Fractale Framboise

Laurine

Dreamsong II — George R. R. Martin

par Laurine - dimanche, 8 novembre 2009 - 9:37 (Critiques, Lectures, SF&F autre)

Dreamsongs IILe deuxième recueil de nouvelles de Martin suit le même principe que le premier avec de nouvelles sections thématiques. Il y a un détail que j’aurais dû préciser plus tôt. Dans ses avant-propos, l’auteur mentionne plus d’une fois que telle ou telle nouvelle devait à l’origine faire partie d’une série. Plus souvent qu’autre chose, les projets ont avorté et ses séries s’en tiennent aujourd’hui à une ou deux nouvelles.

A Taste of Tuf regroupe deux récits d’une de ces fameuses séries — celle-ci ayant réussi à se transformer en ouvrage complet, malgré tout (Tuf Voyaging). Haviland Tuf est un ingénieur en biogénétique qui traverse l’espace dans un immense vaisseau baptisé The Ark où se trouve stockée l’ADN de milliers de créatures provenant de multiples planètes. Il se charge de régler des problèmes écologiques majeurs qui frappent des mondes et, chaque fois, les événements prennent une tournure comico-tragique. La raison principale de l’inévitable désastre est que les problèmes écologiques sont provoqués par la cupidité, la religion ou l’ignorance des habitants. L’ingénieur se voit obligé de régler des problèmes majeurs en un tournemain, et ses mesures hâtives ont des conséquences désastreuses. Dans «A Beast for Norn», les Grandes Maisons de Lyronica font s’affronter dans l’arène des créatures féroces de leur propre région. Un représentant d’une maison particulièrement défavorisée demande à Tuf de lui cloner un prédateur qui saura venir à bout de ses opposants. Le succès est tel que bientôt, des représentants de toutes les maisons viennent chez Tuf avec la même requête. L’ingénieur leur fournit chaque fois une créature à des prix de plus en plus outranciers et finalement, la planète est envahie par… les espèces pacifiques fournies gratuitement par Tuf comme «nourriture» pour chaque prédateur vendu. La morale n’est pas claire, mais on rigole quand même de l’effronterie et de l’opportunisme éhonté de l’ingénieur. «Gardians» s’inspire du conte Le joueur de flûte de Hamelin. Tuf se rend sur Namor, une planète aquatique dont les colonies de pêcheurs se font décimer par des monstres marins de plus en plus évolués. L’ingénieur essaie de mener son enquête en paix, mais les dirigeants veulent une action concrète et rapide — celle-ci aura des conséquences onéreuses pour leur petite société. Inutile de préciser que ces nouvelles à saveur environnementale sont toujours d’actualité vingt ou trente ans après leur publication.

The Siren Song of Hollywood est une section que j’ai carrément sautée. Elle comporte deux scénarios, l’un pour The Outer Limits et l’autre pour une série télévisée sur ABC qui n’a finalement jamais vu le jour. Personnellement, je n’aime pas du tout lire des scénarios, car ces histoires sont faites pour être vues et non lues.

Doing the Wild Card Shuffle m’a aussi peu intéressée. Les deux nouvelles, «Shell Games» et «From the Journal of Xavier Desmond», proviennent de l’anthologie Wild Cards, qui est réellement un univers partagé entre plusieurs auteurs de science-fiction. Un virus extraterrestre est accidentellement relâché sur New York à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Certains individus sont transformés en Aces, se trouvant doté de superpouvoirs. D’autres deviennent des Jokers et doivent vivre avec un aspect monstrueux. L’influence des comic books, voir des jeux de rôles, est évidente. On aime ou on n’aime pas.

The Heart in Conflict rassemble pêle-mêle des nouvelles qui pourraient être catégorisées dans plusieurs genres. Dans son avant-propos, Martin mentionne l’anecdote concernant les aventures de Bat Durston dans la revue Galaxy. L’auteur explique qu’il n’est pas intéressé à écrire de la «vraie» science-fiction ni de la «vraie» fantasy. Du moment que l’histoire qu’il invente est intéressante, le reste n’a pas d’importance. Comme il l’explique: «Stories of the human heart in conflict with itself transcend time, place, and setting. So long as love and honor and pity and pride and compassion and sacrifice are present, it matters not a whit whether that tall, lean stranger has a proton pistol or a six-shooter in his hand. Or a sword — »

«Under Siege» reprend le décor scandinave de The Fortress en y ajoutant cette fois un nain qui voyage dans le temps dans l’espoir de changer le cours des événements. Ce n’est pas, ici, l’effort le plus probant de Martin, car il remet en scène une situation qui était déjà confuse et maladroite à l’origine. «The Skin Trade», au contraire, est peuplée de personnages fantastiques crédibles. La nouvelle met en scène Randi Wade, une détective privée, et son ami Willie Flambeaux le loup-garou asthmatique — qui est, dans le civil, un agent de recouvrement. L’enquête est sordide, violente et bien ficelée. Le concept aurait facilement pu donner suite à une série, mais encore une fois, le projet est tombé à l’eau. «Unsound Variation» est une histoire d’échecs et de vengeance avec un petit élément SF de voyage dans le temps. Encore une fois, des personnages bien campés, tous des ratés ou des gagnants, selon la perspective temporelle. «The Glass Flower» est plus complexe et triste. Dans un monde futuriste, on assiste à un jeu où les participants tentent de se voler (ou de conserver) leur peau. Les gagnants repartent avec corps en meilleure condition. L’idée est bonne, mais exploitée de manière étroite en focalisant entièrement sur deux personnages, la maîtresse du jeu et l’un des participants, un ancien héros devenu cyborg. Le propos philosophique est difficile à suivre. «The Hedge Knight» se situe dans le même univers que A Song of Ice and Fire, un siècle avant. Le jeune héros sans le sou veut devenir chevalier en se démarquant dans un tournoi. Par un concours de circonstances, il rosse un prince pour défendre une marionnettiste et doit participer à une joute dangereuse dont le dénouement décidera de sa culpabilité ou de son innocence. Il y a un vrai labyrinthe politique là-dedans, la spécialité de l’auteur. La nouvella est lente à démarrer, mais une fois les personnages présentés, on ne la lâche plus. L’histoire a été adaptée en bande dessinée. Enfin, «Portraits of His Children» met en scène un écrivain tellement égocentrique que sa famille le quitte. Ses véritables enfants se trouvent dans ses romans, comme il l’apprendra lorsqu’ils viendront à la vie sous forme de mystérieux tableaux envoyés chez lui. L’auteur a recours à des jeux psychologiques intéressants entre les personnages malgré un protagoniste antipathique.

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