Fractale Framboise

Laurine

Serenity Found — Jane Espenson

par Laurine - mercredi, 17 juin 2009 - 17:00 (Critiques, Lectures, SF&F autre)

Serenity FoundL’ouvrage Serenity Found reprend le concept de Finding Serenity en incluant cette fois le film dans ses diverses analyses.

Je note un peu d’errance chez certains Browncoats lorsqu’ils expliquent en quoi Firefly est une bonne série de science-fiction. Je ne les contredirai pas lorsqu’ils avancent que la qualité de l’écriture, la richesse de l’univers whedonesque et le réalisme parfois rigolo des personnages contribuent à l’excellence de la série. Mais est-ce que ces éléments en font nécessairement une bonne série de science-fiction? Orson Scott Card et Maggie Burns sont convaincus que oui, chacun avançant ses raisons dans leur essai respectif. Celles-ci se résument en peu de mots. Firefly ne met pas en scène l’extraterrestre de la semaine (comme le fait Star Trek) ou une religion quelconque qui répond aux besoins spirituels d’un certain public (comme le fait Star Wars). On n’y trouve pas des personnages noirs et blancs ou un monde militaire tout propre (comme le fait Stargate). La série propose un contexte d’apparence crédible en montrant les gens dans un univers plus naturel avec ses défauts, sa saleté, ses choix idéologiques douteux, y compris ses tuques tricotées, ses gâteaux d’anniversaire tout croches et ses robes de mauvais goût. Mais je reviens à la question initiale. Est-ce que ces éléments font de Firefly une bonne série de science-fiction? Un point de vue plus honnête s’attarderait sur la terraformation parfaitement réussie de plusieurs planètes — toutes des clones de la Terre — ou le fait que les vaisseaux spatiaux se réparent comme des vieilles bagnoles.

En fait, un vieux préjugé veut qu’on ne mêle pas la science-fiction et le western — ou tout autre genre reconnaissable, comme le polar. Je ne fais pas partie de la génération qui été témoin de la prise de position de la revue Galaxy Science Fiction contre ce genre de croisement, où la brave monture hennissante est simplement remplacée par une motojet. Sa page arrière clamait «Vous ne verrez jamais ceci dans Galaxy!». S’ensuivaient deux ou trois paragraphes décrivant les aventures d’un héros fictif nommé Bat Durston, aventures qui semblaient être tirées d’un roman western, mais où le décor avait été remplacé par des éléments futuristes. Le nom Bat Durston est passé à la postérité et qualifie maintenant cette science-fiction trop facile, trop pulp, trop… populaire? Bruce Bethke explique tout ceci en détail dans son essai. Il est clair que Firefly peut être facilement rangé dans cette catégorie peu recommandable, mais comme Bethke le souligne, pourquoi se priver du plaisir que procure une histoire bien écrite pour une question de purisme?

Le décor western ne déplaît pas à tout le monde. Evelyn Vaugh voit dans Firefly une façon habile d’aborder les conséquences de la Guerre civile — surtout pour le Sud — sans qu’elles soient reléguées au second plan par l’esclavagisme. Tous les Sudistes ne se battaient pas pour maintenir le droit d’avoir des esclaves, assure-t-elle. Ils se battaient pour conserver leurs terres et leur indépendance vis-à-vis l’intrusion du gouvernement. P. Gardner Goldsmith voit dans la série une apologie du libertarisme, une utopie qu’il soutient personnellement et où les pouvoir du gouvernement sont limités à presque rien. (Hum. L’auteur ne semble pas savoir qu’il existe plusieurs degrés d’implication du gouvernement entre un régime démocratique et la dictature imposée par l’Alliance dans Firefly.)

Plusieurs essayistes mentionnent le rapport entre le comportement de l’Alliance et celui du gouvernement américain à l’époque de George W. Bush. L’Alliance est l’exemple typique du gouvernement qui outrepasse ses droits au nom d’un idéal fondé sur un ramassis de mensonges. C’est sûr que, culturellement, ce président raté était plus proche des Browncoats. Mais ce fils à papa, qui n’a jamais manqué de rien dans sa vie et n’a jamais travaillé très fort non plus, était un cowboy par idéal personnel plutôt que par nécessité.

Il est beaucoup question des personnages, bien sûr. Eric Greene exprime ses regrets devant la mort du pasteur Book, qui emporte ses secrets dans la tombe. Greene voyait en lui un négatif de Mal, qui avait perdu la foi pour les mêmes raisons que Book l’avait trouvée. Natasha Giardina s’élève contre le traitement réservés aux geeks dans les histoires, et plus précisément contre la mort de Mr. Universe. S’il y avait plus de gens comme lui, on trouverait la vérité à la source et on passerait plus de temps devant l’ordi à se faire des amis au lieu d’aller régler ses problèmes à coups de poings et à coups de fusils — l’attitude typique du héros violent qui a la certitude d’avoir raison (allô Bush). Michael Marano s’intéresse aux femmes-armes de l’univers whedonesque. Rappelons que Josh Whedon a écrit le scénario d’Alien IV: Resurrection. Ellen Ripley, Buffy Summers et River Tam ont des points communs: créées par un groupe d’hommes, elle s’émancipent en se retournant contre leurs créateurs.

Les essais sont variés et très courts, ce qui permet au lecteur de butiner d’un sujet à l’autre. Soulignons que les textes sont rédigés dans un langage clair et n’emploient jamais l’affreux jargon universitaire — d’ailleurs, une bonne partie des participants sont des gens du milieu de la télévision.

  4 commentaires

4 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. #1  Cédric Ferrand   (19 juin 2009 - 17:11)

    J’hésite toujours devant ce genre d’ouvrages.
    Je ne me sens jamais assez fanboy pour les acheter.

    Laurine, as-tu jeté un oeil aux comics Serenity ?

  2. Laurine

    #2  Laurine   (19 juin 2009 - 18:40)

    Nan. Les adaptations BD, c’est vraiment en dernier recours. C’est un bon médium pour développer un univers, mais les personnages sont rarement dessinés de façon ressemblante et ça m’énerve. (Une exception: les BD de la série Heroes où les artistes font un effort de ce côté.)

    Les essais, par contre, ont l’avantage de mettre en valeur des aspects pointus de la série auxquels on ne réfléchit pas sur le coup en la regardant. La lecture peut aussi être intéressante parce qu’elle montre à quel point la perception des fans varie selon leurs sensibilités. Le seul ennui avec ces deux ouvrages, c’est que les textes sont un peu superficiels. Je ne peux pas blâmer les auteurs, la série n’ayant duré qu’une saison.

  3. #3  Dominic   (17 juillet 2009 - 10:03)

    Je me suis accroché à cet univers en découvrant le film par hasard il y a quelques années. Malgré le fait d’avoir su que la série ne reviendra probablement jamais, je suis content de voir que des gens continuent de s’intéresser à cet univers de diverses façons. Merci Laurine pour cet intéressant billet.

  4. Laurine

    #4  Laurine   (17 juillet 2009 - 18:37)

    Non seulement le film était bon, mais il proposait une conclusion satisfaisante qui montrait que quand c’est fini, c’est fini. (On ne peut pas en dire autant, disons, des X-Files.)

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