Return of the Crimson Guard — Ian C. Esslemont

Return of the Crimson GuardDeuxième roman d’Esslemont sur les aventures malazéennes, Return of the Crimson Guard s’avère beaucoup plus costaud avec ses 700 pages que ne l’a été la novella Night of Knives. Ce roman suit la construction habituelle où différentes factions voyagent et complotent. Le début est lent, il faut camper les personnages, mais le rythme prend de la vitesse. Tout le monde finit par se retrouver au milieu d’un affrontement explosif où les trahisons se multiplient.

Dans ce volet, divers groupes décident de prendre des mesures contre le régime écrasant de Laseen (alias Surly), qui règne en impératrice absolue depuis le début de la série. La Garde Cramoisie se rassemble enfin pour marcher sur l’Empire malazéen. Parmis ces mercenaires se trouvent des soldats ayant fait un voeux magique qui leur donne une longévité et une résistance inhabituelles. Mais l’un des meneurs, Skinner, a des motifs ultérieurs beaucoup plus inquiétants que la simple défaite de l’ennemi. Ailleurs, la vieille garde de l’ancien empereur Kellanved en a soupé du règne de Laseen et s’organise pour la renverser. Parallèlement, Traveller (anciennement Dassem Ultor?) et Ereko mènent conjointement une quête qui risque de leur coûter la vie malgré leurs extraordinaires pouvoirs. Les Seguleh se manifestent, des labyrinthes (warrens) sont ouverts, des Ascendants compliquent les choses et un dieu terrifiant est malencontreusement relâché dans la nature. Des effusions d’hémoglobine s’ensuivent.

Si je me fie à l’expédition de Traveller que l’on aperçoit de temps à autre dans la série de Steven Erikson, Return of the Crimson Guard se déroule peu de temps après The Bonehunters, mais des années après Night of Knives, le premier roman de la série d’Esslemont. Comme travail de collaboration entre deux auteurs, c’est remarquable… en autant que la cohérence tienne le coup jusqu’à la fin! Il devient impossible de lire l’un sans l’autre. Un personnage vite ébauché par Erikson deviendra un protagoniste principal chez Esslemont, et inversement, avec contexte en sus. C’est tellement vrai que — spoilers! — Esslemont se permet d’assassiner Laseen et de la remplacer par un pauvre type. Je me demande comment s’est passée la correspondance entre les deux auteurs. «The weather is great, the kids are fine, and the writing is going nicely. By the way, I’m killing off Laseen. Cheers! — Ian»

J’aurais un petit reproche à faire aux auteurs qui pondent des grosses briques comme celle-ci. Attention aux noms des personnages, même secondaires! S’ils se ressemblent le moindrement, le lecteur va patiner pendant des paragraphes entiers pour essayer de comprendre qui est qui. Des exemples: Mallick Rel et Rell, Shimmer et Skinner, Taya et Talia. Mais le record d’identités assonantes revient réellement à Return of the Crimson Guard à cause de cette liste: Coil, Corl, Corlo, Chord et Choss. Aïe.

Autrement, à part quelques bizarreries grammaticales, le roman devient une lecture plaisante quand tout le monde a été présenté. La brochette de personnages est variée. Il y a les incontournables champions, ces soldats plus grands que nature qui se sacrifient pour la cause ou pour ne pas trahir la confiance de leurs hommes. Il y a les schemers professionnels, ces gens qui jouent à des jeux dangereux en essayant d’obliger des dieux à se plier à leur volonté, ou en manipulant des brochettes d’assassins, ou en sacrifiant leurs propres fidèles au nom de leurs ambitions personnelles. Et il y a les petites gens, de simples soldats que les circonstances obligent à sortir des rangs pour devenir des héros à leur tour.

Alors que Night of Knives semblait se dérouler un peu en périphérie des romans d’Erikson, Return of the Crimson Guard s’insère complètement dans la série malazéenne. Une série à quatre mains pour doubler la lecture, qui dit mieux?

(Ah, oui. Et si les couvertures conservent ce calibre, visuellement ça va faire une belle série. J’aime les bateaux.)

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