Finding Serenity — Jane Espenson
par Laurine - samedi, 13 juin 2009 - 9:30 (Critiques, Lectures, SF&F autre)
Comme c’est le cas pour toutes les séries cultes, Firefly a été la source de nombreux essais portant sur divers aspects du récit: les personnages, les décors, la société qu’on y dépeint, les références culturelles… Finding Serenity est une petite anthologie regroupant une vingtaine de ces essais, allant des opinions (parfois contradictoires) aux textes humoristiques. On y trouve un glossaire des termes chinois utilisés par les personnages et aussi un texte rédigé par Jewel Staite — l’actrice qui incarnait Kayle, la mécanicienne — où elle évoque ses souvenirs du tournage. L’ouvrage a été dirigé par Jane Espenson et est publié par BenBella Books, dans la collection Smart Pop. Je ne ferai pas un résumé de chaque essai, cela pourrait s’avérer fastidieux, mais je vais au moins souligner les points qui m’ont le plus intéressée.
L’un des points débattus est la raison qui a poussé le réseau FOX à canceller la diffusion de Firefly. L’idée voulant que le réseau embauche des incompétents est la plus répandue, mais on s’entend pour dire que ce n’est pas l’unique raison (à vrai dire, il paraît qu’il y a des grands fans de Firefly chez FOX). Ginger Buchanan, par exemple, blâme de façon égale la FOX, Gene Rodenberry et Joss Whedon, le créateur de la série. Elle pense qu’à cause de l’immense succès des franchises Star Trek, il n’est maintenant plus concevable de proposer une série de science-fiction qui se déroule dans l’espace sans y inclure des extraterrestres — surtout les espèces humanoïdes qui parlent couramment l’anglais. Selon elle, les spectateurs ont été déroutés par cette fiction spatiale qui ne mettait en scène que des humains se dépêtrant dans des problèmes terre à terre. (Petite note personnelle ici, les robots remplissent la même fonction dans une série comme Battlestar Galactica.) L’auteure souligne aussi que pour créer Firefly, Joss Whedon a croisé le genre SF avec un genre télévisuellement mort (ou presque), le western, ce qui n’a pas aidé à entretenir l’intérêt des masses.
Un autre auteur, Keith R. A. DeCandido, évoque d’autres raisons évidentes: la plage horaire minable, les interruptions sportives, les épisodes montrés dans le désordre. Il assure également que l’épisode «The Train Job», qui a été écrit en un week-end et qui a servi à présenter la série aux téléspectateurs, a contribué à creuser la tombe du projet. Au lieu de diffuser le pilote de deux heures où les grandes lignes de l’histoire étaient clairement définies, le réseau FOX a exigé un épisode plus court. «The Train Job» n’arrive pas à camper les personnages correctement, à expliquer leur présence à bord du Serenity ou même le fait qu’ils travaillent pour un méchant abject. Le pilote, lui, a été diffusé… à la fin de la série.
De son côté, Mercedes Lackey propose un essai fort intéressant sur l’illusion de liberté dans l’univers de Firefly. Comme les dirigeants dans la vraie vie, l’Alliance prétend diriger un monde «libre» qui n’est en fait qu’un simulacre de démocratie. Dans cette dystopie, on utilise des techniques éprouvées qui consistent à démoniser l’ennemi ou à inventer des menaces pour réduire la liberté au nom de la sécurité. Ceux qui tirent les ficelles sont des individus anonymes qui n’ont pas de réel contact avec le monde. Si leur pouvoir repose sur l’argent, une fortune personnelle n’est même pas une garantie de liberté pour la classe aisée. Les riches doivent se plier aux lois et aux convenances sous peine de tout perdre. L’Alliance doit aussi créer une illusion de liberté chez les pauvres, car elle n’arrive pas à contrôler un empire qui est devenu trop étendu. Les fermiers qui triment dans les mondes en périphérie dépendent des livraisons de médicaments et de vivres. Certaines de ces livraisons sont faites illégalement et par des équipages comme celui du Serenity, dont les membres se croient libres. En fait, l’Alliance les laisse opérer pour que les fermiers ne tombent pas dans une misère insupportable qui les pousserait à la révolte. L’Alliance ne peut surveiller tous les mondes en périphérie et ferme donc les yeux sur une certaine forme d’illégalité — un semblant de liberté — pour assurer son contrôle.
Un personnage qui soulève la controverse est celui de Zoe, la soldate sexy et inflexible. Tanya Huff la trouve crédible et mature. Elle y voit une icône féministe qui change agréablement de l’adolescente Buffy, dont les troubles sentimentaux minent son entrée dans le monde adulte. Michelle Sagara West a un point faible pour le mariage de Zoe et Wash, le pilote qui joue avec des dinosaures en plastique. Elle y voit une association heureuse entre contraires qui s’attirent et se complètent. Mais Nancy Holder se plaint que les personnages féminins de Firefly, y compris Zoe, sont trop conservateurs, et ce, à cause du genre exploité, le western. Elle remarque que Zoe est la seconde d’un capitaine masculin, et qu’à la fin d’une journée de fusillade, elle retourne auprès de son mari. Comme quoi, on ne peut satisfaire tout le monde.
Il va sans dire, Finding Serenity ne s’adresse qu’aux fans puisqu’on fait continuellement référence à des détails pointus et à des scènes précises. Mais l’ouvrage donne envie de lire la suite, qui s’intitule Serenity Found et qui inclut le film dans ses analyses.

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