Treachery
par Laurine - vendredi, 10 juillet 2009 - 15:10 (Arts visuels, Critiques, SF&F autre)
J’ai dû y regarder à deux fois en voyant la couverture du troisième volume de la série The Dark Tower. Cette fille longiligne et légèrement vêtue sur un fond sorbet, est-ce bien le même univers? Elle n’a pas le visage noyé dans l’ombre, le regard tragique, le geste lent. Il s’agit d’Abigail Ritter, la nièce de Cort — l’instructeur massif et colérique des jeunes pistoleros. J’y reviendrai.
Revenus (presque) sains et saufs de leur mission, Roland, Cuthbert et Alain ont officiellement acquis leur statut de pistoleros malgré leur très jeune âge. Ce n’est pas sans provoquer la jalousie d’autres garçons qui pensent que le trio a gagné ses galons facilement. L’événement doit être souligné par un festin, ce qui donnera l’occasion au sorcier Marten de déployer ses plans en utilisant comme pion principal la mère de Roland.
L’introduction d’une aspirante pistolero dans le cercle des garçons n’est pas si étonnante, en fin de compte. Jusqu’ici, les personnages féminins n’ont pas eu la partie belle. Les dames de ce monde sont des manipulatrices sans cœur, ou des sorcières patentées, ou des victimes qui finissent sur le bûcher (les plus chanceuses d’entre elles, du moins). Il était tout naturel qu’une adolescente se rende compte qu’une femme n’assure pas sa sécurité en épousant un pistolero, mais en s’entraînant pour en devenir un. Et qui de mieux que la nièce de Cort, le maître d’armes, pour remplir ce rôle? D’une certaine façon, Abigail Ritter, qui n’apparaît pas dans les romans, préfigure déjà Susannah Dean et les tireuses d’assiettes de Wolves of the Calla. Je suppose qu’à l’instar de tous les personnages qui s’attachent trop aux pas de Roland, elle ne connaîtra pas une vie longue et heureuse.
Treachery nous fait assister à l’un de ces fameux concours de devinettes dont il est question dans la série. L’événement n’est pas tellement développé, c’est dommage, et se tient entre les murs du château alors que je m’imaginais une joute tenue en plein air. Ce n’est pas le seul détail qui diffère des idées que je me faisais. Les costumes sont parfois extravagants, surtout le drapé impossible des capes qui semblent défier la gravité. Le costume de fête des pistoleros rappelle étrangement l’uniforme nordiste, alors que ces personnages sont plutôt associés aux cowboys du Far West. Au milieu de ces personnages du Nouveau Monde, la touche de fantasy se manifeste dans l’architecture et dans une sorte de féodalisme. Les pistoleros y tiennent le rôle de chevaliers dans une structure hiérarchique dirigée par un roi, Steven Deschain.
Cela vaut la peine de rappeler qu’il ne s’agit pas de fantasy héroïque. Les chevaliers-pistoleros sont sur leur déclin, ils ne résisteront pas longtemps au Roi Cramoisi et à l’effort combiné de ses sbires, Farson, Rhea et Marten. La sauvagerie de Farson, alias l’Homme de bien, ne connaît de limites. L’intensité barbare de ses actes indique déjà que l’on nage en pleine dark fantasy. Dans un décor où des arches de pierre s’élèvent dans le désert ou au milieu de la végétation fangeuse (presque des bayous), on voit littéralement se dessiner un univers unique, une sorte de gothisme à l’américaine qui laisse une impression spéciale.

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