The Southern Vampire Mysteries — Charlaine Harris

The Southern Vampire Mysteries Comme j’ai commencé à visionner True Blood, je me suis dit qu’il serait intéressant de lire les fameux romans de Charlaine Harris, question d’apprécier le travail d’adaptation. La série «The Southern Vampire Mysteries», alias «La Communaué du Sud» en français, comporte pour l’instant neuf romans, dont la version poche des sept premiers est disponible en coffret (en anglais seulement). Le tout se range sous la bannière du mystère, de l’aventure et surtout de la romance.

Dans cet univers, les vampires sont sortis du cercueil pour annoncer au monde entier leur existence. Ils n’ont pas l’intention de conquérir la planète et d’asservir l’humanité, au contraire. Les Japonais ont inventé une sorte de sang synthétique qui apporte aux vampires tous les nutriments dont ils ont besoin pour survivre. Les suceurs de sang repentis souhaitent maintenant se trouver un emploi, acheter à crédit, se lancer en affaires, obtenir le droit de vote et cesser de s’inquiéter qu’on leur enfonce un pieu dans le cœur le jour venu. Autrement dit, ils aspirent au rêve américain.

À Bon Temps, en Louisiane, on a du mal à s’habituer à l’existence des créatures. Pourtant, cette zone ne manque pas de phénomènes surnaturels. L’héroïne de la série, une jeune femme au nom improbable de Sookie Stackhouse, est télépathe. Elle travaille comme serveuse au Merlotte’s et tous les jours, elle doit se concentrer pour ne pas entendre les pensées des gens, quitte à passer pour une fille légèrement tarée. Ce don (ou cette malédiction) explique son absence totale de vie amoureuse. Son quotidien change quand, enfin, le premier vampire de Bon Temps vient prendre un verre au Merlotte’s. Sookie est incapable de lire ses pensées. Ce détail lui suffit pour décider que Bill Compton, malgré son grand âge, est l’homme de sa vie.

«The Southern Vampire Mysteries» a beau être présentée comme une série à thème vampirique, on y trouve en réalité un micmac d’éléments surnaturels. Si Sookie est une télépathe, son patron Sam Merlotte est un métamorphe qui se transforme le plus souvent en chien. Des garous, des sorcières et une fée-marraine — pour ne nommer que ces supes, ces êtres surnaturels — viendront progressivement se greffer à l’histoire.

Chaque roman propose un petit mystère qui finit par happer la malheureuse Sookie. Meurtres, disparitions, objets volés, il y a toujours un prétexte pour embaucher la télépathe. Pour corser les choses, vampires, garous et métamorphes sont plongés jusqu’au cou dans des conspirations politiques et des jeux de pouvoirs. Leur force surnaturelle leur permet de survivre aux nombreuses guerres intestines, mais Sookie n’a pas cette constitution.

Ce n’est pas pour rien que «The Southern Vampire Mysteries» est présentée comme une série romantique. Il suffit de voir comment Sookie est constamment en danger: son affection pour un vampire attire l’attention d’un tueur en série et ses talents de télépathe éveillent la curiosité de dangereux supes. Surveiller Sookie pour qu’elle ne se fasse pas étriper est un emploi à temps plein. Quand Bill ne suffit plus à la tâche, d’autres beaux bonhommes ne demandent pas mieux que de jouer les preux chevaliers et sauver la belle: Sam le métamorphe, Eric le vampire-viking, Alcide le loup-garou, Quinn le tigre-garou… So may men, so little time, littéralement.

Aussi divertissante soit-elle, la série souffre de bien des défauts. Je ne vais pas me faire des amis en disant ça, mais l’écriture de Mme Harris laisse à désirer. Ses compétences littéraires stagnent désespérément au niveau de la fanfiction. Sookie est une Mary Sue patentée dans laquelle se projette l’auteure. Je trouve suspect, par exemple, qu’une héroïne dans la vingtaine fantasme sur Mel Gibson, Daniel Day Lewis, Jimmy Smits ou Edward James Olmos. C’est comme si Justin Timberlake, Hayden Christensen et Zack Efron avaient déménagé sur une autre planète.

Les autres personnages sont trop rapidement ébauchés; un peu de finesse aurait donné plus de profondeur aux protagonistes, surtout les vampires qui sont censés avoir tout vu. La construction narrative est gauche et les révélations sont larguées sans le moindre build-up qui les aurait mises en valeur. Et ne parlons pas des dialogues juvéniles! Les descriptions de personnages restent immuables d’un roman à l’autre, comme si l’auteure ressortait chaque fois les mêmes fiches bio. Elle aurait mieux fait d’en rédiger aussi sur le contexte pour éviter les incohérences qui s’accumulent au fil des livres.

Comme la liste des problèmes est longue, je m’en tiens aux grandes lignes. Me lancer dans une vraie séance de chipotage serait antisportif de ma part vu la désinvolture avec laquelle l’auteure écrit ses bouquins.

«The Southern Vampire Mysteries» distille un charme certain, il faut le reconnaître. On sent que l’auteure s’amuse beaucoup avec son lectorat féminin en nourrissant ses fantasmes et en alimentant sa curiosité avec des petits mystères qui testent la résilience de l’héroïne. Ma frustration vient surtout du fait que l’auteure n’exploite pas le potentiel de son petit univers, qui reste un décor en carton-pâte. Une direction littéraire digne de ce nom aurait aisément pu expurger la série de bien des scories, redondances et contractions flagrantes. Je ne veux pas décourager les lectrices de lire les aventures de Sookie Stackhouse et de ses petits copains dentus si ce n’est pas déjà fait, mais ne vous attendez pas à mordre dans de la chair très consistante.

# Les commentaires sont fermés.

18 Commentaires

  1. Daniel Sernine

    Bref, le laxisme éditorial qui a permis à une Anne Robillard de fleurir existe aussi dans l’espace culturel anglo-américain. Rassurant, d’une certaine manière, ou du moins consolant: la médiocrité ne serait pas notre apanage…

  2. Hum… j’aimerais savoir si elle a publié avant ou après Laurel K. Hamilton, auteure de la série « Anita Blake vampire Hunter » (premier tome : Guilty Pleasures). Parce que son univers « États-unis du sud envahi par des créatures surnaturelles vivant au grand jour », me semble, à première vue, exactement le même que celui d’Hamilton. Les problèmes soulevés par Laurine se retrouvent d’ailleurs chez Hamilton, sauf pour l’écriture, qui est plutôt piquante et fluide.
    (Après quelques romans par contre, les aventures d’Anita Blake passent de policière-fantastique à érotique-fantastique).

    @Daniel : Les rayons de fantasy et de fantastique américain sont envahis par des romans pauvrement écrits. Chez nous, c’est un phénomène naissant au moins…

  3. Si je me fie aux biblios respectives des auteures, c’est Laurell Kaye Hamilton qui a utilisé le concept en premier. Sa série a débuté en 1993 (Guilty Pleasures, oui), alors que la série de Charlaine Harris a commencé en 2001 avec Dead Until Dark.

  4. L’usage du terme « fanfiction » n’était donc pas exagéré!!!

  5. Ah oui, c’est une façon de voir les choses. Je suppose que ce ne sont pas seulement ces deux auteures qui se servent du Sud américain comme décor, par contre, même si je ne suis pas encore très versée dans ce courant de fantasy urbaine pour en nommer d’autres. J’aime bien la Louisiane, ça change des grandes villes où logent souvent les vampires.

    Addendum: S’il y a d’autres suggestions de bonnes séries, je suis preneuse.

  6. Menise

    @M. Sernine: Je me permets de vous faire remarquer que ce n’est pas tant le laxisme éditorial qui a permis à Anne Robillard de fleurir, mais bien davantage un lectorat qui lui est fidèle (plus de 100 000 personnes ACHÈTENT chacun de ses tomes des CÉ au Québec seulement). Si elle n’avait pas été publiée, on ne la lirait pas, me répondrez-vous. Je vous l’accorde, mais on ne peut revenir en arrière et tant qu’il y aura un aussi grand lectorat pour une écriture comme la sienne, il y aura des écrivains qui, malheureusement, la reproduiront et des éditeurs qui publieront ensuite. C’est la loi de l’offre et de la demande…

  7. Daniel Sernine

    Laurine opine: «J’aime bien la Louisiane, ça change des grandes villes où logent souvent les vampires.» Il reste que la renaissance des vampires voilà un tiers de siècle sous la plume d’Ann Rice s’est faite dans le décor de la Nouvelle Orléans. Depuis, ces créatures de la nuit, plus élégantes que jadis, ressuscitent régulièrement en Louisiane, comme sujettes à un tropisme.
    Aparté: en cherchant la date de publication d’Interview with the Vampire, j’apprends que Rice a viré chrétienne en 2004! La mère de toutes ces sorcières libidineuses et ces vampires bisexuels!
    Talk about a curse!
    Inutile de dire qu’elle n’écrit plus de telles abominations… tout en continuant, j’en suis sûr, à encaisser sans scrupules les chèques de redevances qui en découlent…

  8. Daniel Sernine

    Oups, pas 2004, mais 1998, la conversion (ou la réversion, comme ils disent, puisqu’Ann Rice avait été élevée catho.)
    Lisez l’article et plus particulièrement ses citations à ce propos sur Wikipedia (volet anglophone, article Ann Rice). C’est à faire lever le cœur…

  9. Daniel: Bien vrai, et j’aurais peut-être dû préciser que Harris mentionne elle-même ce détail dans «The Southern Vampire Mysteries». Dans son univers, la Louisiane est l’un des États les plus courus à cause des romans d’Ann Rice, justement. Tout un bastion de vampires y résident, avec une nette concentration en Nouvelle-Orléans, et jouent la carte Lestat à fond pour attirer les touristes.

    Concernant la reconversion de Mme Rice, ouais, j’avais déjà noté l’article. Je comprends qu’elle en ait marre des vampires, mais… Jésus?

  10. À propos d’Anne Rice la « born again Christian », j’ai toujours supposé que c’était le seul moyen pour elle d’éviter qu’on ne brûle ses bouquins…

    Mais la pression religieuse est incroyable chez nos voisins du sud. J’en reviens jamais de constater à quel point tout athlète américain s’empresse de remercier Dieu en entrevue… comme s’ils n’y étaient pour rien dans leur propre succès!!!

  11. Joel Champetier

    Gen: je me rends compte en effet que je n’ai jamais remercié Dieu en recevant un prix littéraire. Mon problème est que si je remercie Dieu pour mes succès, il faudrait aussi que je le blâme pour mes insuccès, non? A moins que ce soit à sens unique? Quand ça foire, c’est ma faute, mais quand ça marche, c’est grâce à Dieu? J’ai connu des Français comme ça… ;-)

    Joël

  12. Daniel Sernine

    Vaut mieux rendre grâces à l’éditeur pour nos succès littéraires. D’abord ça lui fait plaisir et il nous connaît par notre nom, lui.
    Aussi, c’est généralement plus près de la vérité.

    Ne pas étendre l’analogie du côté des insuccès, toutefois.
    Blâmer plutôt les jurys.
    >:0)

  13. Emeline

    je suis tome 4 et j’ai dévoré les 3 premiers avec un très grand plaisir bref j’adore

  14. Ça y est, Anne Rice a annoncé qu’elle n’était plus chrétienne.
    Elle ne s’est pas fâchée avec Jésus, mais plutôt avec ses fidèles fondamentalistes.

  15. Daniel Sernine

    Praise the (vampire) Lord!

  16. Ce qui m’amène indirectement à la question suivante: existe-t-il encore des histoires où les vampires contemporains craignent les croix et l’eau bénite (à la Salem’s Lot)? Ils se font tellement rares que ça devient presque une lapalissade de spécifier dans une critique qu’ils ne sont pas sensibles à l’arsenal habituel.

  17. Daniel Sernine

    N’est-ce pas dans Trueblood, qu’un vampire, en réponse à une question, disait que les vampires encourageaient, voire même faisaient circuler, ces mythes au sujet des vulnérabilités des vampires (ail, croix, eau bénite, miroirs etc) en guise de camouflage, justement pour que le test du crucifix ou du miroir, appliqué à eux, ne les démasque pas comme vampires?

  18. Ouais, mais d’un roman à l’autre, le bon vieux soleil reste très efficace contre presque toutes les espèces de vampires, si l’on exclut les boules disco de Twilight.

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