Fractale Framboise

Laurine

La Caverne — Marina & Serguei Diatchenko

par Laurine - lundi, 13 avril 2009 - 19:15 (Critiques, Lectures, SF&F autre)

La caverne J’ai hérité d’un exemplaire de La Caverne lorsque celui-ci s’est retrouvé par erreur dans une pile de polars envoyés en service de presse. D’après les quelques informations glanées sur Internet, ce roman d’un couple ukrainien connaît un succès d’estime certain auprès des critiques francophones (et des ventes enviables dans les pays de l’Est, nous assure la notice publicitaire). Pour ma part, je n’en avais jamais entendu parler, ce qui prouve que je devrais être plus à l’affût de ce qui se publie hors de la sphère anglo-saxonne.

La couverture pourrait laisser croire qu’il s’agit d’un roman de fantasy, mais il n’en est rien. On tombe dans une sorte de science-fiction un peu dystopique, un peu uchronique, où les apparences sont trompeuses. Dans cette ville sans nom, les gens vivent en paix, à l’abri du meurtre et de la guerre. La nuit venue, ils se transforment en bêtes oniriques — les uns prédateurs et les autres herbivores selon leur personnalité — qui évoluent dans une caverne. Sous cette forme, les habitants peuvent laisser libre cours à leurs pulsions les plus primaires, y compris la chasse. Le matin venu, il arrive qu’une personne ne se réveille pas. «Son sommeil était profond», dira l’article de journal.

L’héroïne est une ingénue dans la vingtaine nommée Pavla Nimrobets. Dans la Caverne, la jeune femme se transforme en daine, une douce créature et une proie de choix. L’impossible arrive lorsqu’elle échappe trois nuits de suite à un terrible stark. Plus incroyable encore, la daine et le stark réussissent à s’identifier sous leur forme humaine: Pavla Nimrobets, l’empotée chronique, et Raman Kovitch, le metteur en scène tyrannique. Les choses évoluent de mal en pis lorsque le Trimagistère s’intéresse au cas de Pavla, car il pourrait menacer le fragile équilibre qui existe dans la Caverne. Qui, en effet, ne souhaiterait pas pouvoir synthétiser l’inconcevable chance de la jeune fille?

Restant en bordure du fantastique pendant le premier quart, le roman plonge graduellement dans la science-fiction lorsqu’interviennent des notions de rêves contrôlés, de statistiques anormales, de mutation, de surveillance généralisée et d’expériences sur des sujets non consentants. Peu à peu, le décor naturel de la Caverne, avec sa mousse, ses couloirs et ses ruisseaux, devient exactement cela, un décor. Le mystère plonge dans un cauchemar orwellien où le libre arbitre a été complètement annihilé au nom du bien commun.

Le roman vaut la peine d’être lu malgré les quelques défauts. Il faut surmonter l’épreuve de la traduction maladroite, truffée de phrases biscornues. Il faut aussi subir des répétitions à n’en plus finir: par exemple, tous les passages où la daine entre en scène mentionnent ses oreilles délicates en forme de conque et la petitesse de ses sabots. Enfin, l’héroïne est une gourde. Malgré ses vingt-cinq ans, elle a l’âge mental et l’expérience de vie d’une adolescente. Tout le monde la traite comme une débile, une gaffeuse et une emplâtrée, et on finit par la percevoir comme telle. Heureusement que ses mésaventures la font gagner en maturité.

Un aspect qui m’a un peu déboussolée — et je ne m’en plains pas — est le style slave auquel je ne suis pas habituée. Le rythme de la narration est tout sauf chronométré. Les auteurs prennent leur temps pour camper les personnages et pour développer les situations. Même les scènes d’action se déroulent à un rythme qui ne m’est pas familier, comme s’il y avait des effets de ralenti. Ça change beaucoup de la construction des romans nord-américains, que j’assimile maintenant de façon inconsciente.

Il en reste que l’expérience vaut la peine d’être lue. Le livre est édité par Albin Michel en grand format. Je le répète, ne vous laissez pas leurrer par la couverture — elle est jolie, mais peu adaptée. Les thèmes du roman sont très différents.

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  6 commentaires

6 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. #1  Cédric Ferrand   (3 mai 2009 - 17:02)

    Au passage, ce n’est pas parce que personne ne commente ce billet sur “La Caverne” qu’il faut abandonner. Go, Fractals, go !

  2. Laurine

    #2  Laurine   (4 mai 2009 - 8:53)

    Désolée pour le silence prolongé, mais de mon côté je suis en congé de maladie pendant quelques semaines. Je vérifie les commentaires de temps en temps, sans avoir beaucoup d’énergie pour écrire un billet. Bientôt, j’espère…

    P.S.: Voulez-vous un micro ouvert? Ça passe le temps.

  3. #3  Cédric Ferrand   (4 mai 2009 - 10:40)

    Bonne convalescence, Laurine.

  4. #4  Serge   (4 mai 2009 - 15:00)

    Bon rétablissement.
    Tes écrits nous manque.

  5. #5  Lolo992   (3 juin 2009 - 17:39)

    Bonjour et merci pour cette critique d’un livre que j’ai attendu deux ans environ avant sa traduction française. Je viens de l’acheter et je vais m’y plonger très prochainement. Bravo aussi de préciser que les deux auteurs sont ukrainiens.Car par amalgame:du fait que le livre a été traduit du russe, les auteurs sont,à tort, souvent décrits, dans de nombreux articles ou posts, comme auteurs russes, alors qu’ils sont ukrainiens. En tout cas j’espère que d’autres œuvres des ces deux auteurs seront très vite traduites. Car d’après les échos que j’en ai, je pense qu’elles le méritent.
    Ps Bon rétablissement.

  6. Laurine

    #6  Laurine   (4 juin 2009 - 18:37)

    J’espère que les futures traductions rendront mieux justice aux prochains romans. Dans le cas de La Caverne, le texte souffre de la présence de plusieurs phrases sans queue ni tête. On pourra toujours dire que ça ajoute une touche d’onirisme supplémentaire! :-)

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