Fractale Framboise

Laurine

The Strain — Del Toro & Hogan

par Laurine - vendredi, 17 juillet 2009 - 17:10 (Critiques, Lectures, SF&F autre)

The StrainLa population vampirique est en pleine expansion dans les librairies, ciblant des publics de plus en plus variés. Au milieu de cette foule de morts-vivants, une nouvelle série d’horreur essaie de se tailler une place. Il s’agit d’une trilogie signée Guillermo del Toro et Chuck Hogan, dont le premier volume, The Strain (La Lignée en français), est sorti récemment. Le nom de del Toro (Pan’s Labyrinth) est assuré d’attirer l’attention sur la publication, d’autant plus qu’il est déjà un habitué des vampires: on se souvient qu’il a tourné Blade II. Les deux volumes suivants, The Fall et Night Eternal, sortiront d’ici les deux prochaines années.

La mise en situation s’inspire directement de Dracula de Bram Stoker, sauf que le Demeter est ici remplacé par un Boeing 777 en provenance d’Allemagne, qui atterrit à l’aéroport JFK. Les premières pages happent le lecteur en quelques mots: l’avion se pose et, en moins de dix minutes, s’éteint complètement. Les passagers sont tous morts et, dans la soute, on découvre un grand cercueil rempli de terre. Eph Goodweather et sa collègue Nora Martinez, deux employés de la CDC, enquêtent sur ce qu’ils pensent être la propagation d’un mystérieux virus. Ils n’ont pas entièrement tort, mais Abraham Setrakian (à la fois ancien professeur, prêteur sur gages, survivant de l’Holocauste et le Van Helsing de circonstance) vient leur apporter des précisions inattendues. Le virus est propagé par un vampire. Il en existe sept, les «Maîtres»: trois sont en Europe et trois en Amérique, chacun gardant le profil bas et préservant leur écosystème. Le septième, Sardu, est une tête brûlée qui a décidé de conquérir le monde avec l’aide d’un milliardaire humain.

Il y a une tentative de la part des auteurs de donner un certain réalisme scientifique au virus vampire. Celui-ci prend possession des cellules du corps humain et le modifie physiquement. Une partie du système digestif est ainsi transformé en langue projectile qui peut atteindre sa cible à trois mètres. D’autres transformations prévisibles se présentent, toutes convergeant vers un produit final qui rappelle les créatures de Blade II.

En fait, si l’on oublie la mise en situation angoissante, The Strain est très loin de réinventer la roue. Une fois que l’infection se propage, le fil des événements devient non seulement prévisible, mais répétitif. Cinq des passagers de l’avion ont survécu pour une raison encore inconnue. Ils s’empressent évidemment de contaminer leurs proches, leurs collègues et leur voisinage, si bien que la population vampirique s’étend de façon exponentielle. Les créatures, d’abord aussi pataudes que des zombies des années 1970, gagnent en dextérité, en vitesse et en intelligence, finissant par se conformer au moule des années 2000 en matière de morts-vivants. Les auteurs ont beau dire que les créatures sont un virus ambulant, ils trouvent tout naturel de lui donner une conscience — Sardu, le Maître renégat, est parfaitement conscient de répandre le mâââl. C’est ça qui le branche.

À part la séquence de l’aéroport Kennedy, les meilleurs passages à mon avis concernent les rats de New York. Les auteurs ont lu Rats: Observations on the History and Habitat of the City’s Most Unwanted Inhabitant de Robert Sullivan et brossent un portrait fascinant de l’autre population nocturne. Le personnage du chasseur de rats, Vasiliy «Vaz» Fet, est pas mal non plus, le genre qui analyse la situation paranormale sous l’angle d’un chasseur de vermine. C’est toujours son boulot, mais avec des complications supplémentaires. Les autres personnages remplissent leur rôle, mais sont d’un conformisme navrant: Eph le divorcé qui veut voir son fils, Nora la future petite amie, Setrakian qui sait tout…

Autre détail gênant, on sent le film derrière la narration. J’ignore si cette impression vient du découpage épileptique ou le simple effet de déjà vu, mais je n’ai pas été surprise en voyant sur le site officiel que certains passages du roman ont carrément été mis en scène (section Multimédia).

Le premier volume laisse tomber le lecteur, en fin de compte. Il faudrait que les développements subséquents réinventent le pain en tranches pour m’inciter à poursuivre la lecture. Il ne faut pas s’étonner que les publicistes parlent plutôt de l’œuvre filmographique de del Toro que du roman lui-même. C’est la locomotive qui tire le projet, mais jusqu’ici, je trouve les wagons plutôt vides.

  2 commentaires

2 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. #1  Cédric Ferrand   (18 juillet 2009 - 6:48)

    À force de voir ce livre en pile à l’entrée de Chapters/Indigo, j’ai failli l’acheter par curiosité (c’est vrai que j’avais envie de retrouver le Del Toro du Labyrinthe de Pan en roman). Mais à lire ton billet, je suis bien content de ne pas avoir craqué.

  2. Laurine

    #2  Laurine   (18 juillet 2009 - 18:42)

    Un gros bof, le bouquin. Je n’ai même pas abordé le problème des nombreuses incohérences du récit ou celui des personnages qui n’agissent pas selon une logique continue (surtout les vampires).

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