Sita Sings the Blues
par Christian - mercredi, 4 mars 2009 - 20:58 (Arts visuels, Plogues, SF&F autre)
On dit souvent que l’on peut trouver de tout sur l’Internet, et c’est habituellement une affirmation qui laisse présager le pire : Peu importe votre perversité fétiche, l’internet a un site à vous offrir. Mais ça veux également dire qu’il existe plein de choses merveilleuses à découvrir, pour le prix d’une connexion internet à haute vitesse.
Et l’exemple récent le plus frappant de cette manne disponible à nous est sans aucun doute Sita Sings the Blues, un film d’animation délicieux de 82 minutes maintenant disponible légalement et gratuitement sur Internet. Voici ce qui est arrivé : Quand l’animatrice Nina Paley a conçu Sita Sings the Blues, elle a voulu marier la légende indienne du Râmâyana avec des chansons jazz des années 1920 étrangement appropriées. Malheureusement, grâce aux lois de droits d’auteurs, ces enregistrements se retrouvent en territoire juridique confus : officiellement dans le domaine public, ils sont en revanche basés sur des textes et mélodies toujours protégés par droit d’auteur, 90 ans plus tard. Il était possible pour Paley de payer des droits de reproduction pour les enregistrements, mais pas pour fins de redistribution. Ergo, nous dit-on, il est possible de distribuer le film sur Internet pour fins promotionnelles, mais pas de le montrer à grande échelle.
Mais oubliez les basses questions de droits d’auteur : parlons plutôt de qualités artistiques. Car Sita Sings the Blues est une rareté : Un bon film. Profondément personnelle, cette histoire racontant « la plus grand rupture amoureuse jamais racontée » gambade entre quatre styles d’animation, allant de l’histoire de Nina Paley elle-même à des numéros musicaux irrésistibles mélangeant humour, animation 2D et chansons jazz. Et c’est très, très drôle. Culturellement audacieux, coquettement féministe, profondément symbolique : voila non seulement un film qui a l’air beau, mais qui a du contenu sur les os. Que ceux que rebute l’idée d’un film racontant « An animated version of the epic Indian tale of Ramayana set to the 1920’s jazz vocals of Annette Hanshaw » (comme le dit si bien Ebert dans la critique la plus convaincante du film que j’aie lu jusqu’ici) n’aient rien à redouter : Sita Sings the Blues est le genre de film charmant qui peux faire de n’importe qui un évangéliste de ses vertus. Que vous aimez les romances épiques ou les combats entre armées de démons et de singes, ce film a de tout pour tout le monde. Ais-je mentionné qu’il s’agit d’un film de fantastique?
Oui, c’est en anglais. Oui, ça prend une connexion Internet à haute vitesse pour télécharger les quelques 500Mos de la version moyenne-résolution du film. Oui, c’est un investissement de temps que de regarder 82 minutes d’un film. Mais je vous garantis qu’après un premier dix minutes un peu discontinu, le tout finit par profiter d’un rythme de croisière bien contrôlé. Qui pourra résister au premier numéro musical qui se termine par un plan où le sang projeté de démons décapités finit par former une garde d’honneur à un jeune couple? Mieux encore : ça reste joliment chou.
En ce qui me concerne, j’ai téléchargé et vu Sita Sings the Blues… et l’ai trouvé bien meilleur que l’essentiel de ce que les cinémas avaient à m’offrir depuis des mois. J’ai donc pris ma carte de crédit et contribué le prix d’un billet de cinéma (10$) directement au compte que questioncopyright.org a crée pour Nina Paley. Tôt ou tard, ce sera un modèle d’affaire parfaitement respectable pour un film. Et on trouvera alors encore plus de choses merveilleuses sur Internet.
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