ce que je m’apprête à commettre une erreur ?

    Peux-tu éclairer ma lanterne ?

  7. Richard: Je manque un peu de temps pour expliquer ma pensée, mais le Kindle n’est pas une erreur si l’on sait ce que l’on veut –un appareil dédié, facile à utiliser, un peu encombrant dans certaines situations, limité par les restrictions qu’y place Amazon et pas peu cher à utiliser. Si tu est satisfait par les textes décrivant le DX, à toi de le mettre sur ta liste de souhaits.

    Là ou je suis moins convaincu, c’est dans une perspective plus générale où l’on érige le Kindle comme sauveur de l’industrie du livre électronique (et destructeur du livre imprimé).

    Ma perspective du livre électronique est beaucoup plus inclusive que le simple Kindle. Le triomphe acquis du livre électronique dans la forme la plus ouverte, c’est d’être adaptable à n’importe quel appareil électronique moderne: un fichier HTML peut être lu sur poste de bureau, ordinateur portable, netbook, iPod, Blackberry, téléphone cellulaire… et bientôt télévision, réfrigérateur et grille-pain. C’est insérer le livre dans les habitudes existantes des gens plutôt que de les forcer à se procurer un autre intermédiaire dédié. Dans mon cas, le Kindle serait inutile entre mon netbook et mon iPod: quand je part en voyage, j’aime mieux mettre des livre sur un périphérique que j’ai déjà sur moi pour autre chose. Le !futur! appartient aux fichiers que les gens mettrons sur les appareils qu’ils choisiront de charrier avec eux, et le Kindle ne s’adresse qu’à un segment de la population. (Peut-être toi!)

    [Coupé: une longue digression au sujet des fichiers MP3s]

    En ce qui concerne le livre papier, pas de panique: ils continuerons d’être produits, puisqu’ils sont leur propre appareil de lecture (et un qui peut être personnalisé en fonction des besoins de l’oeuvre) et continueront d’être lus par les audiences qui lisent aujourd’hui. En revanche, le concept d’une « édition » unique d’un livre me parait être destiné au cimetière des idées limitées par les circonstances de l’époque. Avec des technologies d’impression sur demande suffisamment sophistiquées, ne serait-il pas plus sympathique de pouvoir spécifier des éditions à la typographie conçue sur mesure pour répondre à ses propres critères? Pensez aux éditions imprimés en grand caractère, disponibles simultanément en cartonné, en livre de poche, en édition surdimensionné plein-folio…

    …mais je devrait revenir à ce sujet dans le cadre d’un plein billet.

  8. Joel Champetier

    Ah! Le livre papier est son propre appareil de lecture. Je l’aime bien, celle-là. Ce qui est fort avec cet appareil, c’est qu’il marchera encore dans 20, 50, voire 100 ans. J’ai encore l’appareil de lecture original de « Nightfall » d’Asimov, qui date de 1941. Il est un peu desséché et jauni — je le garde sous plastique — mais il fonctionne encore.

    Joel, qui n’est pas contre toutes ces technologies soit dit en passant

  9. Lors d’un cours d’archéologie, on avait essayer d’imaginer comment apparaîtrait notre société si, dans 1000 ans, nos restes étaient déterrés par des gens ayant perdu l’usage du DVD ou du disque dur.

    Une amie qui dessinait divinement bien avait fini par faire le croquis d’un « chevalier » en armure de DVD, avec un portable en guise de bouclier…

    Cela dit, même les supports papiers ne sont plus ce qu’ils étaient. J’ai déjà feuilleté une bible de datant de 1850. Elle était jaunie, mais le papier était encore souple. Tandis que mes « Seigneurs des Anneaux » édition originale (hérités de mon papa)? Jaunis, cassants, craquants, friables. « Le meilleur des mondes », première traduction? J’ai dû me résoudre à le remplacer.

  10. Ce texte circule sur Internet depuis des années, mais il est toujours d’actualité:

    Announcing the new Built-in Orderly Organized Knowledge device (BOOK). It’s a revolutionary breakthrough in technology: no wires, no electric circuits, no batteries, nothing to be connected or switched on. It’s so easy to use even a child can operate it. Just lift its cover. Compact and portable, it can be used anywhere — even sitting in an armchair by the fire — yet it is powerful enough to hold as much information as a CD-ROM disk.

    Here’s how it works: Each BOOK is constructed of sequentially numbered sheets of paper (recyclable), each capable of holding thousands of bits of information. These pages are locked together with a custom-fit device called a binder which keeps the sheets in their correct sequence. By using both sides of each sheet, manufacturers are able to cut costs in half. Each sheet is scanned optically, registering information directly into your brain. A flick of the finger takes you to the next sheet. The BOOK may be taken up at any time and used by merely opening it. The “browse” feature allows you to move instantly to any sheet, and move forward or backward as you wish. Most come with an “index” feature, which pinpoints the exact location of any elected information for instant retrieval.

    An optional “BOOKmark” accessory allows you to open the BOOK to the exact place you left it in a previous session-even if the BOOK has been closed. BOOKmarks fit universal design standards; thus a single BOOKmark can be used in BOOKs by various manufacturers.

    Portable, durable and affordable, the BOOK is the entertainment wave of the future, and many new titles are expected soon, due to the surge in popularity of its programming tool, the Portable Erasable-Nib Cryptic Intercommunication Language Stylus…(PENCILS).

  11. Luc D.

    @Laurine: LOL! Je ne l’avais jamais lu, merci! 8o)

    @Gen: Effectivment la plupart des papiers qu’on a aujourd’hui (et ce depuis la 2e moitié du XIXe siècle environ) sont à base de pulpe de bois et se conservent moins bien que les papiers plus anciens.

    C’Est un problème qu’on rencontre tout les jours dans mon travail (je suis archiviste): il est pratiquement impossible d’empêcher un journal des années 1970 de s’acidifier et de s’auto-détruire (et de contaminer tout autre papier qu’il touche), alors qu’un document du XVIIIe siècle se conserve *presque* tout seul. En fait, le gros problème avec les plus vieux documents n’est pas tant le support papier que l’encre, qui est souvent très acide et corrosive et qui brûle litteraleemnt le papier.

  12. Pour rigoler, dans la même veine que Laurine, je suppose que vous connaissez ça?

    http://www.youtube.com/watch?v=-xmTTzCAALc

    @Luc D. : Intéressant le détail de l’encre. J’ai souvent vu des documents où les lignes d’écriture semblaient effectivement être en train de dissoudre le papier. Je croyais que c’était encore le papier qui était en cause.

  13. Daniel Sernine

    Saviez-vous qu’Amazon peut supprimer de votre Kindle un livre que vous lui avez acheté? Deux romans de Georges Orwell, dont 1984, ont été carrément effacés, à distance, des Kindle des clients d’Amazon. Pour motif de droits d’auteur, le distributeur s’étant avéré ne pas détenir les droits sur ces oeuvres.
    Bref, vous avez payé pour ces livrels, mais Amazon peut les effacer à distance, sans avis.
    Amazon peut aussi, mais ça vous vous en doutiez, établir la liste de ce que vous lisez, et la céder à tout gouvernement qui la réquisitionnerait avec assez d’autorité — l’autorité d’un Patriot Actb, pour prendre un exemple au hasard.
    Ah, brave new world

  14. Daniel Sernine

    …et foutues balises html…

  15. Luc D.

    @Daniel: C’est une des raisons pour laquelle je ne veux pas m’acheter de Kindle, même si Amazon a dû payer 150,000$US d’amende et jurer de ne plus recommencer…

  16. Luc D.
  17. Y a des jours où j’en ai des balises sous les yeux.

  18. Daniel Sernine

    Un calembour tellement… poche
    que j’ai mis un bon moment à le comprendre.
    :O)

  19. Daniel Sernine

    Sérieux.
    J’espérais un peu que l’information sortirait sans mon aide, mais bon, on n’est jamais mieux servi que par soi-même.
    Le 21 novembre, dans le cadre du Salon du livre de Montréal, le prix Cécile-Gagnon, le prix de la relève en littérature jeunesse, a été remis à François Lévesque, pour son roman fantastique Matshi l’esprit du lac, publié fin 2008 aux éditions Médiaspaul. Décerné par l’Association des écrivains québécois pour la jeunesse, le prix s’accompagne d’une bourse de mille dollars.
    C’est la deuxième fois qu’un roman de la collection «Jeunesse-pop» gagnait ce prix; pour mémoire, Michèle Laframboise l’a eu en 2001 avec le roman de SF Les nuages de Phoenix.
    Plus de détails (ainsi que photo et la couverture superbement illustrée par Laurine) au http://www.lurelu.net/honneur.htm

  20. Oui, et un gros bravo à François, avec qui j’ai eu l’occasion de discuter lors du dernier Salon de l’Outaouais.

  21. Joel Champetier

    Note aussi, Daniel, que la remise du prix Cécile-Gagnon à François Lévesque a été mentionnée dans la page des Actualités du site de Solaris.

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