Fractale Framboise

Christian

Aux bulletins, citoyens!

par Christian - jeudi, 26 février 2009 - 21:44 (Inclassé)

Chers lecteurs, l’heure est grave: Il vous reste moins de 48 heures pour sauver la science-fiction telle que vous l’aimez.

Car le mois de février achève, et avec lui l’occasion de soumettre vos nominations pour les Prix Aurora et les Prix Hugos.  Deux prix qui (est-il utile de le rappeler) seront remis à Montréal, dans le cadre du congrès mondial de la science-fiction Anticipation du 6 au 10 août prochain.

Vous devez être membre enregistré d’Anticipation pour voter aux prix Hugos.  Je ne passerai pas beaucoup de temps à discuter des Hugos (après tout, il existe une excellente page à ce sujet (en français!) sur le site du congrès, ainsi que plusieurs bonnes listes de recommandations.  (Si vous n’en lisez qu’une, jetez un œil sur la longue liste des Prix Locus, et profitez-en pour remplir le sondage.)  Des centaines des personnes soumettent des nominations aux Prix Hugo; si vous êtes inscripts, qu’attendez-vous pour en faire autant?

Mais si les Hugos demandent une inscription au congrès, vous n’avez qu’à être citoyen canadien pour soumettre vos nominations au Prix Aurora.  (Désolé, cousins français.)  Et entendons-nous franchement : Entre les Hugos et les Auroras, ce sont les Auroras qui ont sérieusement besoin d’aide.  Les dernières années ont vu plusieurs catégories francophone récolter des nominations complètement débiles, ou bien ne pas être décernées par manque de nominations.  Nous pouvons faire mieux cette année, même s’il reste moins de 48 heures.

Vos nominations sont importantes pour plusieurs raisons : en tant que lecteur de Fractale Framboise, vous êtes sans doute un peu mieux informé que les jeunes imbéciles irresponsables qui ne nominent que leur chum ou leur prof de français (ne riez pas, c’est arrivé).  Vous connaissez plus d’une œuvre canadienne-française qui mérite d’être recommandée à d’autres personnes?  Partagez vos impressions!

Car même les Prix Auroras sont utiles à tout le monde : Aux auteurs, ils offrent une validation pour un métier ingrat, des récompenses avec lesquelles étoffer leur bibliographie et convaincre des comités de subvention.  Aux lecteurs, les prix forment une première tentative d’établir une liste de recommandation, un canon d’œuvres essentielles du genre.  On juge éventuellement un prix sur les récipiendaires qui survivent au fil des années et offrent toujours des expériences de lecture mémorables.  (Ce qui ne sera pas le cas de plusieurs gagnants récents.)  Laisserez-vous quelqu’un d’autre dicter les œuvres qui seront lues dans une dizaine d’années, ou préférez-vous prendre cinq minutes pour y mettre votre grain de sel?

Nominer, c’est facile!  Voici comment faire en cinq étapes et dix minutes :

  1. Vous ne savez pas ce qui est éligible?  Piètre excuse!  Allez jeter un coup d’œil à la liste des œuvre admissibles en anglais et en français.  (Ouvrez-les dans des nouvelles fenêtres pour y faire référence.)
  2. Dirigez-vous au bulletin de nomination électronique.
  3. Remplissez les renseignements personnels pour valider votre identité.
  4. Pour chaque catégorie, soumettrez deux ou trois choix.
  5. Appuyez sur le bouton « Soumettre » et profitez du sentiment d’un travail bien accompli.

Si vous cherchez des recommandations, (et sans parlez pour mon confrère et ma consœur), laissez-moi vous suggérer une courte liste d’œuvres recommandées…

Meilleur Roman en anglais

  • Cory Doctorow, Little Brother (Tor)
  • Karl Schroeder, Pirate Sun (Tor)
  • Hayden Trenholm, Defining Diana (Bundoran)
  • Edward Willett, Marseguro (Daw)

Meilleur Roman en français

  • Eric Gauthier, Une fêlure au flanc du monde (Alire)
  • Pierre-Luc Lafrance, L’Arracheur de rêves (La Veuve noire)
  • Héloïse Côté, Les Exilés (Alire)
  • Michel J. Lévesque, Noires Nouvelles (Les Intouchables)
  • Daniel Sernine, Les Écueils du temps (Alire)

Meilleure nouvelle en anglais

  • (Voir le sommaire de Tesseracts Twelve ou bien de la revue On Spec)

Meilleure nouvelle en français

Meilleur Ouvrage en anglais (Autre)

  • Lalumière, Claude (ed) Tesseracts Twelve
  • Johanson, Karl (ed), Neo-opsis
  • Diane Walton (ed), On Spec

Meilleur Ouvrage en français (Autre)

  • Sophie Beaulé, Jean-Louis Trudel (David)
  • Joël Champetier (ed), Solaris
  • Mario Tessier, chroniques (Revue Solaris)
  • (Aussi: Les critiques pour Solaris, de Jérôme-Olivier Allard à Philippe-Aubert Côté, Hugues Morin, Daniel Sernine, Pascale Raud, etc.)

Accomplissement Artistique

  • Laurine Spehner (Alire, Vents d’Ouest, etc.)
  • Ronn Sutton (Dark Horse, etc.)
  • Steve Bolduc (Solaris, etc.)
  • Jacques Lamontagne (Solaris, etc.)
  • Guy England (Alire, etc.)

Accomplissement Fanique (Fanzine)

  • Brins d’éternité
  • Clair/Obscur

Accomplissement Fanique (Organisation)

  • René Walling, Anticipation 2009
  • Cathy Palmer-Lister, ConCept 2008
  • Jean-Louis Trudel, Boréal 2008
  • Randy McCharles, World Fantasy Convention 2008

Accomplissement Fanique (Autre)

  • Shirley-Carol Landry, sffq.org
  • James Nicoll, james-nicoll.livejournal.com
  • Les blogs sont éligibles dans cette catégorie. Sentez-vous donc libre de nominer votre blogue favori… et pas nécessairement celui-ci!

Ne perdez pas une minute de plus et allez nominer!

  32 commentaires

32 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. Christian

    #1  Christian   (26 février 2009 - 21:58)

    (Et pour ceux qui se le demandent –ça m’a pris quinze minutes, mais avec un détour pour lire un blog que je n’avais pas lu depuis un moment.)

  2. #2  Sarah-Émilie   (27 février 2009 - 3:37)

    Ce que tu es convaincant! C’est fait.

  3. #3  claude b.   (27 février 2009 - 12:43)

    On va voir qui a le plus grand nombre de copains.

  4. Christian

    #4  Christian   (27 février 2009 - 18:44)

    Sarah-Émilie: Hourra!

    claude b.: C’est effectivement un grotesque concours de popularité. Parles-en à tous tes amis!

  5. #5  Alain Ducharme   (27 février 2009 - 21:13)

    Dans “Meilleur Roman en Anglais”, je rajouterais “Half a Crown” de Jo Walton.

    Pour Meilleur Nouvelle en Anglais”, je crois qu’il est un bonne chose d’élargir la liste aux textes d’auteurs canadiens publiés à l’extérieur. Le texte “The Things that Make Me Weak and Strange Get Engineered Away” de Cory Doctorow, publié sur le site tor.com et disponible gratuitement mérite d’être souligné. Matthew Hugues a aussi publié quelques excellents textes dans la revue Fantasy & Science-fiction.

    (J’aurais eu d’autres suggestions si seulement j’avais conservé copie de mes nominations…)

    Alain “Qui veut être mon ami?” Ducharme

  6. #6  claude b.   (28 février 2009 - 11:38)

    Je trouve cette formule un peu regrettable. Il me semble que ça dévalue la notion de prix littéraire. Un concours de popularité, je veux bien, mais qu’on appelle ça autrement que prix. Remarquez, ce n’est pas propre aux Aurora. Il y a aussi les Merlin, pour lesquels on voit des auteurs mendier des votes un peu partout. J’aime beaucoup l’idée de prix populaire, mais comment peut-on éviter le racolage?

  7. #7  claude b.   (28 février 2009 - 14:45)

    Aux Aurora, y a-t-il un comité qui sélectionne les finalistes avant que votent les gens?

  8. #8  Jean-Louis   (28 février 2009 - 15:38)

    En réponse à Claude:

    il y a au moins deux solutions

    (i) que ce soit un prix vraiment populaire, qui récolterait des milliers de votes, de sorte que le total des suffrages noierait toute tentative de recrutement des copains par les auteurs;

    (ii) que ce soit un prix fanique, uniquement réservé aux inscrits d’un congrès, où les votants sont copains avec trop d’auteurs différents pour ne pas être raisonnablement neutres.

    Le prix du public du Salon du Livre de Montréal relève du premier type; les Prix Hugo relèvent du second. Mais les Prix Aurora ont opté pour un compromis entre les deux que je trouve un peu boiteux.

  9. Christian

    #9  Christian   (28 février 2009 - 20:50)

    Alain: Je vais être ton ami, surtout si tu me pardonne d’avoir oublié que, maintenant qu’elle est immigrante reçu, Jo Walton est éligible aux Auroras. Il va sans dire que l’univers de la nouvelle canadienne-anglais ne se limite pas qu’à On Spec et Tesseracts Twelve; la preuve étant que j’ai nominé une oeuvre parue dans Strange Horizons.

    claude b.: Aucune comité ne sélectionne les finalistes aux Prix Aurora avant que le bulletin final ne soit établi. Tout au plus un sous-comité désigné par l’administrateur du prix peut aider à déterminer si une oeuvre est éligible selon des question d’année de publication, de nationalité de l’auteur, ou bien de publication professionnelle. (Il est également possible à l’administrateur de changer des nominations de catégories, comme quand des gens nominent une activité professionnelle dans une activité fanique, ou vice-versa.)

    Jean-Louis: Tu oublie (iii), c’est à dire “les prix populaires ne sont que de la bouillie pour les chats, et il faut nous réfugier sous le sain fascisme des prix décernés par jury.”

  10. #10  claude b.   (1 mars 2009 - 11:53)

    La solution 2 est la plus réaliste. N’est-ce pas celle des Boréal?

  11. #11  Alain Ducharme   (1 mars 2009 - 12:53)

    La nature bilingue des Auroras cause à des problèmes à la solution 2. Si le congrès est anglophone et a lieu à l’extérieur du Québec, le nombre de votants francophones peut être très réduit.

    Ainsi, en 2007, 19 personnes ont voté pour le prix du meilleur livre en français, et 16 pour le prix de la meilleur nouvelle. Ces chiffres incluent ceux qui ont voté par la poste sans être présent au congrès. Et on parle ici des votes – pas des nominations.

    Une solution serait que, chaque année, le vote soit limité aux inscrits de deux congrès, un francophone et l’autre anglophone, mais cela pourrait causer des difficultés au niveau de la logistique.

  12. #12  MJL   (17 mars 2009 - 9:24)

    J’ai reçu ce matin la liste des nominations pour les prix Aurora.

    Apparence que c’est une autre bande de copains qui a voté cette année!

    Ça se rééquilibre, manquablement ! ;-)

  13. #13  MIchele Laframboise   (17 mars 2009 - 19:09)

    Youpiiie!

    Battu mon record de 3 nominations en 2003!

    Et vous avez amplement le temps de lire Les Vents de Tammerlan d’ici la tombée!

    (Et moi de lire Une fêlure… hum!)

    Michèle bien consolée de l’année dernière.

  14. Christian

    #14  Christian   (17 mars 2009 - 21:01)

    L’annonce des nominations est ici. (Et les instructions pour voter, )

  15. #15  Alain Ducharme   (17 mars 2009 - 21:29)

    J’en suis presque à me demander s’ils ont bien reçu tous les bulletins soumis électroniquement. Je sais que je n’ai jamais reçu aucune confirmation – est-ce normal?

    Ce qui fait le plus pitié, c’est qu’il y a seulement deux nominations dans la catégorie “Meilleur roman en Français”. Ça envoi une très mauvaise image de notre milieu.

    Je viens de consulter les règlements du prix: pour apparaître sur le bulletin, une oeuvre devait avoir reçu un minimum de 5 votes. J’ai l’impression que le nombre de votant était plutôt limité, et que plusieurs romans n’avaient que 3 ou 4 votes.

  16. #16  Jean-Louis   (18 mars 2009 - 16:41)

    Il me semble qu’il y ait des chances, Alain, que ton bulletin ait été bien enregistré…

    Mais où vois-tu cette exigence de cinq votes? Dans les deux versions de la constitution que je viens de consulter, il est uniquement question d’un minimum de deux votes ou nominations. Le chiffre 5 n’apparaît qu’en rapport avec le nombre maximal de finalistes dans chaque catégorie.

    À la réunion des Prix Aurora du mois d’août (dans le cadre d’Anticipation), je vais proposer un jumelage des prix Aurora et Boréal, de sorte que le gagnant d’un prix Boréal serait automatiquement reconnu comme le gagnant d’un prix Aurora dans la catégorie correspondante.

    Ceci aurait pour avantage de réduire les confusions entre les deux prix et d’augmenter la légitimité du processus, puisqu’il n’y aurait plus qu’un prix du public en sf tout comme il n’y a qu’un prix des jurés (le prix Jacques-Brossard et son pendant jeunesse). Autre avantage : comme il n’y a pas pénurie de votants pour les prix Boréal, il y aurait un nombre respectable de finalistes dans chaque catégorie.

    Si vous êtes d’accord, venez m’appuyer. La réunion sera ouverte à tous les inscrits d’Anticipation.

  17. #17  Alain Ducharme   (18 mars 2009 - 17:35)

    Je me basais sur l’extrait suivant du procès-verbal 2008:

    Article II…Section 8: Nominations: Selection of nominees for the final Award voting shall be done by a poll conducted by the Canvention Aurora Awards Committee, in which each nominator shall be allowed to make three (3) equally weighted nominations in each category. Assignment to the proper category of nominees nominated in each category, and eligibility of nominees, shall be determined by the Canvention Aurora Awards Committee. No nominee shall appear on the final award ballot if they received fewer than five (5) nominations.

  18. #18  Jean-Louis   (19 mars 2009 - 13:11)

    C’est un amendement qui a été adopté, semble-t-il, mais qui reste à ratifier en 2009. (Un des règlements des Prix Aurora, c’est que les amendements doivent être adoptés deux fois, par un vote de deux réunions annuelles successives, tenues en principe dans deux parties différentes du pays.) Une raison de plus, qui sait, pour participer à la réunion qui aura lieu à Anticipation…

  19. #19  mf   (20 mars 2009 - 17:53)

    J’abonderais dans le même sens que MJL: on ne s’indigne pas cette année des votes d’une bande de copains ni de la convergence des votes alors qu’on criait au scandale l’an passé… Étrange coïncidence?

  20. Christian

    #20  Christian   (20 mars 2009 - 20:12)

    MF: Coïncidence… ou épuisement?

  21. #21  Daniel Sernine   (21 mars 2009 - 9:26)

    Peut-être parce que les nominations cette année ne sont pas aberrantes?
    Genre, le résultat de 137 votes de nomination dans une catégorie où il y en avait eu une moyenne de 11 ou 12, les huit années précédentes? (Je fais ici allusion aux Aurora 2008.)

  22. #22  Jean-Louis Trudel   (22 mars 2009 - 3:56)

    Attendons de voir les chiffres. Je soupçonne qu’il deviendra évident qu’il n’y a pas eu de « bande de copains », mais simplement un nombre total de nominations si bas qu’il a suffi de deux ou trois personnes pour inscrire certains textes parmi les finalistes.

    Auquel cas le problème n’en serait plus un de vote organisé, mais d’absence de participation. (Si je me trompe, ce sera très intéressant et on en reparlera.)

  23. #23  Alain Ducharme   (22 mars 2009 - 6:09)

    Le principal point d’interrogation qui me reste, c’est pour la catégorie “Meilleur roman en français”. Comment peut-il y avoir seulement deux nominations? Il y a au moins six personnes (moi inclus) dont je suis certains qu’elles ont voté, alors il aurait fallu que presque tous leurs choix soient mutuellement exclusifs.

    À moins que certains ont préféré refuser la nomination. Daniel?

  24. #24  Daniel Sernine   (22 mars 2009 - 9:23)

    Je ne savais pas qu’on pouvait refuser une nomination, Alain, ni même que l’on consultait les auteurs concernés avant d’officialiser leur nomination?
    Non, ce qu’on peut, toutefois, c’est ne pas se mettre soi-même en nomination, par une sorte de modestie ou de réserve — un concept, j’en suis sûr, étranger à la plupart des gens qui liront ceci…
    (Et puis, mon pauvre Alain, tu étais levé à 6 heures un dimanche matin? Les joies de la paternité?)

  25. #25  Jean-Louis Trudel   (22 mars 2009 - 11:57)

    En effet, même si cela n’a pas toujours été fait systématiquement, le comité des Prix Aurora essaie de consulter les finalistes pour savoir s’ils acceptent ou déclinent. Je n’en dirai pas plus, mais vous pouvez noter que je n’ai pas soulevé cette hypothèse dans mes messages antérieurs.

    En tout cas, Alain, la production francophone me semble assez abondante en 2008 pour que les choix aient divergé. (Si abondante que tout le monde n’aura pas nécessairement eu le temps de tout lire, qui sait?)

  26. #26  Guillaume Houle   (22 mars 2009 - 21:45)

    Voilà bien le genre de sujet qui me fascinera toujours : la passion des humains pour les concours!

    Quand on tente d’y réfléchir objectivement, on se rend bien compte que la structure même des concours artistiques, ou même des compétitions sportives, n’est basée que sur une série de facteurs déterminés et discriminants.

    Par exemple, si on détermine qu’une course sur 100 mètres se déroulera en haute altitude, on favorise certains participants. Si la chaleur est adéquate, le vent favorable et la bonne humeur au rendez-vous, on favorise les records, pour les candidats qui savent en tirer profit. Si l’argent coule à flots dans un pays, les candidats seront probablement mieux encadrés et entraînés. Enfin, si on a découvert un stimulant X indétectable ou même parfaitement légal, le candidat Y a une avance sur les autres. Bref, il n’y a rien de purement objectif dans une compétition.

    La même chose se produit pour les concours artistiques. Il suffit qu’un livre ait été produit trop tôt ou trop tard dans l’année pour qu’il ne soit pas nominé. Ou encore, que le distributeur ait connu une mauvaise passe à ce moment-là et que l’ouvrage n’ait pas été mis en marché de façon efficace.

    Dans le cas d’un concours comme Aurora, je dirais tout simplement qu’il est _totalement inconnu_ de la majorité des 7-8 millions de québécois et des 30 millions de canadiens. Ses nominations et votes dépendent de la mobilisation que les auteurs font émerger de leur milieu.

    Mais quand on y réfléchit, quelle différence avec Star Académie ou Canadian Idol? Les candidats mobilisent leurs amis de la même façon. Les Prix Aurora sont simplement moins connus. Bref, Aurora ou Canadian Idol, c’est le même genre de concours. Je dis bravo aux auteurs qui mobilisent leur milieu, puisque c’est ça l’essence même des Aurora, de par sa mécanique de fonctionnement.

    Serait-ce mieux avec un jury? Non, puisque les jurés discrimineraient les livres seront un certains nombre de critères parfaitement subjectifs, capables de disiqualifier à la fois des oeuvres qui feront leur marque dans le temps et des livres moins intéressants. Qui plus est, les jurés abordent les candidats à un concours avec leurs oeillères personnelles. Changez la composition d’un jury, et vous changez potentiellement le résultat d’un concours.

    Personnellement, je n’ai rien contre les concours, sinon le fait qu’on a tendance à les prendre trop au sérieux.

    Ça aide à vendre des livres, tant mieux!

    Au final tout de même, le fait qu’un ouvrage ait mérité le prix Fémina, Goncourt, Hugo, Aurora, Bram Stoker, Etcetera ne veut absolument rien dire en terme de qualité, pas plus que son chiffre de ventes.

    Le gagnant d’un concours ou d’une compétition a toutefois ceci, de mérite : il a fait les efforts nécessaires pour être au bon endroit, au bon moment.

    Mais on l’aura peut-être déjà oublié l’année suivante…

  27. #27  Daniel Sernine   (23 mars 2009 - 9:11)

    Voyez-vous, Guillaume, Mathieu, Michel J., c’est ici que nos conceptions s’avèrent irréconciliables — une question de générations, j’en ai bien peur.
    Peut-être naïvement, je suis incapable de considérer les Boréal et les Auroras, volets littéraires, comme des analogues de Loft Story ou d’Occupation double. Pour moi, il ne s’agit pas (ou ne devrait pas s’agir de «mobiliser [son] milieu» ou ses copains (ou ses «amis» au sens FaceBook du terme).
    Les années où j’ai gagné l’un de ces prix, je n’avais mobilisé personne, sollicité personne; les gens qui avaient voté pour moi ou pour mon œuvre en lice l’avaient fait sur la foi de sa valeur (à l’œuvre) ou de la mienne en tant qu’écrivain — du moins j’aime le croire.
    Les années où j’ai voté (car, je ne m’en cache pas, je ne vote pas chaque année), j’ai accordé mon vote à des œuvres/ des finalistes pour leur mérite littéraire, et non parce qu’ils avaient tèté mon vote.
    D’ailleurs, avant que l’accès à Internet s’universalise et favorise les… disons, anomalies statistiques (rassure toi Christian, je n’emploierai pas les termes qui, dans tes cauchemars, attirent aux Fractaliens des mises en demeure d’avocats ou des visites d’huissiers), il aurait fallu avoir des «copains» autrement plus motivés (inscrits à Canvention ou au congrès Boréal, ou disposés à envoyer par la poste les 5$ de frais d’inscription / de votation).

    Je suis partiellement d’accord avec vous, Guillaume, sur le fait que les membres de jurys ont aussi leurs biais, et qu’à jury différent on peut obtenir verdict différent; c’est sûr.
    Deux différences, toutefois:
    - Un membre de jury doit lire toute la production, ou du moins ouvrir tous les livres (on convient que la lecture d’un premier chapitre, ou même de quelques pages seulement, autorise souvent la mise de côté de tel ou tel navet).
    - Et surtout, il y a réunion du jury et discussion, à l’occasion de laquelle le simple copinage peut beaucoup plus difficilement triompher, et où la paresse d’un membre du jury (ne pas avoir lu les œuvres valables) serait vite démasquée.

    J’observe que dans la présente discussion, et dans l’un des derniers débats de la regrettée liste SF-Boréal, malgré toutes les prises de position en faveur des Auroras-comme-vote-de-popularité ou des Boréal-parce-que-j’ai-plus-de-visiteurs-sur-mon-site-Web, personne n’a osé se ridiculiser en prétendant que Le cimetière du musée était effectivement le meilleur livre québécois de SFFQ publié en 2007, ni même le plus «populaire».

    Pour vous donner raison sur la dernière ligne de votre intervention, Guillaume, je parie d’ailleurs que la plupart des gens ont oublié le nom de l’auteure de ce cimetière et devront, comme moi, retourner consulter une source quelconque d’info pour se le remémorer…

  28. #28  Daniel Sernine   (23 mars 2009 - 9:14)

    À trop faire d’incises, on crée des parenthèses asymétriques. Veuillez excuser les coquilles dans l’intervention précédente.

  29. #29  Joel Champetier   (23 mars 2009 - 18:33)

    Guillaume: tu as raison sur de nombreux points. Les jurés, pas plus que les votants d’un prix populaire, ne sont omniscients, et ont leurs propres oeillères. De là à affirmer qu’ils déterminent leurs choix sur des critères “parfaitement subjectifs”, il y a un pas. Un juré d’expérience est capable de faire la différence entre une écriture rigoureuse et une écriture relâchée; est capable de reconnaître un personnage bien campé d’un cliché sur deux pattes, etc. De plus, comme l’a dit Daniel, il y a souvent une discussion — c’est le cas du prix Jacques-Brossard, anciennement GPSFFQ.

    Quel que soit le processus en cause, il existe une faculté de l’esprit capable de nous aider à faire la part des choses. Ça s’appelle l’honnêteté. Un mot qui sonne suranné à nos oreilles, je sais, mais un votant ou un juré peut fonder son choix sur les oeuvres en liste plutôt que sur sa relation avec l’auteur — et cela peut s’appliquer même si on n’a pas toujours lu toutes les oeuvres, surtout dans le cas d’un prix comme les Aurora. Se draper dans la vertu scrupuleuse — c’est à dire ne pas voter parce qu’on n’a pas TOUT lu de la première à la dernière ligne — n’aide pas beaucoup la cause non plus. Je pense qu’il y a un moyen terme vivable entre les deux.

    Comme Daniel, je n’ai jamais suggéré à personne de voter pour moi, et je n’apprécierais pas qu’on le fasse sans avoir au moins lu quelques-unes des autres oeuvres en compétition pour comparer. En contrepartie, je ne pense pas avoir jamais voté pour personne sans réellement penser que son oeuvre était, à tout le moins, méritante — ce qui ne veut surtout pas dire que j’étais toujours certain d’avoir de faire le bon choix.

  30. #30  Guillaume Houle   (24 mars 2009 - 12:04)

    Pardonnez-moi, mais l’expérience et l’honnêteté d’un juré ne change rien aux facteurs discriminants d’un concours.

    En voici quelques-uns :

    1. Les échéanciers et les critères

    De bons romans peuvent échapper plusieurs concours rien qu’en raison de problèmes techniques – dates, formats, nombre de pages, etc. Il ne faut pas oublier que c’est le roman qui doit s’adapter au concours, et rarement l’inverse. Bref, on doit faire entrer le roman dans une boîte prédéfinie. Or, qui écrit un roman pour se conformer à un concours?

    2. La compétition annuelle et le mauvais timing

    Si un excellent roman compétitionne quatre autres excellents romans en 2036, mais qu’en 2037, ce même excellent roman compétitionne quatre romans moyens, le résultat ne sera pas le même. Bref, le même roman pourrait recevoir des tonnes de prix, ou n’en recevoir aucun.

    De même, si un bon roman de vampires émerge en plein milieu de la Twilight-o-manie, je doute que les jurés le portent aux nues. Frappés d’écoeurantite aïgue, ils risquent plutôt de le mettre de côté rapidement.

    3. Les genres dominants et les particularités régionales.

    Dans un concours littéraire, la question du genre littéraire domine souvent les jurés, qui auront tendance à mettre de côté certains genres littéraire. Bref, en dehors des prix jeunesse, du public ou d’imaginaire, il y a peu de salut pour les écrivains d’imaginaire, surtout chez ceux de la relève.

    4. La mauvaise compréhension des critères de la part de jurés et/ou des auteurs

    Expérience vécue : un groupe de créateurs se fait demander une production X avec des critères X. Un jury évalue l’ensemble de la production X avec des critères Y (différents de ceux demandés).

    Résultat : une production qui ne cadre pas avec les critères demandés remporte la palme, malgré cet écart aux critères X.

    Difficile de faire confiance à des jurys après tant de subjectivité.

    J’aurais voulu en débattre davantage, mais le travail m’appelle, désolé.

  31. #31  Alain Ducharme   (24 mars 2009 - 13:03)

    Guillaume: tout ce que tu dis est bien vrai, le vote d’un jury possède des désavantages. Il y a cependant une distinction qu’il est bien important d’amener ici: aucune des oeuvres en nomination aux prix Auroras n’ont été écrites *pour* les prix Auroras. Elles ont été écrites pour être publiées, et le fait qu’elles se retrouvent en nomination, plusieurs mois plus tard, est accessoire.

    La situation est donc très différente de ces concours ou les artistes produisent des oeuvres “sur mesure” pour l’occasion.

    Cela dit, une formule intéressante pour les prix Auroras – autant le volet francophone qu’anglophone – serait peut-être celle d’un “jury élargi” composé de gens du milieu, un peu comme il se fait pour les Nebulas (où il faut être membre de la SFWA pour voter). Par exemple, limiter le vote à tous ceux qui ont déjà reçu au moins un nomination par le passé, peu importe la catégorie. Ça n’augmenterai pas le nombre de votant, mais on au moins ça empêcherait les auteurs de faire voter leurs étudiants/beaux-frères/garagistes/proctologistes.

    Car il faut remarquer que les nominations anglophones sont elles aussi… particulières. À l’exception de Robert J. Sawyer, toutes les grosses pointures de la science-fiction canadienne sont absentes de la liste des nominés. Schroeder? Doctorow? Walton?

  32. #32  Guillaume Houle   (24 mars 2009 - 18:45)

    Restreindre le vote aux nominés précédents est une bonne idée, si vous voulez décerner un « prix par les pairs, pour les pairs ». Bref, il faudra faire partie d’un cercle restreint pour voter, ce qui est l’équivalent de se faire accepter chez les Franc-maçons. Ça doit être intéressant, d’ailleurs, de faire partie d’une si belle bande! :-)

    Un prix du public, ultimement, est un prix où tous les membres du public peuvent voter.

    Or, ce n’est pas exactement le cas du prix Aurora, puisqu’il faut poster son vote… et envoyer un paiement, n’est-ce pas? Qui va perdre son temps et son argent à faire ça? Bref, ça reste un prix où l’auteur avec la meilleure capacité de se promouvoir remporte le lot.

    Quand on y pense, le public est toujours défini d’une manière ou d’une autre : les lecteurs d’Archambault, les gens qui écoutent TVA, les amis d’un auteur, les “fresh” de la scène New Wave de Montréal, etc. Le grand public, ça n’existe pas, il n’y a que des cliques – et faire partie d’une clique peut être agréable, bien sûr! :-D

    Personnellement, je suis d’avis que TOUS les systèmes de votation sont discriminatoires, et qu’être le MEILLEUR dans quelque chose est une illusion. On peut simplement être le MIEUX ADAPTÉ à une situation donnée.

    Ça me fait penser à Darwin VS le créationnisme, justement.

    Si on se fie à Darwin, on peut être un animal faible et sans défense, mais survivre parce que son pelage est de la même couleur que son environnement. Pendant ce temps, la grosse brute rouge pétard meurt assaillie par ses ennemis.

    D’un autre côté, chez les créationnistes, c’est le mérite qui remporte la palme : le plus vertueux, le plus courageux, le plus intelligent, celui que Jésus aime le plus, etc.

    Or, dans la vraie vie, c’est l’ADAPTATION qui fait loi, et non le MÉRITE général. On gagne, parce qu’on est adapté à une situation, à un contexte, à un environnement. On décroche un emploi parce qu’on a approché les bonnes personnes au bon moment, en faisant l’effort qui était nécessaire, sans plus. On obtient une bourse du gouvernement, parce qu’on a proposé un projet qui entre dans le cadre, dans la boîte.

    Gagner un concours littéraire, c’est plaire à un nombre restreint de personnes, en raison d’un nombre restreint de facteurs. Ça n’a rien à voir avec le fait d’être le meilleur!