Fractale Framboise

Laurine

The Stress of Her Regard — Tim Powers

par Laurine - samedi, 4 juillet 2009 - 8:30 (Critiques, Lectures, SF&F autre)

The Stress of Her RegardThe Stress of Her Regard (1990) est une autre incursion de Tim Powers dans l’époque victorienne avec, en guise de protagonistes, des personnages historiques. Sans être une suite, l’histoire se déroule quelques années après The Anubis Gates, mais à part la présence de poètes maudits, la ressemblance s’arrête là. Alors que The Anubis Gates déboulait à toute vitesse («Taxi, suivez ce paragraphe!»), The Stress of Her Regard suit le rythme lent des voyages à travers l’Europe au 19e siècle.

Michael Crawford, un médecin sans histoire, s’apprête à se marier. Pendant une soirée bien arrosée, il glisse la bague de mariage au doigt d’une statue. Bague et statue disparaissent au petit matin. Le lendemain de ses noces, il se réveille aux côtés du cadavre mutilé de son épouse. Soupçonné de meurtre, Crawford prend la fuite, mais une sorte de vampire semble le suivre partout. À travers ses pérégrinations en Europe, il se lie d’amitié avec des poètes célèbres, John Keats, Lord Byron et Percy Shelley, tous trois victimes de ces créatures, qui sont à la fois des vampires et des muses. Ils uniront leurs efforts pour se débarrasser de cette peste qui menace la vie de leur famille et de leurs amis.

Outre le choix d’une fonte ratatinée dans l’édition Tachyon, The Stress of Her Regard souffre de longueurs et de répétitions. Il est possible que le rythme inégal du récit soit imposé par la décision de l’auteur de respecter rigoureusement les biographies officielles de ses personnages historiques, tout en exploitant les mystères et les zones d’ombres qui s’y trouvent inévitablement. Il propose ainsi une explication fantastique pour la mort des proches (surtout les enfants) des poètes, et la façon dont ceux-ci sont morts à leur tour. Mais le lecteur est entraîné dans un va et vient constant à travers l’Europe, surtout en Suisse et en Italie. Bien sûr, le dépaysement est plaisant, mais les arrêts sont trop fréquents: la petite troupe, qui ne fait que grossir à vue d’oeil, déménage d’une ville à l’autre, revient sur ses pas, se sépare et se retrouve sans nécessairement faire avancer les choses.

Powers propose une interprétation originale, quoique confuse, du mythe de la lamie et de l’énigme du Sphinx («Quel être, pourvu d’une seule voix, a d’abord quatre jambes, puis deux jambes, et trois jambes ensuite?»). Il y intègre des notions de chimie et oppose deux races, celle à base de silicone et celle à base de carbone, apportant ainsi une toute nouvelle dimension à la société des Carbonari. Il est question de lamies, mais ces créatures se transforment en vampires, en djinns, en créatures de pierre… Il n’y a pas de fil directeur, le mythe part un peu dans tous les sens et le lecteur s’y perd. Toutefois, la manière dont l’auteur intègre les notions de magie de l’Antiquité et de folklore italien crée une ambiance particulière, une impression crédible de mort imminente. Sous sa plume, une belle atmosphère gothique émane des villes italiennes malgré le soleil et la mer.

J’aime particulièrement les personnages de Powers. Ils ne sont pas compliqués ni dépeints minutieusement, ce qui permet au lecteur de modeler le reste avec son imagination. Le personnages de Josephine Carmody, surtout, fait toute une impression. Atteinte de schizophrénie, elle fait parfois surgir une personnalité mécanique qui donne froid dans le dos. Quand elle grimpe des escaliers à quatre pattes dans cet état, on a des flashs involontaires de ces films d’horreur japonais tellement populaires aujourd’hui.

La version française, Le poids de son regard, est disponible chez J’ai Lu.

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  1 commentaire

1 commentaire:    (ajoutez-en un)

  1. #1  Hugo   (6 juillet 2009 - 16:50)

    Merci de se commentaire, Laurine.
    Je ne me souviens plus des détails (il faut que je le relise!), mais je me souviens pas avoir été rebuté pa les moments qui ne semblent pas faire progresser l’intrigue… Parfois, Powers semble digresser, mais j’aime bien comment il fait évoluer ses personnages dans ces moments-là. Tout n’est pas qu’intrigue, tout n’est pas exécutif. Dans ce roman, en plus, je crois qu’il a véritablement voulu éviter de dévier de ce que l’on connait des anecdotes et de la vie des trois poètes romantiques et leur entourage.
    Hugues

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